Octobre 2012

26 octobre 2012 - Le Figaro - Par Stéphane Kovacs

Aux Pays-Bas, bientôt trois parents pour un enfant

Aux Pays-Bas, bientôt trois parents pour un enfant


Pour protéger les familles construites autour d'un mariage entre homosexuels, le royaume néerlandais va examiner les possibilités juridiques de reconnaître officiellement trois personnes ou plus comme parents d'un même enfant.

 

Pionniers en matière de légalisation du mariage homosexuel, les Pays-Bas veulent maintenant l'être en matière de reconnaissance des parents non biologiques. Pour refléter «la situation des familles modernes», indique Liesbeth van Tongeren, députée du parti écologiste, «un enfant devrait pouvoir avoir plus de deux parents officiels»…


Les Pays-Bas ont été le premier État au monde à légaliser le mariage homosexuel en 2001. Environ 25.000 enfants vivent aujourd'hui dans ce que l'on appelle poétiquement des «familles roses». Mais il n'y a actuellement pas de reconnaissance juridique spécifique ni pour les donneurs de sperme qui voudraient être impliqués dans la vie d'un enfant, ni pour les beaux-parents.

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24 octobre 2012 - La Dépêche du Midi - Michel Serres

«Le mariage gay est réglé depuis 2000 ans»

«Le mariage gay est réglé depuis 2 000 ans»


«Cette question du mariage gay m'intéresse en raison de la réponse qu'y apporte la hiérarchie ecclésiale. Depuis le 1er siècle après Jésus-Christ, le modèle familial, c'est celui de l'église, c'est la Sainte Famille.

Mais examinons la Sainte Famille. Dans la Sainte Famille, le père n'est pas le père : Joseph n'est pas le père de Jésus. Le fils n'est pas le fils : Jésus est le fils de Dieu, pas de Joseph. Joseph, lui, n'a jamais fait l'amour avec sa femme. Quant à la mère, elle est bien la mère mais elle est vierge. La Sainte Famille, c'est ce que Levi-Strauss appellerait la structure élémentaire de la parenté. Une structure qui rompt complètement avec la généalogie antique, basée jusque-là sur la filiation : on est juif par la mère. Il y a trois types de filiation : la filiation naturelle, la reconnaissance de paternité et l'adoption. Dans la Sainte Famille, on fait l'impasse tout à la fois sur la filiation naturelle et sur la reconnaissance pour ne garder que l'adoption.

 

L'église donc, depuis l'Evangile selon Saint-Luc, pose comme modèle de la famille une structure élémentaire fondée sur l'adoption : il ne s'agit plus d'enfanter mais de se choisir. à tel point que nous ne sommes parents, vous ne serez parents, père et mère, que si vous dites à votre enfant «je t'ai choisi», «je t'adopte car je t'aime», «c'est toi que j'ai voulu». Et réciproquement : l'enfant choisit aussi ses parents parce qu'il les aime.

 

De sorte que pour moi, la position de l'église sur ce sujet du mariage homosexuel est parfaitement mystérieuse : ce problème est réglé depuis près de 2 000 ans. Je conseille à toute la hiérarchie catholique de relire l'Evangile selon Saint-Luc.

 

[Il sourit] Ou de se convertir.»

 


24 octobre 2012 - Le Nouvel Observateur - Par Doan Bui

Enfants d'homos : "J'ai été élevé par deux papas"

Enfants d'homos : "J'ai été élevé par deux papas"


Mickaël, 18 ans, a été adopté par Michel, maire d'un petit village, et Jean-Michel, conservateur de musée. Il en a assez d'entendre "des psys parler du bien-être de l'enfant".


C’était il y a quelques semaines. Pendant le cours de droit public, la professeure de droit public évoquait l’actualité : le mariage gay et l’adoption homoparentale. Et entamait un plaidoyer expliquant les raisons pour lesquelles elle y était fermement opposée. Mickaël s’est alors levé devant tous les élèves. "J’ai démonté tous ses arguments. Et je lui ai expliqué que j’avais été élevé et adopté par deux papas et que j’allais très bien, pas de problème. Elle était sciée".

