Janvier 2013 (5/5)

31 janvier 2013 - Le Monde Idées - Par Dany-Robert Dufour, professeur de philosophie de l'éducation à l'université Paris-VIII

Une loi entre sexe et genre

Une loi entre sexe et genre

 

 

La grave question du mariage homosexuel est préemptée par d'autres débats : l'opposition politicienne entre la droite et la gauche, l'opposition théologique entre les religieux ("Dieu est vivant") et les "postmodernes" ("Dieu est mort"), l'opposition anthropologique entre les tenants du primat de la nature et ceux du primat de la culture. Ces oppositions se recoupent d'ailleurs assez bien puisqu'on peut dessiner un axe droite-religieux-nature contre un axe gauche-postmodernisme-culture.

 

Or, nous sommes à l'évidence des êtres de nature et de culture. Pas l'un ou l'autre, mais les deux. La preuve : je suis vivant - des fonctions physiologiques s'accomplissent en moi par différents organes qui collaborent assez pour que ce corps que j'habite vive ; et je suis parlant - puisque je suis en train de dire quelque chose. Or, ces deux dimensions, biologique d'un côté et symbolique de l'autre, ne mettent pas en jeu les mêmes lois.

 

Du côté biologique, on se trouve dans une espèce sexuée. Dans cet ordre, la survie de l'espèce passe par la mort des individus et implique donc, autant que possible, si l'on veut que cela continue, la rencontre préalable avec un représentant de l'autre sexe. Du côté symbolique, on se trouve dans une espèce (la seule) qui dote ses individus de la capacité de se raconter tout ce qu'ils veulent sur leur compte et sur le reste de l'univers. C'est là un droit inaliénable à la "fantaisie", à entendre au sens classique de choses fabriquées par l'imagination et aussi au sens freudien de "fantasme" qui désigne ce qui est de l'ordre, non de l'être, mais de l'apparaître.

 

Deux ordres donc, avec leurs lois propres. Mais parfois il peut surgir des conflits entre ces deux dimensions. Par exemple, en tant que je vis, je suis nécessairement (dans 99,99 % des cas) un homme ou une femme. Mais, en tant que je parle, je peux dire ce que je veux et donc me prendre pour qui je veux : une femme, pour moi qui suis un homme, si cela me chante, et inversement. C'est la logique et la morale - c'est la même chose qui exige qu'il soit tenu compte de ces deux dimensions : le sexe (biologique) et le genre (symbolique).

 

Or, de quoi sont faits les débats actuels ? D'une confrontation de plus en plus violente entre ceux qui se trompent en soutenant qu'"il n'y a que le sexe" et ceux qui se trompent en soutenant qu'"il n'y a que le genre". La première position est incarnée par les franges subsistantes de l'ancien discours du patriarcat[domination du mâle et du père] et par les milieux religieux qui, toutes obédiences confondues, tiennent à peu près ce discours : Dieu a voulu que l'espèce humaine soit divisée entre hommes et femmes, d'où il s'ensuit que le sexe n'a pour finalité première sinon exclusive que la reproduction de cette espèce. Mais, bien sûr, ce déni des activités fantasmatiques et érotiques s'expose à subir de sérieux retours du refoulé, par exemple, le syndrome pédophilique dont ont été suspectés bon nombre de prêtres.

 

De l'autre côté, il y a ceux qui soulignent qu'il est dans la vocation de l'humanité de s'affranchir des normes de la nature - c'est cela même qu'on appelle culture. La question est de savoir jusqu'où. S'en affranchir est une chose, les récuser une autre. Ce serait là nier l'antécédence de la vie sur la parole. Je m'appuie là sur un axiome, comme tel indémontrable, mais évident par lui-même : d'abord, je vis et ensuite je parle.

 

Or, cette évidence niée loge au coeur de la pensée postmoderne. Le mouvement a été initié par Pierre Bourdieu en France dans La Domination masculine (Seuil, 1998) et il s'est propagé outre-Atlantique à partir d'auteurs comme Judith Butler, jusqu'au point de troubler le milieu psychanalytique dont une partie se met, elle aussi, contre Freud, à vouloir "oublier la nature". Elle soutient que le sexe procède non d'une donnée naturelle, mais d'une construction historique où se trouvent mises en oeuvre des normes discursives qui font advenir, dans le réel, ce qu'elles norment, c'est-à-dire les corps sexués. C'est alors le genre qui détermine le sexe réel.

 

Et comme, soutenant cette position, elles se retrouvent coincées pour faire des enfants, ces personnes doivent alors faire appel au marché et à ses industries pour résoudre la question qu'elles ont fuie : disposer d'un homme et d'une femme pour faire un enfant. Le marché est prêt à prendre en charge cette question dans une industrie de la procréation médicale assistée, de même qu'il est prêt à mettreen place un marché de la gestation pour autrui - en mettant ainsi à profit (c'est le cas de le dire) les bases conviviales et solidaires à partir desquelles ces deux pratiques se sont édifiées.

 

Une grave question se pose alors : se serait-on libéré du patriarcat et des oppressions qu'il soutenait pour confier les grandes questions humaines à de nouveaux sophistes et à leurs solutions controuvées impliquant la formation d'un marché des êtres humains ? Je plaide donc pour échapper aux deux mensonges inverses : "Il n'y a que le sexe""Il n'y a que le genre". Il faut nouer ces deux dimensions. Que les homosexuels se marient donc si tel est leur désir. Qu'ils jouent et déjouent à leur convenance les positions ou les signes de la masculinité et de la féminité. Mais que l'homosexuel homme sache que "se prendre pour" une femme ne fera jamais de lui, vraiment, une femme - celle qui peut porter des enfants. Même chose, à l'inverse, pour l'homosexuelle femme. Qu'ils sachent qu'ils ne peuvent à cet endroit invoquer l'égalité avec les couples hétérosexuels car il ne s'agit pas d'une fonction naturelle en défaut, mais d'une impossibilité foncière.

 

Quant à l'adoption, la demande peut être légitime. Mais l'affect et la générosité dont sont probablement capables les couples homosexuels ne suffisent pas. Il faut que l'enfant puisse élaborer son origine, laquelle met évidemment en jeu la différence sexuelle. Sinon, on le livrera, avant même qu'il ne vienne au monde, aux formes les plus graves du tourment de l'origine.


31 janvier 2013 - Agora Vox - Par Coriandre

Mariage pour tous : un référendum est-il constitutionnel ?

Mariage pour tous : un référendum est-il constitutionnel ?

 

Extrait

L’article 11 de la Constitution stipule : « le Président de la République, sur proposition du Gouvernement pendant la durée des sessions ou sur proposition conjointe des deux assemblées, publiées au Journal officiel, peut soumettre au référendum tout projet de loi portant sur l'organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent, ou tendant à autoriser la ratification d'un traité qui, sans être contraire à la Constitution, aurait des incidences sur le fonctionnement des institutions ».

Nombre de partisans du mariage des couples de même sexe, comme Corinne Lepage, prétextent qu’un référendum sur ce sujet n’est pas constitutionnel au motif qu’il ne concerne aucune des catégories évoquées par la constitution : « tout d'abord, si l'on s'en tient à une lecture stricte de la Constitution, le recours au référendum apparait délicat, puisque ce recours n'intègre pas dans les sujets possibles ceux qui sont d'ordre sociétal et se limite à ceux qui sont d'ordre social, et que le Conseil Constitutionnel peut censurer une loi référendaire ».

Certains opposants au contraire, comme Henri Guaino, ou Laurent Wauquiez déclarent qu’un référendum est tout à fait envisageable puisque, le mot social se référant aux rapports entre les personnes, le mariage est tout à fait éligible aux catégories évoquées par la Constitution.

 

Dans tout débat ou toute polémique, il est important de revenir aux sources : nous pouvons et pourrons toujours nous appuyer sur la « très sûre assise du langage  », pour reprendre les termes de Pierre Emmanuel dans son long poème Babel, et revenir aux mots et à leur signification profonde.

 

Quels sont les sens usuels des mots employés par la Constitution ? Au-delà des distingos subtils entre « social » et « sociétal » qui ne servent qu’à noyer le poisson, l’ensemble des mots de la phrase « politique économique, sociale ou environnementale de la nation » ont-il un lien clair et indiscutable avec la cellule familiale rendue possible par le mariage ?

[...]

3) Sens du mot « économique »

L’étymologie du terme selon wictionary est la suivante : « le mot économie est emprunté au latin oeconomia, lui-même emprunté au grec ancien οἰκονομίαoikonomía (« gestion de la maison ») formé des mots οἶκοςoîkos (« maison ») et νόμοςnómos (« loi ») ».

[...]

 

En France, nous partageons tous une même langue : le Français, qui est a priori le seul territoire d’unanimité entre nous. Quand les mots parlent d’eux-mêmes, il est difficile de s’y opposer, sauf à vouloir refondre le dictionnaire, ce qui serait un acte profondément totalitaire. Les mots restent les seuls éléments fédérateurs et rassembleurs d’une nation. Victor Hugo écrivait : « Toute révolution devrait commencer par une réforme du dictionnaire ». J’imagine que ce n’est pas le souhait de l’actuel gouvernement…

 

Le mariage a ainsi une triple dimension sociale, économique et environnementale. De ce fait, lorsqu’on regarde les termes de la Constitution, rien ne s’oppose d’un point de vue constitutionnel à ce référendum : le mariage rentre bien dans le cadre d’une politique, à la fois économique, sociale et environnementale de la nation.

A l’inverse, tout pousse à ce référendum :

  • C’est un sujet qui touche à l’intime d’une très grande majorité de personnes : nous avons tous été les enfants de parents
  • Un million de personnes a fait l’effort de manifester pour témoigner de son désaccord avec un projet qui est "une réforme de société et on peut même dire une réforme de civilisation" selon Christiane Taubira ou encore un « changement de paradigme » selon Erwann Binet, le rapporteur socialiste du projet de loi à l'Assemblée nationale.
  • François Hollande a déclaré dans sa litanie télévisuelle désormais célèbre : « Moi président de la République, j'engagerai de grands débats ». Il avait terminé cette séquence en justifiant ainsi l'un de ses slogans de campagne, « la présidence normale » : « J'avais évoqué une présidence normale. Rien n'est normal quand on est président de la République, puisque les conditions sont exceptionnelles, le monde traverse une crise majeure, en tout cas l'Europe. Il y a des conflits dans le monde, sur la planète, les enjeux de l'environnement, du réchauffement climatique : bien sûr que le président doit être à la hauteur de ces sujets-là, mais il doit aussi être proche du peuple, être capable de le comprendre. »

 

Selon l’article 5 de la Constitution, «  le Président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l'Etat ».

 

Monsieur le Président normal, serez-vous, dans le respect de la Constitution, à l’écoute des aspirations du peuple qui vous a élu, pour un sujet aussi central qu’est le mariage ?

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31 janvier 2013 - Le Monde Idées - Par Philippe d'Iribarne, directeur de recherche au CNRS

Une fausse image d'Epinal

Une fausse image d'Epinal

 

Dans une belle image d'Epinal, les artisans du progrès, attachés aux valeurs républicaines de liberté et d'égalité, défenseurs du "mariage pour tous", trouvent sur leur chemin les forces obscures de la réaction, menées par la sainte alliance des religions. Mais faut-il prendre l'image d'Epinal au sérieux ?


Car les promoteurs du "mariage pour tous" croient-ils vraiment à l'égalité et à la liberté ? Ou mettent-ils celles-ci en avant au profit d'une catégorie particulière, les couples gays, comme les bourgeois de 1789 captaient ces valeurs à leur profit ? Si la liberté et l'égalité étaient seules en cause, pourquoi conserver tant de limitations au droit des citoyens à voir reconnaître à toute union entre personnes qui se choisissent les droits que la loi attache au mariage ?


Et, au premier chef, pourquoi opérer une discrimination en faveur de la catégorie traditionnelle de couple ? Cette notion a tout son sens tant qu'on considère qu'il faut biologiquement un homme et une femme, et donc deux et seulement deux personnes, pour engendrer un enfant. Mais, dans une société qui a pour ambition de transcender le biologique et la complémentarité entre hommes et femmes dont ce biologique est porteur, cette considération est vaine.Sans doute, l'image du couple biblique primitif, reprise et magnifiée par le monde chrétien, reste-t-elle vivace dans notre imaginaire. Mais, dans une société qui n'entend privilégier aucune religion, il n'y a pas lieu d'en tenir compte. Pourquoi la loi refuserait-elle l'accès à l'institution du mariage, et aux droits dont elle est porteuse, à des groupes de citoyens formés d'un ensemble plus large d'hommes et/ou de femmes se choisissant librement ? Du reste, l'évolution de la société, avec la place qu'elle accorde au modèle du mariage ouvert, n'exige-t-elle pas une telle extension de la reconnaissance croissante de la diversité des formes que prend la famille ?


Pourtant, les partisans du "mariage pour tous" s'insurgent si on leur prête l'intention de promouvoir une telle ouverture. Admettons qu'ils sont sincères, qu'il ne s'agit pas seulement de précautions de langage analogues à celles qui ont permis, en rassurant l'opinion, d'obtenir l'adoption du pacs. Admettons qu'il ne s'agit pas non plus de limiter l'accès à un bien symbolique, le mariage, qu'une trop large distribution dévaluerait. Que devient alors l'image d'Epinal ? Comment expliquer la solidarité des défenseurs du progrès avec les forces de la réaction ?


Offrir des repères
Ces défenseurs ne sont guère diserts sur ce point. Ils ont sans doute l'intuition que, quoi qu'ils en disent, et dans le domaine de la famille comme ailleurs, la loi n'a pas seulement pour objet de donner des droits. Elle contribue à construire un ordre symbolique, à offrir des repères, sans lesquels il n'est pas de société humaine. Mais si cet élément entre aussi en compte, peut-on faire fi, au nom d'un principe d'égalité déclaré absolu mais en fait objet d'un usage ad hoc, du fait qu'un enfant naît d'un homme et d'une femme et qu'il est bon que cet homme et cette femme se comportent, l'un et l'autre, en père et en mère ?


Est en question le lien que l'institution du mariage promeut entre le fait d'engendrer un enfant et la mission d'exercer dans la durée la responsabilité de parents, de père tout autant que de mère. Ce lien n'est pas donné par la nature. L'évolution de l'institution et des moeurs au cours des dernières décennies l'a quelque peu déstabilisé - bien des pères divorcés ne s'occupent guère de leur progéniture.


Quels pourraient être les effets de la mise en oeuvre du projet ? A coup sûr de faire progresser dans les esprits la conviction que ceux qui ont engendré un enfant n'ont pas de vocation privilégiée à exercer les responsabilités de père et de mère, que n'importe qui, homme ou femme, ayant eu ou non part à l'engendrement, peut faire aussi bien l'affaire. Croit-on que cela ne va pas faire faire un pas de plus à la conviction qu'après tout, quand on contribue à mettre un enfant au monde, on n'a pas à se soucier de ce qu'il va devenir ? D'autres s'en chargeront tout aussi bien.

 

Est-ce cela le progrès ?


31 janvier 2013 - Le Figaro - Par Stéphane Kovacs

L'incroyable « marché » américain des mères porteuses

L'incroyable « marché » américain des mères porteuses

 

 

Pour quelques dizaines de milliers de dollars, les agences en pointe de cette étrange filière proposent des jeunes femmes triées sur le volet.

 

Extrait

Elle ne veut pas d'enfant mais pense que ce serait «un gâchis» de ne pas «utiliser de si bons ovules»… Sourire enjôleur et décolleté avantageux, Jennifer, 29 ans, figure dans le catalogue de «plus de mille donneuses aux profils des plus exceptionnels et divers» proposé par l'agence américaine Egg Donation (Don d'ovule), «leader du marché». Chez CSP, elle aussi pionnière en matière de «création de familles», c'est la photo de stars comme Elton John que l'on met en avant: ce prestigieux centre de gestation pour autrui vient d'organiser la naissance d'un deuxième bébé pour le chanteur britannique et son compagnon.

 

Trente-deux ans d'expérience, plus de 1700 enfants dans 45 pays, 40 % de clients étrangers: CSP vante ses spécialistes «de premier ordre» dans tous les domaines et un bilan sans failles. «Nous avons environ la moitié de clients homosexuels, explique Sherrie Smith, administratrice du centre de la côte Est, dans le Maryland. Et en ce moment, une dizaine de couples français. Quel que soit leur pays d'origine (même ceux qui, comme la France, interdisent la GPA, NDLR), nous avons toujours réussi à faire rentrer les bébés chez eux.» Faire un bébé avec CSP, «c'est comme un voyage en Mercedes, résume un père comblé. Calme, efficace et fiable».

 

Dans ce monde décomplexé et dûment tarifé, l'aventure commence par une rencontre, via Skype, entre le couple et les représentants de CSP. Les femmes acceptant à la fois de donner leurs gamètes et de porter l'enfant étant très rares, «le centre travaille avec une agence comme Egg Donation, précise Kara, coordinatrice des mères porteuses chez CSP. La plupart de ces donneuses choisissent de rester anonymes». D'autres dévoilent leur personnalité sur Internet. Comme Jennifer, jolie blonde de mère allemande et de père norvégien, «niveau bac», qui «aime la cuisine mexicaine» et «ne dort pas avec une peluche»… Certaines acceptent d'être contactées à la majorité de l'enfant.

 

L'agence de donneuses, approchée par «plus de 10.000 volontaires chaque année», propose des «nouvelles recrues» chaque semaine. Pour être sélectionnée, il faut avoir entre «21 et 35 ans», être «en bonne santé, intelli­gente, attirante et responsable». «En plus de la gratitude des parents», la donneuse reçoit entre 5000 et 10.000 dollars… et l'agence, presque autant.

 

«État émotionnel bouleversé»

Chez CSP, la sélection des mères porteuses est tout aussi drastique: sur quelque 400 demandes reçues chaque mois, on en garde une douzaine! «On vérifie tous leurs antécédents, indique Kara, très fière d'avoir elle-même été deux fois mère porteuse. Les couples veulent une femme parfaite: jeune, grande, pas trop grosse, mariée, avec des enfants.» La plupart se font recaler «parce qu'elles posent trop de questions sur la rémunération, souligne-t-elle. Pour éviter la marchandisation des corps, on exige qu'elles soient indépendantes financièrement». D'autres ne sont pas sélectionnées car elles refusent un éventuel avortement, en cas de handicap ou de grossesse multiple, par exemple.

 

Fausse couche, handicap, avortement, déroulement de l'accouchement, tout est abordé lors de la première rencontre entre les futurs parents et la mère porteuse. Après une consultation de quatre heures avec un psychologue (210 dollars), le couple enchaîne sur une visite médicale. Il faut compter de 6000 à 10.000 dollars de frais d'avocats, notamment pour l'établissement d'un contrat entre les deux parties. Puis de 15.000 à 25.000 dollars pour chaque cycle de fécondation in vitro (FIV).

Lors du deuxième voyage aux États-Unis a lieu le transfert d'embryon. Un troisième, à six mois de grossesse, permet d'assister à une échographie. Et le quatrième est pour l'accouchement. L'enfant repart muni d'un passeport américain. Sur son acte de naissance figure, «pour les couples gays, soit le nom d'un seul père, soit les deux, selon la loi en vigueur dans leur pays d'origine», in­dique-t-on chez CSP. L'agence empoche un peu plus de 20.000 dollars.

 

La mère porteuse, elle, reçoit entre 25.000 et 35.000 dollars (ses tarifs augmentent à chaque grossesse). Plus 8.000 si elle est enceinte de jumeaux. «De nombreux couples, notamment les gays, qui rêvent d'un bébé chacun, expriment le désir d'avoir des jumeaux, témoigne le Dr Michael Feinman. Vu les dépenses et les efforts considérables, ils pensent que ce serait bien d'avoir “deux bébés pour le prix d'un”.» Mais les grossesses mul­tiples sont risquées… Toute une série de frais médicaux éventuels, détaillés sur deux pages, sont à envisager. La facture totale peut paraître assez «intimi­dante», convient l'agence, mais «le bonheur d'être parent» n'a «pas de prix»…

 

L'aventure, toutefois, ne ressemble pas toujours «à un conte de fées». Lundi, Nicole, 31 ans, a fait un test de grossesse. Elle exulte: elle est enceinte «d'un couple de gays français». Est-ce la même excitation que celle qu'elle a ressentie pour ses propres enfants, qui ont aujourd'hui 11 et 7 ans? «Pas du tout, lâche-t-elle. Eux n'étaient pas prévus. Pour eux, j'ai au contraire beaucoup pleuré…» Il y a trois ans, elle a aidé un couple américain. À l'accouchement, ce sont eux qui ont pleuré - de joie - et la séparation d'avec l'enfant s'est faite facilement. «Je l'aime comme une nièce», dit-elle de cette fillette, dont elle reçoit des nouvelles. Les 25.000 euros ont servi à rembourser les crédits de son pavillon. Mais après, il y a eu six tentatives pour un couple norvégien. Six échecs. Puis une fausse couche tardive. «Avec tous ces traitements, mon corps est fatigué, soupire-t-elle. Quant à mon état émotionnel, il est un peu bouleversé… Alors cette fois-ci, ce sera la dernière.»

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31 janvier 2013 - Public Sénat- Par François Vignal

Jean-Pierre Michel (PS) : «Je suis pour la GPA pour tous les couples»

Jean-Pierre Michel (PS) : «Je suis pour la GPA pour tous les couples»

 

Le rapporteur du texte sur le mariage pour tous au Sénat, le socialiste Jean-Pierre Michel, est «pour la gestation pour autrui pour tous les couples, mais pas tout de suite». Il souhaite dissocier cette question du mariage pour tous. Mais à terme, « ça viendra », estime le sénateur de Haute-Saône. Entretien.

 

En janvier 2010, vous aviez cosigné la proposition de loi de la sénatrice PS Michèle André visant à autoriser et encadrer la gestation pour autrui pour les couples hétérosexuels et pour raisons médicales. Quelle est votre position aujourd’hui ?
Je suis favorable à la GPA. Je pense qu’on est en pleine hypocrisie aujourd’hui. Les sénateurs avaient accepté le principe de la GPA dans ce groupe de travail présidé par Michèle André. Le groupe était majoritairement à droite et s’était prononcé pour la GPA encadré pour les couples hétérosexuels. Je suis toujours pour. On avait fait un déplacement à Londres, où c’est autorisé. Ça se passe très bien. Au ministère anglais de la Santé, une commission recueille les demandes et les accepte en fonction des situations et fixe le dédommagement à donner à la mère. On pourrait s’en inspirer. C’est un dédommagement, ce n’est pas une rémunération. Il tient compte de la situation de la femme. Il faut faire en sorte que tous les frais occasionnés soient payés. Quant à la circulaire de la garde des Sceaux, elle dit juste que les enfants nés à l’étranger par GPA ont la nationalité française.

 

Allez vous présenter un amendement sur la GPA lors de l’examen du projet de loi sur le mariage entre couples de même sexe au Sénat, dont vous êtes le rapporteur ?
Non. Je ne suis pas favorable à ce que ce soit dans le texte sur le mariage pour tous. En tant que rapporteur du texte au Sénat, je ferai repousser tous les amendements sur la GPA, comme ceux sur la PMA. La GPA pose des problèmes de bioéthique. Mais à terme, il faudra l’envisager et faire cesser l’hypocrisie. Elle est pratiquée à l’étranger et ça coûte cher. Elle est pratiquée en France aussi, mais de manière clandestine. Il y a même des mères qui portent l’enfant pour leur fille.