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22 octobre 2012 - Le Monde

La lente évolution de la gauche vers le mariage homosexuel

La lente évolution de la gauche vers le mariage homosexuel


Trois parlementaires, quinze ans après le pacs

 

En 1998, une bataille législative avait lieu dans l'Hémicycle pour l'adoption du projet de loi créant le pacte civil de solidarité, première entité juridique à reconnaître les couples de personnes du même sexe. Après une motion d'irrecevabilité votée par les députés RPR, dans l'opposition, en octobre, le débat reprend le 3 novembre pour se terminer sur le vote de la loi le 13 octobre 1999. Des débats longs et passionnés qui ont une résonance particulière avec ceux qui commencent à démarrer autour de l'ouverture du mariage aux homosexuels.


Ces échanges sont l'occasion d'illustrer par l'exemple l'évolution de la société sur ces questions. Mariage, adoption et procréation médicalement assistée sont évoqués et différemment acceptés lors des débats. Le Monde a entendu les trois acteurs principaux du débat parlementaire à gauche pour recueillir leurs réactions quinze ans après.


Nous avons également rencontré Roselyne Bachelot, seule députée RPR à avoir voté la loi sur le pacs. Retrouvez son interview vidéo sur notre site.

 

  • Elisabeth Guigou était garde des sceaux à l'époque de la proposition de loi sur le pacs. Elle est aujourd'hui députée de Seine-Saint-Denis.
  • Catherine Tasca, alors présidente de la commission des lois à l'Assemblée, avait en partie porté la proposition. Elle est aujourd'hui sénatrice des Yvelines.
  • Jean-Pierre Michel était rapporteur de la proposition de loi à l'Assemblée. Il est aujourd'hui sénateur de Haute-Saône et sera rapporteur du projet de loi sur le "mariage pour tous" au Sénat.

 


13 octobre 2012 - Le Monde - Gaëlle Dupont

Adoption internationale : les associations craignent une désillusion des couples homosexuels

 

Adoption internationale : les associations craignent une désillusion des couples homosexuels

 

 

Le monde de l'adoption observe avec inquiétude les débats sur l'ouverture du mariage et de l'adoption aux homosexuels. Car tous les spécialistes sont formels : vu la disproportion entre le faible nombre d'enfants adoptables et le nombre considérable de demandes, il sera extrêmement difficile pour les couples homosexuels d'adopter conjointement des enfants, même si la loi l'autorise.

 

La concurrence entre les familles d'accueil fait rage. Déjà, les célibataires passent derrière les couples mariés et ont énormément de difficultés. Les adoptions les plus complexes (enfants âgés, malades, fratries), pour lesquelles il y a moins de candidats, leur sont proposées. Certains pays sont complètement fermés aux hommes ou aux femmes seuls.

Les couples homosexuels devront faire face à une difficulté supplémentaire: l'homosexualité est réprimée dans quelque 80 pays. Très rares sont ceux qui acceptent les candidatures de couples homosexuels : seuls le Brésil et l'Afrique du Sud y sont ouverts.

 

"Il est probable que les candidats devront continuer à se présenter en tant que célibataires même après la loi", observe-t-on au ministère des affaires étrangères. Le monde de l'adoption redoute une grande désillusion. La droite dénonce de son côté un "leurre" du gouvernement.

 

DISPOSITION SYMBOLIQUE

Les associations de parents homosexuels sont conscientes de cette réalité. Dans la nouvelle loi, c'est essentiellement l'adoption de l'enfant du conjoint qui devrait être utilisée par les couples de même sexe. Mais elles tiennent à cette disposition symbolique et réclament des propositions pour rendre les adoptions réalisables, notamment des actions de sensibilisation des pays d'origine.

 

Même si elle reste très rare, l'adoption par un couple de même sexe est-elle conforme à l'intérêt de l'enfant abandonné? "Quand on réfléchit à l'adoption, il faut penser à la personne adoptée et à ses spécificités, il ne suffit pas de changer des mots dans le code civil", commente Hélène Charbonnier, présidente du Conseil national des adoptés. L'association, qui rassemble les représentants des principales associations d'adoptés françaises, a été créée le 29 septembre en réaction à la "précipitation" du gouvernement. Le Conseil supérieur de l'adoption, organe consultatif constitué de trente spécialistes, sera seulement réuni une semaine avant la présentation du projet de loi, le 31 octobre.

 

DIFFICULTÉ SUPPLÉMENTAIRE

Pour Mme Charbonnier, l'adoption par des couples de même sexe n'est pas en soi problématique. "Simplement, le couple doit se poser les bonnes questions et être bien accompagné avant et après l'adoption. L'adopté a une construction identitaire différente des autres enfants, poursuit-elle. Dans notre phase d'interrogation sur nos origines, nous fantasmons une figure génitrice féminine et une figure génitrice masculine. Cela doit être pris en compte."


Jean-Vital de Monléon, pédiatre au CHU de Dijon et créateur de la "consultation d'adoption outremer", qui permet le suivi de plus de 1 700 enfants adoptés, va plus loin. "Les couples homosexuels peuvent donner énormément d'amour à un enfant et le rendre heureux, affirme-t-il. Mais c'est un facteur de risque important. "L'enfant adopté subit déjà l'abandon par ses parents biologiques, puis le départ loin du pays d'origine. L'arrivée dans une famille homoparentale pourrait représenter une difficulté supplémentaire, due au regard porté sur ces familles.

 

"Les enfants adoptés sont déjà montrés du doigt, la société n'est pas bienveillante à leur égard, poursuit M. de Monléon. Grandir en plus dans une famille homoparentale, ça fait beaucoup à porter." Ce praticien conclut également que ces couples devraient donc être particulièrement accompagnés, afin d'être très bien préparés à l'arrivée de l'enfant. Les élus de l'opposition parlementaire soulèvent une autre question : au nom de quels critères les instances concernées donneront-elles comme parents à un enfant abandonné un couple de sexe différent ou un couple de même sexe ?


10 octobre 2012 - Würde - Par Michel de Villiers, Professeur émérite des universités 

Mariage, adoption et dualité des sexes

Mariage, adoption et dualité des sexes

 

Extrait

Peut-on affirmer que l’orientation sexuelle est une affaire privée et lui donner un statut public ?

La France s’apprêterait à ouvrir le mariage et l’adoption aux personnes de même sexe. Une réalité anthropologique de toujours comme l’union de l’homme et de la femme pour fonder une famille se trouverait ainsi remise en cause parce qu’un candidat à l’élection présidentielle s’est engagé à « ouvrir le droit au mariage et l’adoption aux couples homosexuels » (31ème proposition du candidat F. Hollande) au hasard d’un catalogue  fourre-tout dans lequel cet engagement succède à la promesse d’un nouveau modèle de développement pour l’outre-mer et à la lutte contre le délit de faciès (propositions n° 29 et 30) ? C’est ainsi que des politiques prêteraient  la main (que voulez-vous, il y a des suffrages à gagner…) à une entreprise dans laquelle la mystification du langage, la transformation de l’exigence d’égalité en « idée fixe » (Xavier Lacroix) et le primat du compassionnel sur la raison conduiraient  à affirmer que, puisque tout est construction (idéologie du gender), tout devient possible.

[...]


10 octobre 2012 - HuffPost - Caroline Eliacheff, Psychanalyste et pédopsychiatre

Soyons gay

 

Soyons gay

 

 

Extrait

[...]