 

Etes-vous favorable à la GPA aussi pour les couples homosexuels ?
Bien sûr, je suis pour la GPA pour tous les couples, mais pas tout de suite. Je suis pour au nom de l’égalité. Pour l’instant, la société n’est peut-être pas d’accord, on peut attendre. Mais si on permet la PMA pour les couples de femmes, que fait-on pour les couples d’hommes ? Ils pourraient avoir recours à la GPA. Mais je suis conscient que pour l’instant, il faut discuter.

 

Le gouvernement a clairement dit qu’il était contre toute légalisation de la GPA…
Oui, il est contre, il est contre… Mais contre pourquoi ? L’argument donné, c’est la marchandisation du corps des femmes. Il ne tient pas. Malheureusement, le corps des femmes se retrouve marchandé dans d’autres cas, y compris la publicité.

 

Votre position sur la GPA ne va-t-elle pas dans le sens des arguments de certains parlementaires UMP qui affirment que la gauche compte autoriser à terme la GPA ?
Mais ces arguments sont nuls. On a entendu les mêmes, au moment du Pacs, dont j’étais rapporteur à l’Assemblée nationale. Lors des débats, ils disaient qu’après le Pacs, ce serait l’adoption pour les couples de pacsés. Or après que le Pacs ait été voté, tout le monde a dit que c’était très bien. Demain, ce sera la même chose avec le mariage pour tous. Ils sont toujours  en retard d’un TGV.

 

Mais pensez-vous que la GPA sera autorisée un jour en France ?
Mais pourquoi pas. Elle peut venir après. Je ne dis pas dans 6 mois, ni un an. Mais ça viendra. Le mariage pour tous, cela fait plus de 10 ans qu’on en parle.

 

Regrettez-vous que le gouvernement s’oppose à la GPA ?
Je ne le regrette pas. Comme sur le Pacs, le gouvernement doit avancer pas à pas. Cette question cause des oppositions. Il faut ouvrir un débat, faire évoluer la société petit à petit, au fur et à mesure qu’évolue la science. On peut ouvrir un débat sur les nouveaux modes de filiation.


30 janvier 2013 - L'Express - Par Matthieu Deprieck

Mariage gay: que pense Hollande de la PMA?

Mariage gay: que pense Hollande de la PMA?

 

Du désintérêt, de la sympathie, une pointe de méfiance: le fond de la pensée présidentielle est un peu trouble au sujet de la procréation médicalement assistée. L'Express mène l'enquête. 

 

Extrait

Le mariage gay, la procréation médicalement assistée (PMA), la gestation pour autrui (GPA). Que pense François Hollande de ces sujets? Pour le savoir, enfilez votre imper', nettoyez votre loupe et sortez votre kit de détective privé. Car, il va falloir mener l'enquête, tant les prises de position du chef de l'Etat sont rares, hier comme aujourd'hui. 

A l'exception de l'ouverture du mariage aux couples de même sexe, engagement répété tout au long de la campagne présidentielle, François Hollande n'a jamais été prolixe sur ces sujets. En avril 2012, il se livre dans un entretien au magazine Têtu, passage obligé pour les candidats à la présidence. Oui à la PMA, non à la GPA, dit-il, ajoutant que la reconnaissance des enfants ainsi nés posait un "débat qui devra avoir lieu".  

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30 janvier 2013 - Le Plus Nouvel Obs - Par Par Sylvie Lévesque, Sexologue.

Mariage pour tous : les parents homos sont parfois en avance sur les hétéros

Mariage pour tous : les parents homos sont parfois en avance sur les hétéros

 

Parmi les plus de 5000 amendements déposés à l'Assemblé, l'un, signé par 13 députés UMP, permettrait aux parents "d'exclure l'adoption de leur enfant par un couple de même sexe". L'occasion pour Sylvie Lévesque, sexologue spécialiste de la maternité et de l'accueil de l'enfant, de s'interroger sur les reproches faits à l'homoparentalité par les opposants au projet de loi.

 

En octobre dernier, Marion, 5 ans, a rapporté à la maison un cahier renfermant tous les dessins des copains de sa classe dans un grand cartable intitulé "Ma famille". Chaque enfant y avait dessiné les individus importants dans sa vie, ceux qui comptent pour lui et constituent sa famille. À tour de rôle, les enfants recevaient le cahier pour la soirée. C’est donc avec une grande fierté qu’elle nous a présenté, une à une, les familles de ses nouveaux amis.

 

Et c’est avec joie que j’ai pris conscience de la diversité des trajectoires familiales et des modèles familiaux avec lesquels mon enfant se familiariserait au cours de son cheminement scolaire. Ce fut pour nous l’occasion de discuter de sexualité, de filiation et du sens du mot famille. Un moment d’ouverture et de réflexion, pour elle, moi et les autres membres de notre clan.

 

Ce moment d’échange me revient en tête alors que je lis sur le débat qui a cours actuellement de votre côté de l’Atlantique. Ce débat, je l’observe avec mon regard de sexologue, mais aussi de femme et de mère.

 

Au nom de l’enfant, dit-on

Certains opposants situent le débat de la protection de l’enfant sur le fait de veiller à son meilleur intérêt. Or, les données scientifiques actuelles sur le sujet ne permettent pas de conclure à un risque accru pour le développement de l’enfant.

 

Dans ce champ d’étude relativement récent, certains chercheurs documentent les avantages à grandir au sein de familles où les parents sont de même sexe[1]alors que d’autres y voient des défis sur le plan développemental[2].

 

Ce champ d’étude est relativement nouveau et des connaissances empiriques supplémentaires sont toutefois nécessaires pour pouvoir démontrer, hors de tout doute, la présence (ou l’absence) d’effets pouvant nuire au développement de l’enfant.

 

Étant donné les limites méthodologiques des études  disponibles et l’absence de consensus, certains opposants demandent la mise en place d’un "principe de précaution". Ainsi, on refuserait à un groupe d’individus la possibilité de devenir parents puisque des études sérieuses, fiables et rigoureuses ne sont pas encore assez nombreuses pour démontrer qu’il ne pose pas de risque pour leur(s) enfant(s) ?

 

L’instauration d’un tel principe requiert des preuves, ou à tout le moins une démonstration solide de la gravité du dommage probable ou hypothétique, soit un état irréversible et sérieux, de même que la démonstration de l’existence plausible du lien entre l’activité et l’effet dommageable. Nous sommes encore, à mon avis, bien loin de cet état de fait.

 

Garder son sang-froid face à l'homophobie

D’autres opposants disent, quant à eux, que les motivations des parents homosexuels à désirer un enfant ne sont pas "les bonnes", ou encore qu’ils ne possèdent pas ce qu’il faut pour être de bons parents. C’est sur cet aspect que je désire réfléchir plus longuement aujourd’hui.

 

Cette vérité de La Palice met de l’avant différents aspects sur lesquels les couples homosexuels ont, selon moi, de l’avance sur bien des couples hétérosexuels pour ce qui est de se préparer à accueillir un enfant. Elle suppose aussi que, bien qu’ayant un attrait différent quant au genre de leur partenaire amoureux, les parents hétérosexuels et homosexuels peuvent être confrontés aux mêmes défis.

 

Vivre en couple et mettre sur pied un projet de fonder une famille alors que l’on est d’orientation homosexuelle demande de la détermination et de la persévérance. Cela demande préalablement d’avoir réussi à surmonter plusieurs obstacles, dont le stigmate apposé à une orientation sexuelle qui dérange encore et toujours l’ordre hétérosexuel qui se pose comme la norme dominante.

 

De s’accepter tel que l’on est, de le partager avec les gens qui nous sont chers au risque de vivre du rejet, de se créer un réseau de soutien et de développer une paix intérieure face aux jugements homophobes, tout cela demande du courage et de fortes compétences personnelles.

 

Or, ces compétences et aptitudes, une fois qu’elles sont développées, sont facilement transférables à d’autres aspects de notre vie : garder son sang-froid devant une bande d’adolescents qui se moquent de nous, c’est plus difficile que de garder son sang-froid devant la belle-mère qui sait mieux que nous comment le poupon doit être habillé. Devoir expliquer pour la trentième fois que l’on est gay et non pas pédophile à un voisin développe une patience et une tolérance qui préparent bien à la crise du bambin au supermarché…

 

L’enfant accueilli est véritablement désiré et attendu

Une autre différence importante entre les parents d’orientation hétérosexuelle et ceux d’orientation homosexuelle est liée au désir d’enfant. Au Canada, les données populationnelles démontrent que, pour un quart des nouvelles mères, la grossesse ne survenait pas à un moment opportun : 20% d’entre elles auraient préféré être enceintes plus tard et 7% ne voulaient pas du tout être enceintes. C’est donc près d’une femme sur dix qui met au monde un enfant alors qu’elle ne le souhaite pas et deux femmes sur dix qui mettent au monde au enfant à un moment qui n’est pas optimal pour elles.

 

Chez les couples homoparentaux, le désir d’enfant précède sa venue, ne serait-ce qu’à cause des démarches d’adoption ou dans les cliniques de fertilité qui s’étalent sur plusieurs mois (voire des années). C’est un désir réfléchi et analysé. L’enfant accueilli est véritablement désiré et attendu.

 

Qu’est-ce qui motive une personne à vouloir devenir parent ? Les motivations sont aussi nombreuses que variées : pour créer un projet commun avec son amoureux(se), pour avoir une relation privilégiée avec quelqu’un, parce qu’on a peur de vieillir seul(e), pour l’amour des enfants, pour affirmer sa féminité ou sa masculinité, pour le statut social que cela procure, etc. Ces motivations ne semblent pas liées à une orientation ou une identité sexuelle; elles sont présentes dans le discours de l’un comme de l’autre.

 

Bien que certaines motivations peuvent sembler plus futiles que d’autres, il importe de se rappeler que la parentalité s’inscrit dans une trajectoire personnelle influencée par l’environnement familial, les normes sociales, la culture et l’histoire. Le Québec, tout comme la France, sont des lieux plutôt natalistes : gare aux femmes (et aux hommes) qui choisissent de ne pas avoir d’enfant; elles ont tout intérêt à préparer leur argumentaire ! Elles seront questionnées par tout un chacun, comme s’il s’agissait d’une décision collective (ou est-ce plutôt d’une injonction collective ?) ou d’un choix qui mérite d’être scruté et soupesé publiquement.

 

Il n’y a rien d’étonnant à ce que les filles et les garçons qui grandissent au sein de milieux où la parentalité est fortement valorisée comme projet de vie soient aussi porteurs d’un désir d’enfant, peu importe leur orientation sexuelle. Face à cette multitude de motivations à avoir un enfant, qui peut juger de leur validité sans les décontextualiser ?

 

Le discours des opposants à l’homoparentalité questionne aussi les compétences parentales que devraient avoir les futurs parents d’orientation homosexuelle pour être en mesure d’accueillir un enfant. Or, de ce fait, on oublie que, pour la très grande majorité des parents, il s’agit d’un apprentissage, de capacités qui se développent  au fur et à mesure que croît l’enfant.

 

L’orientation sexuelle n’occupe pas une place de premier rang sur la création du sentiment de compétence maternelle ou paternelle. Je me rappelle très bien mon désarroi dans les jours suivant la sortie de la maternité, face à un nouveau-né en pleurs et inconsolable. Mon conjoint, qui n’avait jamais approché un poupon de sa vie, n’était guère mieux. Nous étions, à l’instar des autres nouveaux parents, en mode découverte et apprentissage, vitesse accélérée. Pourquoi donc exiger d’un groupe la démonstration d’acquis alors que cela n’est pas valable pour d’autres ?

 

Pourquoi l'homoparentalité signifierait davantage d'instabilité conjugale ?

La venue d’un enfant peut modifier la dynamique et la stabilité du couple, ainsi que la satisfaction conjugale. Plusieurs craignent une plus grande instabilité entre conjoints du même sexe et, conséquemment, des difficultés d’adaptation et de développement pour l’enfant.

 

Au Québec, nous ne possédons pas de données populationnelles portant sur les trajectoires familiales analysées en fonction de l’orientation sexuelle. Les données dont nous disposons portent sur la mouvance familiale observée durant les premières années de vie d’un enfant. On y apprend qu’environ le quart des enfants nés au Québec à la fin des années 1990 ont vécu au moins un changement familial lié à l’histoire conjugale (formation ou rupture d’union) de leurs parents, entre leur naissance et l’âge de 6 ans.

 

Pour les enfants composant cet échantillon ayant grandi entourés de leurs deux parents, la vie familiale n’était pas toujours sans heurt : au moment où ils fréquentaient la maternelle, environ le quart de ces enfants avaient au moins un parent éprouvant des difficultés conjugales importantes. Parmi les enfants de maternelle dont les parents étaient séparés (le quart de l’ensemble des enfants), 40% vivaient avec leur mère tout en visitant leur père régulièrement, alors que 20% ne le voyaient jamais. Les enfants ont aussi été nombreux à vivre avec un nouveau conjoint ("beau-parent") suite à une séparation.

 

Ces données révèlent une multitude de trajectoires familiales possibles et démontrent que le couple hétérosexuel, comme n’importe quel couple, n’est pas infaillible. Cela ne veut pas dire que les deux parents qui le forment n’ont pas à cœur le développement et le bien-être de leur enfant. Ils tenteront de faciliter les transitions et favoriser l’adaptation de leur(s) enfants(s).

 

Pourquoi en serait-il autrement chez les familles où les conjoints sont de même sexe ? La famille est appelée à se redéfinir et tous ses membres, à s’y adapter.

 

Dans la vie d’un enfant, il n’y a pas que ses parents

L’accent mis sur les lacunes possibles au sein du nid familial homosexuel occulte le fait important que l’enfant ne vit pas uniquement dans sa bulle familiale. Autour de lui gravitent des gens, des réseaux, des institutions, des politiques qui contribueront à maintenir et à améliorer, ou à l’inverse à miner son développement et sa santé.

 

L’accent mis sur le parent met de côté plusieurs éléments susceptibles de contribuer à l’épanouissement de l’enfant : un environnement familial aimant, un climat scolaire accueillant et non-stigmatisant, une ouverture sociale qui intègre les différences, des programmes de prévention pour aider les familles séparées ou recomposées, etc.

 

Alors que l’on tente de dénigrer les habiletés parentales d’un groupe, on oublie de se pencher sur des questions sociales qui ont des effets beaucoup plus importants sur l’ensemble des enfants, peu importe l’orientation sexuelle de leurs parents. En effet, que fait-on de la pauvreté, qui a elle seule entraîne des risques importants sur le développement de l’enfant ? S’assure-t-on que tous les enfants aient accès à une nourriture saine et diversifiée, qu’ils puissent pratiquer des activités sportives sécuritaires et agréables ?

 

Ce débat sur la capacité des couples homosexuels à devenir parent, orienté, dit-on, sur le meilleur intérêt de l’enfant, laisse sous silence des enjeux qui me semblent beaucoup plus importants socialement pour assurer à l’enfant un avenir meilleur. En l’absence de preuves empiriques indiquant la présence de torts possibles pour l’enfant à grandir au sein d’une famille homoparentale, je me demande bien comment nous pourrions refuser à d’autres ce que beaucoup se sont permis sans trop se questionner : devenir un parent.


29 janvier 2013 - Le Parisien - Par Antonin Chilot

Ces Françaises offrent leurs services de mère porteuse sur internet

Ces Françaises offrent leurs services de mère porteuse sur internet

 

Extrait

Une circulaire de Christiane Taubira a suffi à mettre le feu aux poudres et replacer la fameuse GPA (Gestation pour autrui) au centre de l'actualité. Si le phénomène accapare l'espace politique et médiatique, en plein débat sur le mariage pour tous, il reste difficile d'estimer avec précision le nombre de couples et d'enfants concernés, compte tenu du secret entourant cette pratique illégale en Pour comprendre le phénomène, un petit tour sur  permet d'entendre les motivation de certains, qui se croisent ou se rencontrent sur des forums ou des sites spécialisés. 

[...]

Sur co-parents.fr, un site hébergé en France, la donne est claire : on peut s'inscrire en tant que mère porteuse ou en tant que couple en recherche. Du côté des femmes qui proposent de «prêter» leur ventre pour mettre au monde l'enfant d'une autre, M. assure qu'elle veut aider un couple à être heureux : «Je suis une jeune maman et je souhaite pouvoir aider un couple à découvrir ce bonheur en leur proposant de porter leur bébé. (...) Je suis une femme de 23 ans, en couple, avec une petite vie équilibrée entre mon travail et ma famille. Je vous laisse me contacter pour faire plus amples connaissances et vous souhaite à tous de trouver votre petite fée». 

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30 janvier 2013 - HuffPost - Par Sébastien Eugène, attaché parlementaire, militant au sein du Parti Radical de Gauche

Mariage gay : le principe d'égalité compromet les futures réformes de société

Mariage gay : le principe d'égalité compromet les futures réformes de société

 

Extrait

Dans un précédent billet, j'affirmais que le principe de liberté, et non d'égalité, devait être le moteur des réformes de société. Mais si le prisme libéral est le plus adéquat pour justifier ces réformes, il l'est tout autant pour analyser l'impact de l'actuel projet de loi sur le mariage pour tous. Il inscrit la réforme actuelle dans le vaste mouvement d'émancipation des individus, tout en identifiant la rupture qu'elle opère. Faute d'y parvenir, l'égalitarisme compromet la poursuite de cette émancipation.

 

Seul le principe de liberté rend le projet de loi digne des grandes réformes d'émancipation passées

Selon la vision égalitariste, l'ouverture du mariage et de l'adoption aux couples de personnes de même sexe ouvre de nouveaux droits aux homosexuels. Par conséquent, ces derniers ne peuvent en être que les uniques bénéficiaires.

 

Une telle approche n'est pas sans alimenter l'incompréhension feinte par certains, de privilégier une réforme qui ne bénéficie qu'à un nombre limité de nos concitoyens. Alors même que le pays fait face à une grave crise économique qui affecte le plus grand nombre.

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30 janvier 2013 - Le Figaro

Taubira ouvre la voie à la gestation pour autrui

Taubira ouvre la voie à la gestation pour autrui

 

Une circulaire de la garde des Sceaux vise à faciliter l'acquisition de la nationalité française pour les enfants nés de mère porteuse à l'étranger.



Extrait

La gestation pour autrui (GPA), il ne fallait surtout pas en parler. Le gouvernement le martelait: la légalisation des mères porteuses ne fait pas partie du projet de loi Taubira. François Hollande le répétait: il y est fermement opposé. Mais au moment même où le chef de l'État laissait transparaître ses doutes sur la procréation médicalement assistée, vendredi dernier, en annonçant la saisine du Comité consultatif national d'éthique (CCNE), la garde des Sceaux, Christiane Taubira, envoyait une circulaire aux juridictions, leur demandant de délivrer «des certificats de nationalité française (CNF)» aux enfants nés à l'étranger d'un père français et d'une mère porteuse.

 

En date du 25 janvier, avec «application immédiate», la circulaire recommande, «lorsqu'il apparaît avec suffisamment de vraisemblance qu'il a été fait recours à une convention portant sur la procréation ou la gestation pour le compte d'autrui», de «veiller à ce qu'il soit fait droit» à de telles demandes, «dès lors que le lien de filiation avec un Français résulte d'un acte d'état civil étranger probant au regard de l'article 47 du Code civil».

 

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le calendrier est mal choisi… Alors que le débat s'est engagé mardi à l'Assemblée, cette décision surprise peut apparaître comme un début de marchandage entre le gouvernement et les Verts. Très en pointe sur la GPA, les écologistes comptent bien demander la retranscription au registre de l'État civil des actes de naissance des enfants concernés. Pour le député UMP du Pas-de-Calais Daniel Fasquelle, ce n'est qu'une nouvelle preuve du «double langage de Mme Taubira et du gouvernement». «Le gouvernement avance masqué depuis le départ!, s'insurge-t-il. Alors qu'il jure qu'il ne saurait être question d'accepter la PMA et la GPA, c'est tout l'inverse dans les faits…»

 

Professeur de droit, Daniel Fasquelle voit dans ce texte «une forme de légalisation, en douce, de la gestation pour autrui». «Des couples vont aller à l'étranger pratiquer la GPA, et conforter ensuite des situations qui en France sont illégales, explique-t-il. On ouvre la voie à bien d'autres dérives… Ce ne sont plus seulement les droits de l'enfant que l'on viole, mais aussi ceux de la personne humaine. Car la GPA est une forme de location du corps humain.»

 

Cette circulaire annonce-t-elle la fin de l'interdiction de la GPA? «C'est en tout cas une atteinte très claire au principe de prohibition des mères porteuses, affirme Clotilde Brunetti-Pons, maître de conférences à l'université de Reims (Marne), spécialiste en droit de la famille. La ministre de la Justice est en train de contourner la jurisprudence de la Cour de cassation du 6 avril 2011. Dans trois arrêts, celle-ci avait refusé que la filiation des enfants soit établie en France à l'égard des intéressés, et notamment du père biologique, parce qu'il y avait violation du principe d'ordre public prohibant la GPA. Normalement, le CNF intervient après transcription de la filiation à l'état civil français, donc après que la filiation est reconnue en droit français».

En la matière, la pratique de la Justice n'est pas forcément lisible. En février 2012, la cour d'appel de Rennes (Ille-et-Vilaine) avait validé la transcription à l'état civil français des actes de naissance de jumeaux nés en Inde en 2010 de mère porteuse pour un couple de Français. Selon Christiane Taubira, on compterait 38 cas d'enfants nés de père français et de mère porteuse à l'étranger ces quatre dernières années. Lors des débats en commission des lois du texte sur le mariage homosexuel, plusieurs députés PS, notamment le rapporteur du texte, Erwann Binet, ont plaidé pour une évolution, renvoyant au texte sur la famille promis par le gouvernement.

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30 janvier 2013 - Atlantico - Par Thomas More (pseudonyme d'un blogueur qui traite des questions juridiques et politiques dans une perspective chrétienne)

Enjeux juridiques du mariage homosexuel : ces bons sentiments qui ne pourront pas aboutir à une bonne loi

Enjeux juridiques du mariage homosexuel : ces bons sentiments qui ne pourront pas aboutir à une bonne loi

 

Les députés ont commencé mardi l'examen du projet de loi ouvrant le mariage et l'adoption aux couples homosexuels. Le vote est prévu le 12 février, après l'examen de plus de 5300 amendements, déposés en grande majorité par l'opposition.

Extrait

J’ai longuement hésité à écrire ce billet car il est une forme de réponse à celui de Baroque (ici et la mise au point ) et que les réactions suscitées par celui-ci ont parfois été fort peu charitables. C’est sans doute la force d’esprits comme Baroque de savoir par son style, qui ne s’interdit pas l’usage de l’emporte-pièce, devenir le pivot d’un débat même si c’est involontaire. Mais j’assume ma tentative de réponse. Par dérogation à ce qui constitue le projet de ce blog, je limiterai autant que faire se peut les arguments et les références à la pensée de l’Église. Ce faisant, je resterai sur le terrain de la théorie du droit, une théorie plus ouverte mais aussi plus importante que l’opinion commune ne veut bien l’admettre (V. aussiBasilon). Mon propos portera sur les deux institutions clés du débat suscité par Baroque (je ne prétends pas tuer le sujet comme disent les thésards d’aujourd’hui) : le mariage proprement dit et la filiation (et non seulement l’enfant).
[...]

La question de la vérité en matière de filiation est une des plus complexes et des plus ambiguës qui soit. Le développement de la science permet tout à la fois d’accéder à la vérité biologique mais aussi à la construction de filiations fictives voire mensongères (les deux termes ne sont pas équivalents). A strictement parler, le droit français ne garantit pas à la personne une filiation biologique réelle. la filiation n’est jamais purement biologique, ce que savent bien les psychologues et notamment les pédopsychiatres. Elle est construite sur trois piliers : juridique, social et biologique. Il ne peut y avoir de trop grande incohérence entre ces trois piliers sans que cela pose de problème que ce soit au plan personnel ou au plan social. En raison de sa dimension généalogique, dans notre culture juridique occidentale, la filiation suppose le rattachement de l’enfant à des personnes dont il peut imaginer être issu. Cela ne pose aucune difficulté lorsque l’enfant est issu biologiquement de ses parents. C’est évidemment plus compliqué lorsque ce n’est pas le cas et notamment en cas d’adoption.
[...]