Car si le statut du mariage a changé, celui de la filiation aussi, créant de nouvelles différences : d'un côté, les enfants nés d'un homme et d'une femme, quel que soit le statut du couple. De l'autre, ceux dont la conception a nécessité l'intervention d'un tiers. Ce sont les enfants adoptés et ceux nés grâce à un don de gamètes. Ces enfants ont bien un père et une mère mais l'Etat efface ceux qui ont contribué à leur venue au monde. Des années d'expérience nous ont appris que le secret d'Etat sur la filiation ou sur les conditions d'engendrement a plus d'inconvénients que d'avantages. Il n'empêche que la société n'est pas prête à admettre qu'un enfant puisse avoir le droit de savoir qu'il a été conçu grâce à un don et à sa majorité, s'il le souhaite, le droit de connaître le visage ou le nom du donneur ou des géniteurs qui ne sauraient en aucun cas être "parent". L'Etat va-t-il imposer aux enfants de couples homosexuels un nouveau mensonge en les déclarant nés de deux hommes ou de deux femmes? Ce mensonge-là, contrairement aux précédents, passe mal car il ne mime pas la dimension hétérosexuelle de la conception. Le moins que l'Etat puisse faire serait d'assurer à ces enfants le droit de savoir qui a participé à leur conception. Mais si c'était le cas, on concevrait mal qu'ils constituent une exception et que tous les enfants nés grâce à un tiers ne soient pas logés à la même enseigne.


04 octobre 2012 - Liberation - Par BRUNO PERREAU Professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT) et chercheur associé aux universités de Cambridge et Harvard. Dernier ouvrage paru : «Penser l’adoption. La gouvernance pastorale du genre», PUF, 2012.

Le mariage pour tous est-il «straight» ?

 

Le mariage pour tous est-il «straight» ?

 

Les contours du projet de loi sur l’ouverture du mariage civil aux couples homosexuels restent à ce jour encore flous. Il est pourtant un point sur lequel le gouvernement Ayrault est unanime et sa rhétorique parfaitement orchestrée : la réforme est celle du «mariage pour tous». Le gouvernement affirme ainsi que le mariage n’est pas républicain puisqu’il est réservé à une catégorie spécifique, les couples hétérosexuels. Toutefois, que la conjugalité hétérosexuelle cesse d’être une condition juridique d’accès au mariage est une chose ; que son hégémonie disparaisse des politiques publiques en est une autre. Que l’on songe à la procédure d’agrément, point de départ de toute adoption plénière depuis 1985, où psychologues et travailleurs sociaux font de la complémentarité entre autorité paternelle et soins maternels une valeur cardinale. L’ouverture du mariage et, partant, de l’adoption conjointe aux couples homosexuels, pourra bien sûr s’accommoder de ce schéma : il suffira aux candidats à l’adoption, comme c’est déjà le cas des célibataires aujourd’hui, de prouver qu’ils ou elles peuvent donner à l’enfant des gages de la bonne distinction des sexes. Mais l’hétérosexualité comme vision hiérarchique du monde construite sur «la différence des sexes» - ce que Monique Wittig appelait «la pensée straight (1)» - restera inchangée.

 

La réforme du mariage pose donc d’abord la question des normes. Le mariage est l’aménagement, par la loi, de l’union de deux adultes et de deux familles. Or, depuis la loi du 11 juillet 1966, l’adoption est ouverte aux couples mariés mais aussi aux célibataires de plus de 28 ans. Elle peut être plénière ou simple (la filiation adoptive peut remplacer ou s’ajouter à la filiation biologique). Un enfant adopté peut donc avoir légalement de un à quatre parents. Cette flexibilité ne doit pas s’épuiser dans le duo matrimonial. Aussi symbolique qu’elle soit, la réforme du mariage ne saurait constituer le modèle de toutes les autres. Par ailleurs, aucune égalité des droits ne sera possible sans la mise en place de mécanismes correctifs. Les couples homosexuels qui se sont mariés en Espagne ont fait face à des difficultés inédites : identifiés comme homosexuels par leur mariage, il leur a été difficile d’adopter à l’étranger. La Suède a installé des agences d’adoption pour les lesbiennes et les gays. Les juges britanniques condamnent, eux, les agences pour adoption qui refusent les candidats homosexuels. Une procédure d’action positive pourrait être également envisagée en France, afin de permettre aux candidats qui sont discriminés à l’étranger d’avoir prioritairement accès à l’adoption nationale.