 

Le dommage ne sera pas seulement personnel, il sera institutionnel. L’institution de la filiation sera totalement bouleversée pas seulement à l’avantage de quelques-uns mais au détriment de tous. La présomption de paternité ne tiendra pas face à la réforme même si dans le projet déposé, le gouvernement fait semblant de ne pas voir l’importance de la lacune. Et la structure de la filiation sera remise en cause pour tous (je reviendrai sur ce point dans un prochain billet).

 

En outre, porter atteinte au principe généalogique en vigueur au sein de notre société occidentale, ne touche pas uniquement au droit des personnes et de la famille mais à notre rapport au pouvoir et aux limites du pouvoir. Le lien entre dimension juridique et psychanalytique échappe souvent aux juristes comme aux psychanalystes : elle n’a pas échappé à Pierre Legendre qui est un des rares penseurs contemporains à évoluer aisément dans ces deux mondes de la pensée en développant une anthropologie dogmatique très stimulante (et pas du tout de droite, ni chrétienne… au contraire. – V. pour une première approche P. Legendre, Vues éparses : entretiens avec Ph. Petit, Mille et une nuits 2009). La remise en cause de la dualité sexuelle dans la filiation et la généalogie illustre et entraîne un glissement dans la dé-Raison. Que d’autres modes d’organisation de la vie en couple, en famille et de la généalogie existent ou aient existé n’a finalement pour nous aujourd’hui que peu d’importance, sans porter nécessairement de jugement de valeur sur ces cultures. Ce qui nous importe est le maintien d’une possibilité de vivre ensemble et de penser ensemble sans risquer la psychose… car tout se tient, et tout tient debout (étymologie de être institué) grâce au principe généalogique que l’on s’apprête à remettre en cause :

 

D’abord au plan subjectif, et au plan institutionnel, on s’attaque aux constructions millénaires du principe généalogique. Il n’y a plus ni père, ni mère, etc… La généalogie et l’autorité dans les systèmes familiaux, c’est tout simplement à la base la reconnaissance que le temps passe, qu’il y a la vie et la mort, et que s’il y a des parents et des enfants, c’est parce qu’il y a succession des générations. Et toute l’humanité a compris cela jusqu’à présent. Mais voilà les Occidentaux prétendent abolir tout cela (P. Legendre).

 

Que l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe soit le symptôme d’un problème plus profond ne peut pas être un argument en sa faveur. Qu’à certains égards leur vécu soit proche de celui des couples de sexes différents n’est en rien un argument. La faiblesse de la vie familiale contemporaine, y compris des couples dits chrétiens, n’est pas un argument. Dans ce cas, la question pourrait davantage être de savoir s’il ne faudrait pas penser à supprimer le mariage civil. S’il existe ou a existé des sociétés aux structures familiales différentes de l’Occident, quelle est celle qui a délibérément décidé (pléonasme assumé) d’en réviser les fondements les plus profonds ? Comment le droit peut-il être un outil de cette remise en cause sans manquer à une de ses fonctions essentielles dans la culture occidentale qui est de permettre à un sujet de penser la limite en renonçant à la toute puissance ?

Un jour peut-être le rapporteur d’un projet de loi pourra dire « des juristes ? Je n’en connais pas » sans mentir et sans que personne ne bronche…

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29 janvier 2013 - Le Plus Le Nouvel Obs - Par Yves Ferroul, Médecin sexologue

Mariage homosexuel : pour moi, parent hétéro, le schéma père-mère est caduc

Mariage homosexuel : pour moi, parent hétéro, le schéma père-mère est caduc

 

 

"Un papa, une maman, y a pas mieux pour un enfant", "1 père + 1 mère, c'est élémentaire" : après les pancartes de la "Manif pour tous" du 13 janvier, les slogans des opposants au projet de loi ouvrant le mariage aux couples homosexuels ornent les ponts de la capitale. Mais, pour Yves Ferroul, cet argument de la filiation père-mère-enfant est irrecevable.

 

La nécessité qu’il y ait un père et une mère est constamment rappelée par les opposants au mariage pour les homosexuels. Et c’est l’un des slogans les plus brandis lors de leurs manifestations.

 

Pour eux, non seulement cette affirmation a du sens, mais elle leur paraît d’une évidence tellement naturelle qu’elle tient lieu d’argument péremptoire. Mais moi, j’ai beau tourner et retourner ces mots pour les examiner sous toutes les coutures, je ne vois pas du tout ce qu’ils peuvent vouloir dire aujourd’hui.

 

Ma femme et moi sommes devenus des parents à égalité

 

Quand je me suis marié, dans les années 1960, j’étais un père, avec autorité de chef de famille, autorité paternelle, droit sur le travail et le salaire de ma femme, responsabilité particulière envers les enfants. Dans mon couple, il y avait donc bien un père et une mère, avec des droits et des responsabilités différents en fonction du sexe.

 

Mais la société changeait. Et quelques années après, la loi entérinait l’égalité entre femme et homme dans le couple, donnant strictement les mêmes droits et les mêmes devoirs à la femme et à l’homme. Il n’y a donc plus de rôle de père différent du rôle de mère : ma femme et moi sommes devenus des parents à égalité.

 

L’État reconnaissait qu’il y avait une fonction parentale que deux individus s’engageaient à remplir, mais l’État ne se reconnaissait plus le droit d’attribuer à l’un des sexes des droits et des devoirs différents de ceux qu’il attribuait à l’autre. C’était aux individus, dans chaque couple, de se répartir les tâches d’éducation et de formation, selon leur personnalité.

 

Donc parler aujourd’hui d’un père et d’une mère n’a aucun sens. Et s’il y a bien dans la grande majorité des couples contemporains un mâle qui a engendré et une femme qui a porté et mis au monde l’enfant, ramener le salaire, nourrir le petit, le laver et le langer, l’amener à l’école, surveiller les devoirs, accompagner des activités extrascolaires, etc. ne sont plus dévolus à un rôle sexué.

 

D’ailleurs, par la suite, les familles "monoparentales", les adoptions par des célibataires, les couples homosexuels élevant les enfants de l’un des deux, tous ont montré par les faits et avant toute théorisation que la parentalité s’inventait et se vivait dans la réalité hors du schéma caduc "père-mère".

 

Faire un enfant n'est pas élever un enfant

 

Mais si l’expression n’a plus de sens aujourd’hui, que veulent dire ceux qui l’emploient encore ? Simple nostalgie d’un temps où on savait qui était le chef de famille, quel rôle chacun avait à jouer, où chacun était à sa place "naturelle" et où l’ordre régnait ? Simple désarroi dans un monde qui change très vite ? Volonté implicite de rappeler discrètement qu’il faut être un homme et une femme pour faire un bébé ?

 

Mais faire un enfant n’est pas élever un enfant : il y a longtemps que la loi reconnaît à des personnes le droit d’élever un enfant qu’elles n’ont pas fait. De plus, dans les couples homosexuels, l’enfant est l’enfant "naturel" de l’un des deux de toute façon.

 

Alors que cherche-t-on en voulant à tout prix attribuer une figure paternelle à un homme et une figure maternelle à une femme ? Et en voulant rendre la présence de ces deux figures indispensable pour la formation d’un enfant ? À revenir à un paradis perdu, qui n’a jamais existé, et que l’on fantasme comme merveilleux à côté du monde affreux que la loi prépare?

 

Mais est-ce que ce monde futur est vraiment aussi horrible que ce que la peur du changement fait craindre ? Après tout, ce que la loi va permettre, c’est un monde où un couple de personnes qui s’aiment partagera la responsabilité éducative des enfants de l’un ou de chacun de ses membres. Un monde où des enfants abandonnés ne seront pas laissés en orphelinat ou ballottés d’une famille d’accueil à l’autre, mais pris en charge par un couple qui désire leur offrir un cadre de vie sécurisé où s’épanouir. Qu’est-ce qui peut bien faire peur dans cet avenir ?

 

Je ne regrette pas mes droits paternels perdus : ils ne m’ont pas manqué pour élever en couple mes enfants et j’ai été heureux d’avoir à le faire en toute égalité avec ma femme. La conséquence ironique et inattendue de l’égalité parentale, en supprimant les rôles sexués, est que les couples du même sexe peuvent "naturellement" être parents dans ces conditions. J’y vois un enrichissement pour la société, une sécurisation de leur situation pour des adultes et des enfants, un pas vers moins de discrimination et de souffrance quotidiennes pour beaucoup.

 

Surtout, oui, surtout, ne revenons pas aux familles avec "un père et une mère" !

 


29 janvier 2013 - Slate.fr - Par Jacques Attali

Jacques Attali: Vers l’humanité unisexe

Jacques Attali: Vers l’humanité unisexe

 

Plutôt que de nous opposer à une évolution banale et naturelle du mariage, il est urgent de nous préoccuper de permettre à l’humanité de définir et de protéger le sanctuaire de son identité.



Extrait

Comme toujours, quand s’annonce une réforme majeure, il faut comprendre dans quelle évolution de long terme elle s’inscrit.

 

Et la légalisation, en France après d’autres pays, du mariage entre deux adultes homosexuels, s’inscrit comme une anecdote sans importance, dans une évolution commencée depuis très longtemps, et dont on débat trop peu: après avoir connu d’innombrables formes d’organisations sociales, dont la famille nucléaire n’est qu’un des avatars les plus récents, et tout aussi provisoire que ceux qui l’ont précédé, nous allons lentement vers une humanité unisexe, où les hommes et les femmes seront égaux sur tous les plans, y compris celui de la procréation, qui ne sera plus le privilège, ou le fardeau, des femmes.

Bien des forces y conduisent, issues de demandes parfois contradictoires.

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29 janvier 2013 - Le Plus Le Nouvel Obs - Par Olivier Picard, chroniqueur politique

Mariage pour tous à l'Assemblée : un référendum serait une barbarie démocratique

Mariage pour tous à l'Assemblée : un référendum serait une barbarie démocratique

 

Le projet de loi sur le mariage pour tous arrive à l'Assemblée. Et si le spectacle du débat qui s'ouvre ce mardi au Palais Bourbon a peu de chance d'atteindre des sommets d'élégance, selon notre chroniqueur politique Olivier Picard, il est pourtant largement préférable à une consultation populaire binaire qui mettrait au jour les pires des non-dits.



Extrait

La rue a parlé. Bavarde et colérique. Enflammée. Il faudrait être aveugle et sourd pour ne pas l'avoir vue et entendue. Depuis des semaines, partisans et adversaires du mariage pour tous se sont affrontés au grand jour, sur la place publique, dans les cortèges, sur les plateaux de télévision, sur les ondes.

 

Conviction contre manipulation, passion contre raison, intox contre info, clameur contre plaidoyer, caricature contre vécu, thèse contre antithèse, philosophie contre biologie, contrat contre religion, égalité contre homophobie... En dépit des dérapages nauséabonds et des ombres obscurantistes, ce grand déballage fut vif et plutôt sain, mais médiatiquement envahissant au point d'en devenir presque étouffant.

 

Il semblerait que les Français aient exploré méthodiquement tous les registres du sujet jusqu'à l'épuiser avant même que les députés ne prennent le relais à partir d'aujourd'hui.

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29 janvier 2013 - HuffPost - Stanislas Kraland

Opinion sur le mariage gay : comment les Français se sont fait un avis

Opinion sur le mariage gay : comment les Français se sont fait un avis

 

 

Extrait

Alors que l'examen du projet de loi devant ouvrir le mariage et l'adoption aux couples homosexuels a débuté mardi 29 janvier à l'Assemblée nationale, les opposants maintiennent la pression. Une nouvelle manif pour tous aura lieu en région, samedi 2 février.


Plus que jamais donc, ce débat fait rage et divise les Français. Selon une note d'analyse de CSA, entre 50% et 60% des Français soutiennent le mariage gay quand l'adoption par des couples homosexuels suscite davantage de réserves et bénéficie du soutien d'entre 40% et 50% d'entre eux. Volonté d'égalité des droits d'un côté, défense d'une certaine vision de la famille de l'autre, rares sont nos concitoyens à ne pas s'être interrogés. Mais comment prend-on position? En fonction de quels critères?

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29 janvier 2013 - Le Monde Idées - Par Alain Quemin, professeur de sociologie Université Paris-8-membre honoraire de l'Institut Universitaire de France

Quand le risque de l'égalité fait perdre la raison - réponse à l'article "halte aux sophismes"

Quand le risque de l'égalité fait perdre la raison - réponse à l'article "halte aux sophismes"

 

Un(e) sociologue est-il ou est-elle qualifié(e) pour intervenir publiquement sur des questions d'actualité en mettant en avant son titre et la légitimité de son institution - dans le cas de Nathalie Heinich, le CNRS - quel que soit le sujet traité ? Nathalie Heinich n'est-elle pas essentiellement sociologue de l'art et cette position lui donne-t-elle une légitimité pour intervenir sur le thème de l'ouverture du mariage aux personnes homosexuelles et / ou de l'adoption qui pourrait leur être reconnue ?

 

Extrait

On peut, pour le moins, s'étonner que notre collègue s'autorise ainsi à intervenir dans le débat public, mais aussi que Le Monde, journal incontestablement sérieux, s'autorise pareille licence. Il est gênant, lorsque l'on découvre la tribune de notre collègue, de découvrir qu'aucune référence n'est faite à la sociologie de la famille ou même à l'anthropologie, aux travaux ou aux prises de positions de ses collègues autrement plus qualifié(e)s qu'elle, quand il se trouve que toutes et tous - pour peu qu'ils soient reconnus comme des spécialistes compétent(e)s de leur domaine - ont unanimement pris position en faveur de l'ouverture du mariage aux personnes de même sexe, et souvent, en faveur également de l'adoption par les couples ainsi formés. Nathalie Heinich rappelle, avec beaucoup de hauteur de vue, à quel point le débat qui a lieu dans notre pays depuis des mois est important, et elle le fait à juste titre. Ne serait-il pas justifié de laisser la parole à ceux qui, précisément ont quelque chose d'important et de fondé à dire plutôt que de distiller des convictions qui ne font que reprendre des arguments largement entendus ou, pire encore, fortement discutables voire inexacts ?


Nathalie Heinich a raison de dire que l'appellation de mariage pour tous est impropre, puisqu'il s'agit fondamentalement d'ouvrir la possibilité de se marier à des personnes de même sexe et des personnes déjà unies par les liens du sang – parents et enfants, frères et sœurs – ne pourront – évidemment ! – pas se marier. Cela, Elisabeth Roudinesco notamment l'a déjà, fort justement, rappelé à maintes reprises. Il ne s'agit nullement de détruire toutes les bases de la famille traditionnelle, simplement de remettre en cause celles dont il apparaît aujourd'hui, en accord avec les valeurs de notre époque, qu'elles violent le principe d'égalité entre les citoyens, ici discriminés en fonction de leur orientation sexuelle.

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29 janvier 2013 - Le Monde Idées - Par Nathalie Heinich, sociologue et directrice de recherche au CNRS

Mariage gay : halte aux sophismes

Mariage gay : halte aux sophismes

 

 

Extrait

Qu'on permette à une sociologue habituée à analyser les prises d'opinion de pointer quelques arguments non valides dans le débat sur le "mariage pour tous". Je procéderai pour cela du plus consensuel - l'homosexualité - au plus controversé - la filiation.

 

1. L'expression "mariage pour tous" est impropre : le mariage reste interdit aux mineurs, et n'a par ailleurs jamais été interdit aux homosexuels, qui de tout temps ont pu contracter mariage avec une personne de l'autre sexe. Ce qui leur a toujours été impossible - et qui est revendiqué aujourd'hui - est de se marier avec une personne de même sexe, c'est-à-dire d'accorder leur statut matrimonial avec leur sexualité (si tant est que celle-ci soit exclusivement homosexuelle).

 

2. L'opposition au dit "mariage pour tous", ou plutôt, donc, "mariage homosexuel", ne peut être réduite à de l'homophobie, même si celle-ci existe chez certains opposants. Tout d'abord, parce qu'il existe des homosexuels opposés à ce projet, par fidélité à une certaine conception de l'identité homosexuelle. Ensuite, parce qu'il n'est pas acceptable de réduire une position aux motivations supposées de ses défendeurs, pas plus qu'à leurs caractéristiques (l'on aurait telle opinion parce qu'on serait hétérosexuel ou homosexuel, de droite ou de gauche, etc.) : même si une corrélation existe, factuellement, entre identité et opinion, refuser celle-ci au nom de celle-là revient à esquiver le débat, c'est-à-dire l'échange d'arguments rationnels. Cette attitude n'est pas digne du débat démocratique.


3. Il est faux d'affirmer que le mariage est non seulement l'institution organisant la filiation mais aussi celle reconnaissant une "communauté de vie" : si c'était le cas, maints pères pourraient se marier avec leur fille, maintes mères avec leur fils, maints frères avec leur soeur, puisque nombreuses sont les familles où existe une telle communauté de vie. Ce que reconnaît l'institution du mariage, c'est l'existence d'un rapport sexuel dans une communauté de vie, ouvrant donc à la possibilité d'une filiation.


4. Dans ces conditions, prétendre ne revendiquer le mariage homosexuel que pour la reconnaissance d'un lien amoureux, et non pas pour la filiation, revient à exiger de l'Etat qu'il ait un droit de regard sur la sexualité des personnes (ce que, soit dit en passant, les mouvements de défense des homosexuels ont longtemps combattu, du temps où existaient des lois condamnant l'homosexualité). Faut-il accepter, au nom de l'égalité, que la sexualité entre adultes consentants devienne, pour tous - hétérosexuels comme homosexuels -, une affaire d'Etat ? C'est là une conséquence majeure de l'actuel projet de loi, qui mériterait d'être, pour le moins, discutée.


5. Concernant, justement, l'argument de l'égalité : il est faux d'affirmer que le mariage homosexuel serait conforme à l'exigence d'égalité de tous les citoyens, car une telle exigence n'a jamais existé, en démocratie, que sur le plan des droits civiques - le droit de vote en particulier.
Le "droit à l'enfant", lui, n'existe pas, sauf à considérer l'enfant comme un bien appropriable : il ne peut exister, en la matière, que des devoirs envers les enfants. Quant aux droits sociaux, non seulement ils ne reposent pas sur l'égalité, mais ils y sont opposés, puisqu'ils consistent justement à traiter inégalement les personnes de façon à compenser des inégalités existantes (c'est le principe de l'équité).
Le principe méritocratique est, lui aussi, fondamentalement opposé à l'égalité, puisqu'il consiste à récompenser les personnes de façon inégale, en fonction de leurs contributions respectives (tout notre système scolaire, notamment, repose sur ce fonctionnement inégalitaire mais équitable). Faut-il alors étendre l'exigence d'égalité aux droits civils ?
C'est la question posée aujourd'hui. Mais l'on ne peut y répondre correctement qu'en considérant que l'égalité n'a de sens qu'entre personnes de statut équivalent : l'on n'a jamais exigé, par exemple, qu'au nom de l'égalité les enfants soient autorisés à voter. Reste donc la question : les homosexuels ont-ils le même statut que les hétérosexuels du point de vue de l'état civil ? La réponse est clairement oui, puisque la République ne reconnaît que des citoyens, sans considération de religion ni de pratiques sexuelles : il n'y a donc pas à changer quoi que ce soit du point de vue matrimonial - sauf à accepter, là encore, que le mariage soit la reconnaissance légale de l'exercice de la sexualité.


6. Reste la question de la parentalité : là, le statut des homosexuels n'est pas équivalent à celui des hétérosexuels, puisque leur sexualité rend problématique l'engendrement, sauf à pratiquer la bisexualité ou à recourir à des techniques artificielles. Nos institutions juridiques ont-elles pour vocation de compenser les conséquences problématiques que peuvent avoir pour des individus leur refus de recourir à des arrangements avec l'autre sexe, en dissociant plaisir sexuel et procréation ? Là encore, le saut logique et éthique est considérable. Certes, l'on peut toujours modifier une institution. Mais est-ce parce qu'une modification est possible, ou parce qu'elle est souhaitée par certains, qu'elle doit être imposée à tous, au prix de bouleversements dont les implications n'ont pas été réellement discutées, faute justement de réel débat ou d'arguments sérieux ?


7. En l'état de nos institutions, il faut donc admettre que le mariage homosexuel ne prend sens que dans une revendication de filiation : ce qui est d'ailleurs le fondement de l'institution du mariage, qui consiste initialement (même si cette fonction a été historiquement élargie par diverses réformes) à donner des parents légaux (donc une généalogie) à des êtres de chair. Et en effet, autoriser le mariage homosexuel, c'est ouvrir automatiquement le droit à l'adoption pour les couples homosexuels.
La question qui doit se poser alors n'est plus celle des droits des adultes, mais des devoirs envers les enfants ; et précisément : quel sera leur état civil ? Auront-ils accès à l'identité de leurs géniteurs ? Leur propre identité sera-t-elle inscrite dans la différence des sexes qui a présidé à leur engendrement, ou bien y aura-t-il déni de cette réalité originaire ? Sachant l'importance des troubles (parfois psychotiques) liés au secret ou au déni de l'origine, il serait irresponsable de s'engager dans une ouverture du mariage, donc de la filiation, aux couples de même sexe, sans réponse claire à ces questions - principe de précaution oblige. Et ne parlons même pas ici des problèmes posés par la procréation médicalement assistée (PMA) ou la gestation pour autrui (GPA), qui ne manqueront pas d'être exigés, toujours au nom de l'égalité.
Si le pacs avait été créé en son temps, c'était pour éviter que ces questions ne soient ouvertes avec l'accès au mariage. Une dissociation claire entre droits sociaux (ouverts aux concubins quels qu'ils soient), droits civils et droits civiques aurait permis à l'époque de résoudre, sans modifications institutionnelles majeures, les problèmes qui sont du ressort de l'Etat. Peut-être est-il encore temps de réfléchir à cette distinction, et aux limites à apporter au contrôle juridique sur la vie privée des personnes ?


8. Il est faux d'affirmer, comme le font certains opposants au projet de loi, que la filiation par un père et une mère serait "naturelle" : seul l'engendrement biologique peut être dit tel, alors que la filiation est, elle, avant tout symbolique, passant donc par des mots. En ce sens, elle est tout entière sociale - et c'est cela, justement, qui fait sa force. Là encore, il convient de distinguer ces trois formes de parenté que sont la parenté biologique (un ovule, un spermatozoïde), la parenté symbolique (les noms du père et de la mère inscrits sur l'état civil), et la parenté d'éducation (les personnes ayant la garde effective de l'enfant).
Il est aussi dénué de fondement d'affirmer que des homosexuels seraient de mauvais éducateurs que d'affirmer qu'il serait sans conséquence négative pour un enfant de se croire né d'un père et d'un père, ou d'une mère et d'une mère (les psychoses ne se déclenchent parfois qu'à l'âge adulte, voire à la génération suivante).
Le refus du déni sur la parenté biologique, l'obligation d'offrir à tout enfant une filiation symbolique ne reposant pas sur le déni ou le secret, et la latitude donnée à tout citoyen d'élever un enfant quelle que soit sa sexualité : voilà qui devrait conférer un socle de réflexion moins discutable que le sont les nombreux sophismes entendus sur cette question délicate.