 

L’égalité des droits passe également par la révision des lois de bioéthique. Les lois de 1994 et 2004 associent la filiation au ventre (interdiction de la gestation pour autrui) et au coït hétérosexuel (procréation médicalement assistée réservée aux couples hétérosexuels mariés ou en concubinage depuis plus de deux ans). Tant que l’idéologie biologique ne sera pas remise en question, les enfants continueront à être indéfiniment placés en familles d’accueil. De même, tant que l’adoption internationale continuera à être a priori soupçonnée de trafics, au nom d’une idéologie naturaliste qui veut qu’un enfant «pousse» mieux dans son milieu de naissance, alors l’ouverture de l’adoption aux couples homosexuels ne restera qu’une réforme de principe. A titre d’exemple, en 2007, date de la dernière enquête exhaustive du ministère de la Justice sur l’adoption, aucun homme célibataire n’était parvenu à adopter un enfant né en France, en dehors des cas d’adoption intrafamiliale ! Enfin, l’ouverture du mariage civil aux couples homosexuels appelle la transformation du statut juridique des personnes. La notion de sexe elle-même pourrait disparaître de l’état civil (simplifiant à la fois la mise en œuvre de la réforme du mariage et le parcours des transsexuels). La présomption de paternité dans le mariage devra aussi être remplacée par une présomption de parenté, sauf à créer une nouvelle inégalité entre les couples mariés. Enfin, la question du traitement défavorable des célibataires et des familles monoparentales, en matière fiscale notamment, devra être affrontée.

 

C’est en effet dans la notion même de personne, et pas seulement dans l’étendue de ses droits, que vient aussi se loger la pensée straight. Les cultures LGBT (lesbiennes, gays, bi et trans) ont fait éclore des valeurs essentielles à la société toute entière, qu’il s’agisse du principe de responsabilité promu par les premiers mouvements de lutte contre le sida ou de la démédicalisation de l’expertise étatique en matière d’identités de sexe et de genre. Elles ont également aménagé des modes de vie singuliers, fondés sur la solidarité amicale ou sur la création d’espaces de sociabilité et de plaisir. Ces contributions sont essentielles non pas parce qu’elles ont été pensées «pour tous» mais précisément parce qu’elles ont été inventées par et pour une communauté spécifique, réelle ou imaginaire, et ont été de facto diffusées par la voie du militantisme, de la recherche, de la production artistique et par diverses formes d’interactions quotidiennes. L’ouverture du mariage civil aux couples homosexuels est une transformation sociale dont les effets dépasseront largement son seul cadre juridique. A condition de ne pas déterminer, à l’avance, les modalités d’appartenance à la Nation.

 

(1) En anglais, straight signifie à la fois droit, normé et hétérosexuel.


04 octobre 2012 - Liberation - Par YESHAYA DALSACE Rabbin de la communauté Dor Vador à Paris

Un débat qui ne concerne pas la religion

 

Un débat qui ne concerne pas la religion

 

 

Extrait

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L’opposition des grandes religions à l’homosexualité est connue, basée sur des textes condamnant les déviations sexuelles, la fornication et bien entendu l’inceste, en particulier le chapitre 18 du Lévitique. Fort bien. Cependant, le débat mérite d’être recentré. D’une part dans les religions elles-mêmes, il existe un débat interne et les perspectives sur la question de l’homosexualité ont beaucoup changé à la lumière des récentes études sur ce phénomène. Seuls les fondamentalistes continuent à tenir un discours agressif contre les homosexuels, les autres les tolèrent a minima et, dans les cercles plus progressistes, on leur fait même ouvertement bon accueil. C’est particulièrement vrai du judaïsme américain très en pointe sur la question et qui compte un certain nombre de rabbins ouvertement homosexuels. Mais c’est aussi vrai de diverses obédiences chrétiennes. C’est pourquoi les représentants médiatisés des différents cultes en France ne reflètent pas forcément la réalité de leur religion respective, autrement plus complexe et nuancée.