29 janvier 2013 - Boulevard Voltaire - Par Edouard Frémy

homos / hétéros : à chacun son livret de famille !

homos / hétéros : à chacun son livret de famille !

 

 

Extrait

Les socialistes le veulent au nom de l’égalité mais ils ne sont même pas foutus de la faire, l’égalité. Quelle galère ce mariage pour tous! Quand ils ont eu l’idée, ils n’ont pas dû imaginer les sacs de nœuds qu’elle allait entraîner. Par exemple, le livret de famille, remis après le grand « oui » devant Monsieur le maire (ou son adjoint si l’édile se défile à l’idée d’unir des homos…).


Ayant donc décidé de ne pas mettre tout de suite la France en feu, la ministre de la Justice a annoncé qu’il y aurait au moins deux versions du Livret de famille, l’un pour les hétéros afin de préserver les mots Père et Mère, l’autre pour les homos [...]Faire deux ou trois livrets de famille pour les couples mariés, selon que ceux-ci sont hétéros ou homos… ce n’est déjà plus l’égalité ! Le motif de la loi est détruit par sa mise en œuvre, c’est tout simplement superbe !


Et ça ne fait que commencer ! 

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27 janvier 2013 - Blog ContrelaCour

Union Européenne, conseil de l'Europe : comment la théorie du genre a-t-elle fait son entrée dans le droit français ?

Union Européenne, conseil de l'Europe : comment la théorie du genre a-t-elle fait son entrée dans le droit français ?

 

 

En 2011, les français ont, pour la plupart d'entre eux, fait connaissance avec une curieuse théorie: la théorie des genres.
En rentrant dans les manuels scolaires des lycéens, celle-ci avait alors été accueillie plutôt froidement par l'opinion publique.
 
Cette théorie, ou plutôt cette étude, est née dans les années 1970 aux États-Unis où certains universitaires se sont consacrés à l'étude des différences sociales (non biologiques) entre les hommes et les femmes.
Les féministes s'employaient alors à questionner les notions de "sexe" et de "genre" afin de mettre en lumière comment se construisent les rôles sociaux dits "naturels". Le sexe ne serait en quelque sorte qu'un "porte-manteau" sur lequel se construisent, sociologiquement, certaines différences culturelles.

Jusqu'ici, me direz-vous, rien de bien méchant.


La théorie des genres est devenue bien plus séduisante, et donc problématique, lorsqu'elle s'est attachée à prôner une totale déconstruction du lien sexe/genre, mais également des catégories "genrées". Il s'agit de faire une place égalitaire aux situations qui ne trouvaient pas leur place dans les catégories historiques. On parle alors de "théorie queer".

Pour résumer, la théorie des genres coupe le lien "sexe/genre" afin de libérer l'identité culturelle de ses attaches biologiques. Dans un second temps, elle prône l'égalité des identités culturelles (notamment des différentes orientations sexuelles).

J'en arrête là avec la présentation de la théorie pour en venir à l'objet de cet article: comment la théorie du genre a-t-elle fait son entrée dans le droit français?
Réforme des programmes scolaires, reconnaissance des violences psychologiques, mise en place du "mariage pour tous": toutes ces nouveautés dans le droit français découlent en réalité d'un constat, l'inégalité des genres, et d'une volonté, y mettre fin.

Une rapide recherche juridique nous conduit au droit européen.

L'Union européenne dispose de compétences très limitées en ce qui concerne la famille. Cependant, les parlementaires européens usent depuis plusieurs années de deux vecteurs pour prôner l'égalité des genres.

Le premier vecteur est l'article 2 du Traité sur l'Union européenne, qui dispose que "l'Union est fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d'égalité, de l'État de droit, ainsi que de respect des droits de l'homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités."
Dans la récente résolution du Parlement européen du 12 décembre 2012 sur la situation des droits fondamentaux dans l'Union européenne, les eurodeputés se sont employer à une légère redéfinition de cet article 2. Ils considèrent que ce dernier "fonde l'Union sur une communauté de valeurs indivisibles et universelles de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d'égalité de genre, de non-discrimination, de solidarité, ...".

Cette résolution emploie le terme "genre" pas moins de 22 fois. De quoi illustrer parfaitement les propos de l'eurodéputée Élisabeth Monfort qui dispose que, au niveau des institutions européennes,le mot gender s'est imposé et a absorbé le mot sexe.

Le second vecteur est la liberté de circulation des personnes au sein de l'Union européenne. En effet, la non-reconnaissance du mariage gay ou de la filiation homosexuelle peut poser problème à des couples s'installant dans un autre pays que celui ayant légalisé leur union.
Malgré tout, l'Union européenne, de par son absence de compétence formelle en la matière, n'a jamais dégagé de véritables règles de droit contraignant les États à la reconnaissance du mariage gay.


Les eurodéputés, attachés cependant à cette revendication, ont du se contenter de simples déclaration d'intentions.

En 2003, dans une proposition de résolution, les eurodéputés regrettaient à juste titre que des"millions de personnes en Europe continuent d'être l'objet de discriminations du fait de leur orientation sexuelle ou de leur genre". Ils entendaient alors demander aux États membres "d'abolir toute forme de discrimination - législatives ou de facto - dont sont encore victimes les homosexuels, notamment en matière de droit au mariage et d'adoption d'enfants".

Dans la résolution du 12 décembre dernier, les parlementaires regrettent les distinctions "mariage/partenariat" qui, selon eux, ne se justifient pas. Ils rappellent "aux États membres qu'ils ont l'obligation de mettre en œuvre pleinement la directive n° 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres, y compris pour les couples de même sexe et leurs enfants".

Actuellement, un rapport "sur l'élimination des stéréotypes liés au genre dans l'Union" est en cours de discussion au sein de la Commission des droits de la femme et de l'égalité des genres. La version initiale, qui sera probablement amendé, prévoit les dispositions suivantes:
- considérant que la discrimination liée au genre reste fréquente dans les médias et la publicité et facilite la transmission des stéréotypes liés au genre;
- considérant que les enfants sont confrontés aux stéréotypes liés au genre dès leur plus jeune âge par le biais des séries et des publicités télévisées, des manuels et des programmes scolaires, ce qui retentit sur leur perception du comportement que devraient adopter les figures masculines et féminines;
- considérant que les stéréotypes liés au genre limitent les perspectives des femmes sur le marché du travail, dans certains domaines typiquement masculins, tels que le métier de pompier et le secteur de la construction;
- considérant que les stéréotypes liés au genre doivent être éliminés, car ils brident les aspirations des jeunes femmes et dissuadent les femmes de postuler à des postes de direction dans les domaines de prise de décision financière, économique et politique, dans les secteurs public et privé.
Un rapport donc, qui comme le laisse présager le nom de la Commission parlementaire qui en a l'initiative, est directement issu des travaux sur l'étude de genre.


Cependant, si les institutions européennes ne s'en tiennent aujourd'hui qu'à de simples déclarations d'intention, il en va différemment du Conseil de l'Europe, chargé de l'application de la Convention européenne des droits de l'homme.
C'est par ce biais que la théorie du genre a fait son entrée dans le droit français. Cette entrée ne s'est pas faite par la reconnaissance de l'égalité en droit des orientations sexuelles (la Cour européenne des Droits de l'Homme a affirmé en 2004 que «le fait de réserver le mariage à des couples constitués d'un homme et d'une femme relève des prérogatives des lois nationales et ne constitue pas une discrimination») mais par la lutte contre les violences faites aux femmes.

Le 11 mai 2011, les membres du Conseil de l'Europe ont adopté une nouvelle Convention: la Convention d'Istanbul ou Convention "sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique".
Celle-ci pose en droit la définition du concept de genre: "les rôles, les comportements, les activités et les attributions socialement construits, qu’une société donnée considère comme appropriés pour les femmes et les hommes".
Par cette convention, les pays signataires reconnaissent "que la nature structurelle de la violence à l’égard des femmes est fondée sur le genre, et que la violence à l’égard des femmes est un des mécanismes sociaux cruciaux par lesquels les femmes sont maintenues dans une position de subordination par rapport aux hommes", et "que les femmes et les filles sont exposées à un risque plus élevé de violence fondée sur le genre que ne le sont les hommes".
Les États se sont alors engagés à entreprendre " les actions nécessaires pour inclure dans lesprogrammes d’étude officiels et à tous les niveaux d’enseignement du matériel d’enseignement sur des sujets tels que l’égalité entre les femmes et les hommes, les rôles non stéréotypés des genres".

On retrouve donc ici le fondement légal de la modification des programmes scolaires mise en œuvre en 2011 par la précédente majorité, ainsi que l'explication du récent rapport sur les "Orientations stratégiques pour les recherches sur le genre" remis au ministre de l'enseignement supérieur.

Ce constat permet de mettre en lumière le faux clivage partisan qui semble cependant entourer cette question (via, notamment, le débat sur la parentalité homosexuelle).
En réalité, la théorie du genre semble avoir séduite aussi bien la gauche que la droite française.

En 2010, un an avant la signature de la Convention d'Istanbul, une proposition de loi "renforçant la protection des victimes, la prévention et la répression  des violences faites aux femmes" était déposée par des députés issus de la gauche et de la droite.
Adoptée le 9 juillet 2010, la loi désormais nommée "relative aux violences faites spécifiquement aux femmes, aux violences au sein des couples et aux incidences de ces dernières sur les enfants" reconnait pour la première fois le concept de violence psychologique, en s'appuyant sur la"violence de genre".

Un concept à la mode qui inspire désormais les juristes universitaires. Depuis 2012, différentes enseignants-chercheurs et doctorants ont entrepris un nouveau projet, dénommé "Regine" (Recherche et Études sur le Genre et les Inégalités dans les Normes en Europe), visant "passer des pans entiers du droit français au crible de la perspective de genre, dans le but de dévoiler, le cas échéant, la manière dont ils façonnent l'(in)égalité de genres."

Une diffusion de la théorie du genre dont semblent désormais se soucier certains parlementaires français comme le prouve la récente proposition de résolution déposée le 7 décembre dernier et "tendant à la création d’une commission d’enquête sur l’introduction et la diffusion de la théorie du gender en France".

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27 janvier 2013 - Slate - Par Jean-Laurent Cassely, journaliste et auteur. Il a publié récemment un bêtisier des mœurs parisiennes, «Paris, Mode d'emploi».

Mariage pour tous: pourquoi les «pro» sont épuisants

Mariage pour tous: pourquoi les «pro» sont épuisants

 

 

On peut être pour l’ouverture du mariage aux couples de même sexe et contre une certaine radicalité cool, mêlée à un sectarisme doux et branché, présente dans le mouvement qui s’en fait le porte-parole. Ou pourquoi l'anticonformisme en matière de moeurs n'est plus ce qu'il était.

 


Après une manifestation en faveur du «mariage pour tous» qui s’annonce festive et citoyenne, ce dimanche 27 janvier à Paris, une soirée «citoyenne et festive» sera organisée au théâtre du Rond-Point, dans le très gauchiste 8e arrondissement de Paris, sous l’égide de Pierre Bergé et de Jean-Michel Ribes. La soirée sera «animée» par la journaliste Laurence Ferrari. Notez qu'il est précisé qu’elle «animera» et non qu’elle «modérera» les échanges.


Ça tombe bien, il n’y aura pas de débat, et personne pour porter la contradiction à «Guillaume Durand, Thierry Guerrier, Pierre Haski, Eddy Murté, Nagui, Audrey Pulvar, Laurent Ruquier, Yacine Belatar, Difool», pas plus qu’à «Jamel Debbouze et Juliette Gréco, des intellectuels, des scientifiques et personnalités religieuses», sans oublier Lilian Thuram ou encore Lara Fabian et même... Rama Yade. Et aussi... BHL. Ouf.
J’ai dû en oublier deux ou trois, qu’ils m’excusent. Lou Doillon était déjà bookée, Nicolas Demorand avait une émission, Pascale Clark se couche tôt et à part Julien Dray, plus personne n’invite DSK. Et comme plus personne n’invite Julien Dray...