 

Mais je m’étonne surtout de l’immixtion de la voix religieuse dans un débat civil. La République française a inventé le mariage civil totalement détaché de sa dimension religieuse, il y a ajouté le divorce contre l’approbation de l’Eglise. Les citoyens qui le désirent peuvent compléter la dimension civile par un mariage religieux de leur choix, à la condition de répondre aux critères émis par cette religion. Du point de vue de l’Etat, cette cérémonie religieuse est une affaire privée. Il va de soi que les conceptions religieuses de la famille, de la sexualité, de la procréation, de l’éducation ne concernent que ceux qui s’engagent dans un mariage religieux et s’y reconnaissent. Le mariage civil républicain a lui-même évolué au cours de ses deux siècles d’histoire. C’est dans ce contexte que le débat sur le mariage homosexuel doit avoir lieu. L’Etat doit traiter de cette question en tenant compte de la réalité de la société et dans l’intérêt de la protection de ses citoyens, homosexuels compris, des conjoints et des enfants et non pour défendre une conception religieuse de la famille. Il en est de même pour la question du divorce. Libre aux religions de suivre ou non.

 

La véritable question n’est donc pas celle des tabous religieux qui ne sont pas concernés par ce débat civil, mais celle du bien-fondé d’une décision qui touche la parentalité et le droit de la famille. Ouvrir le mariage aux homosexuels, c’est leur offrir une meilleure reconnaissance d’un état de fait de couples existants et parfois pacsés, offrir une meilleure protection juridique au conjoint, ouvrir la voie à l’adoption, tenir compte d’une homoparentalité existant déjà. Est-ce une bonne chose ? Des études sérieuses sur les précédents dans d’autres pays et sur l’homoparentalité peuvent y répondre, mais cela relève de la sociologie et de la psychologie et non de la religion. Tout au plus ma tradition religieuse peut influencer mon opinion de citoyen. Si cette réforme est votée, les religions seront libres de donner ou non leur bénédiction à de telles unions, mais dans une république laïque, ce débat ne les regarde pas spécifiquement. Sinon, à quoi bon les cérémonies religieuses en plus du mariage civil ?

 


02 octobre 2012 - Blog Fraternité des chrétiens indignés - Par Anne Josnin et François-Xavier Huard

Vous avez dit famille traditionnelle?

Vous avez dit famille traditionnelle?

 

Extrait

Le débat qui occupe en ce moment nos concitoyens porte sur la famille, telle que nous la voyons aujourd’hui. Il est de bon ton dans nos milieux de s’en référer comme à un mantra à la « famille traditionnelle ». Encore faudrait-il savoir ce qu’on entend par là. La famille de l’Antiquité était cellule économique et éducative autant que cellule reproductive et consommatrice, et par le chef de famille, membre de sa corporation, siégeant au conseil de village, etc, acteur politique. C’est ainsi que le bœuf, ou mieux l’esclave, selon Aristote, en faisaient partie : ils partageaient la pitance et la chaleur du foyer. Ce qui caractérise la famille d’alors, c’est donc à la fois qu’elle a toutes les prérogatives de la société, en « mini », et ceci peut-être regretté, oui, mais aussi qu’elle se fonde sur l’inégalité des rapports, homme-femme d’une part, maître –esclave de l’autre, avec un droit de vie ou de mort sur l’enfant comme sur l’esclave : on retrouve donc au cœur de la famille la violence constitutive des mœurs de l’Antiquité. On voit donc que si elle peut nous être source d’inspiration, en aucun cas elle ne peut servir de modèle pour aujourd’hui.

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