Ce sera sans doute le climax mondain d’une drôle de campagne: celle menée avec maladresse, parfois, avec condescendance, souvent, par un troupeau people et militant exaspérant, largement surqualifié pour débattre à la télé face à un membre de Civitas sorti de sa Fraternité.


Et nul doute qu’un tel événement (je ne suis pas invité) représentera une sorte de condensé de tous les défauts des pro-mariage homo. Quatre points méritent qu’on s’y arrête: le militantisme médiatique tellement inconscient et réflexe qu’il ne s’assume pas en tant que tel; la focalisation sur le discours sociétal comme élément distinctif de la droite dans un contexte où la doctrine économique de la gauche de gouvernement n’a rien à proposer de franchement encourageant à son électorat; l’obsession à considérer la France comme un pays réactionnaire, arriéré et autoritaire sans voir que la société a changé; le décalage, enfin, entre la mobilisation des arguments les plus pointus de la queer theory et une revendication somme toute normative.

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27 janvier 2013 - Huffington Post - Par Caroline Mécary, avocate et co présidente de la fondation Copernic

Mariage pour tous: ouverture de tous les droits

Mariage pour tous: ouverture de tous les droits

 

 

L'ouverture du mariage civil et de l'adoption aux couples de femmes et d'hommes concrétise, pour partie, l'égalité de traitement devant la Loi car rien ne saurait justifier une différence de traitement fondée sur l'orientation sexuelle comme vient de la rappeler avec brio, le président Obama dans son discours d'investiture.

 

Cette égalité devant la Loi, implique bien évidemment, les mêmes droits et les mêmes devoirs pour chacun, sans que ne soit effacée la différence des sexes, qui demeure un fait. Reste cependant bien des étapes à parcourir car de nombreuses questions touchant aux familles sont toujours en suspens au moment où ces lignes sont écrites puisque le projet de loi présenté en Conseil des Ministres le 7 novembre 2012 assure un service minimum de l'égalité. Certaines de ces questions, comme par exemple l'élargissement des personnes pouvant bénéficier l'accès à la procréation médicalement assistée, trouveront peut-être, pour partie des réponses, grâce au débat parlementaire mais il n'y a aucune garantie -les députés de gauche étant partagés- et beaucoup d'inquiétude lorsque l'on voit d'un coté les valseshésitations du gouvernement de Jean Marc Ayrault, appliquant, semble t-il, en cela, les choix du président de la République et de l'autre la violence des opposants à l'égalité.

 

Séculariser le mariage civil en supprimant l'obligation de fidélité et la présomption de paternité

Il eut été pertinent et cohérent de profiter de la revendication de l'accès au mariage civil par des couples de personnes de même sexe pour achever la sécularisation du mariage, en supprimant l'obligation de fidélité et la présomption de paternité. S'il n'est point besoin de s'appesantir sur la suppression de l'obligation de fidélité, vestige d'une conception religieuse du mariage -qui d'ailleurs ne retient plus l'attention du juge lors du divorce-, la suppression de la présomption de paternité mérite quelques explications.

 

Pierre angulaire du mariage civil depuis le code civil de 1804, destinée à donner un père à l'enfant né dans le mariage en instaurant une filiation légitime -à l'opposé du bâtard ou de l'enfant adultérin, tous deux sans droits- elle n'a plus d'utilité institutionnelle aujourd'hui car quelque soit le cadre de la naissance de l'enfant: dans le mariage ou hors mariage, le lien de filiation est identique pour tous les enfants. Il implique les mêmes droits et les mêmes devoirs, au point d'ailleurs que les dénominations de filiation légitime, et naturelle ont été supprimées en 2005. L'utilité sociale de la présomption de paternité (asseoir la famille légitime par opposition aux autres familles) a totalement disparu: elle est tout au plus équivalente à une reconnaissance anticipée par le père et peut-être anéantie judiciairement s'il s'avère que le mari n'est pas biologiquement le père.

 

Réformer l'adoption en l'ouvrant à tous les couples, mariés ou non

Pourquoi ne pas avoir saisi l'opportunité des revendications des personnes homosexuelles pour réformer plus globalement l'adoption et mettre en valeur l'engagement des candidats à l'adoption? Pourquoi continuer à limiter l'adoption à des couples mariés lorsqu'aujourd'hui, le lien marital n'est plus une garantie de pérennité du couple contrairement au lien de filiation entre un parent et un enfant qui lui, demeure jusqu'à la mort et même au-delà? Ne demeure t-on pas la mère ou le père de tel enfant décédé et inversement n'est on pas la fille ou le fils de tel parent décédé? Dès lors, pourquoi ne pas ouvrir l'adoption aux couples de concubins ou de pacsés et mettre ainsi fin aux privilèges des conjoints? Une réforme plus globale de l'adoption aurait permis d'autoriser une nouvelle adoption d'un enfant déjà adopté par une personne célibataire, aujourd'hui impossible. Elle aurait aussi permis de mettre en valeur l'adoption simple qui à l'avantage de ne pas rompre le lien de filiation d'origine; une telle conception de l'adoption permettrait d'élargir la "catégorie" des enfants adoptables, dont les professionnels de l'adoption savent qu'elle est une des clés pour résoudre les difficultés concrètes que rencontrent les adoptants pour se voir confier un enfant et l'adopter.

 

Élargir l'accès à procréation assistée en favorisant l'engagement parental et la transparence

Dans la même logique, l'assistance médicale à la procréation (AMP) mériterait aussi d'être réformée. Ne faut-il pas mettre fin à l'exception française qui la conditionne à l'hétérosexualité du couple, doublée d'une infertilité pathologique ou d'un risque de transmission d'une maladie d'une particulière gravité? De nombreux pays européens permettent aux couples de femmes françaises, d'avoir recours à l'AMP. C'est une réalité quotidienne. Élargir l'AMP aux couples de femmes c'est l'occasion de remettre à plat les conditions juridiques dans lesquelles aujourd'hui un couple hétérosexuel devient parent par le truchement de la procréation assistée avec tiers donneur. Juridiquement, dans un premier temps, les parents donnent leur consentement à l'AMP dans un cadre garantissant le secret de cette conception. Dans un second temps, un jugement de déclaration judiciaire de paternité est rendu au bénéfice du mari. Le jugement de déclaration judiciaire de paternité permet de porter sur l'acte de naissance de l'enfant, le nom du mari de la mère, bien qu'il n'en soit pas biologiquement le père.

 

En décidant d'ouvrir l'AMP aux couples de femmes, il est parfaitement possible d'envisager de transformer la déclaration de paternité en déclaration de parenté (applicable donc à une femme) et, parallèlement, de mettre fin à l'obligation de secret car rien n'oblige le maintien du secret sur l'existence d'un don de gamètes. Permettre à un enfant de savoir comment il a été conçu et avec l'aide de qui, ne remet pas en cause le lien de filiation, qui résulte du jugement de déclaration judiciaire de paternité aujourd'hui et de parenté demain. En réformant de la sorte l'AMP, on règle deux questions en suspens: celle de la parenté de la femme qui ne porte pas l'enfant -donc du lien de filiation entre cet enfant et cette femme- pour les couples de femmes et celle de ce que l'on appelle l'accès aux origines de l'enfant.

 

Les laissés-pour-compte: Le parent de fait et l'enfant né dans le cadre d'une gestation pour autrui

Certaines situations familiales sont totalement laissées-pour-compte par le projet de loi actuelle. Il y a celle des enfants nés à l'étranger dans le cadre d'une gestation pour autrui, qui ne peuvent obtenir la transcription de leur acte de naissance étranger sur le registre de l'état civil français, de sorte qu'ils sont confrontés -alors qu'ils sont français- à des difficultés considérables pour obtenir passeport et carte nationale d'identité. Or contrairement à une idée reçue, régler la question de la transcription ne légalise en rien la gestation pour autrui en France et a l'immense avantage de préserver in concreto l'intérêt de l'enfant. Il existe d'ores et déjà une solution: s'en tenir à l'application de l'article 47 du Code civil comme l'a fait la Cour d'appel de Rennes dans un arrêt du 21 février 2012.

Autre laissé-pour-compte, le parent de fait (par opposition au parent légal). Quel statut légal lui accorde t-on? Doit-il être cantonné à l'exercice de la seule autorité parentale, auquel cas il faut simplifier les règles relatives à l'autorité parentale. Peut-on envisager d'établir un lien de filiation en ayant recours à la possession d'état, concept juridique existant dans le droit français; ce serait une bonne solution car la possession d'état ne dépend pas du lien biologique. Au delà peut-on envisager qu'un enfant ait légalement plus de deux parents? Les professionnels du droit savent que l'adoption simple permet déjà qu'un enfant ait juridiquement quatre parents et les travaux des anthropologues montrent que les sociétés humaines organisent de multiples manières la parenté, car comme le rappellent ces anthopologues, deux parents ne suffisent pas à faire un enfant, il y faut toute une société.

Place au débat.


26 janvier 2013 - Inrocks - Entretien avec Élisabeth Roudinesco, notamment l’auteur d’Histoire de la psychanalyse en France (Fayard)

Entretien avec Élisabeth Roudinesco: “Les homos sont des névrosés ordinaires”

Entretien avec Élisabeth Roudinesco: “Les homos sont des névrosés ordinaires”

 

 

Élisabeth Roudinesco, historienne et psychanalyste, dénonce le “caractère pathologique” du discours des opposants au projet de loi de “mariage pour personnes du même sexe”. Elle participera à la soirée en faveur de l’égalité des droits, organisée le 27 janvier au Théâtre du Rond-Point à Paris.

 

Extrait

Pourquoi critiquez-vous la formule “mariage pour tous ?
Élisabeth Roudinesco - Je la trouve calamiteuse. “Mariage pour tous” laisse entendre qu’on pourra marier tous ceux qui le voudront. C’est-à-dire un père et sa fille, une mère et son fils et des frères et soeurs. Ce qui est exclu de la loi et de toutes les lois. La prohibition de l’inceste, tout comme l’exogamie, est fondatrice de la famille – et non la différence des sexes comme le prétendent les opposants à la loi. L’existence d’une société suppose des échanges entre familles et l’interdit de la reproduction par inceste. Je ne sais pas qui a inventé ce slogan mais la loi, elle, stipulr le “mariage pour personnes de même sexe”. De plus, cette loi ne supprime pas les notions de père et de mère. Elle ajoute celle de parent. Le terme “mariage pour tous” a alimenté l’opposition à la loi. Les opposants disent : “Pourquoi pas les animaux, pourquoi pas à trois ou à quatre ?” Le fondement du mariage – institution qui reflète la famille – interdit la polygamie qui est une barbarie.


Un homme qui possède les femmes, c’est de l’exploitation. Plus les sociétés ont évolué vers un système démocratique, moins il y a eu de mariages incestueux, de polygamie, et plus il y a eu individualisation du sujet. Aujourd’hui, nous vivons dans le système du mariage d’amour avec divorce. Je ne vois pas pourquoi on devrait le refuser aux personnes de même sexe.


Inceste, polygamie, abolition de la différence des sexes, ces arguments semblent surréalistes.
La loi fait ressortir ce tréfonds de panique parce depuis la fin du XIXe siècle en Occident, moment où se sont accélérées les transformations de la famille, il y a la crainte récurrente de l’abolition de la toute-puissance paternelle. Divorce, travail des femmes, avortement, à chaque fois, c’est la même panique. 

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25 janvier 2013 - La Libre - Par Drieu Godefridi

Le sourire de Thanatos

Le sourire de Thanatos

 

 

En Belgique...          

On envisage de légaliser l’euthanasie des enfants, et l’euthanasie pour autrui.

 

Bien que les partisans de ces réformes manient l’excommunication morale avec une virtuosité tout ecclésiale - si vous êtes contre, c’est donc que vous êtes insensible à la souffrance, ou pire : catho ! -, risquons-nous à interroger l’humanisme revendiqué de ces innovations.

 

D’abord, l’euthanasie des enfants.

Par hypothèse, l’euthanasie d’un enfant sera décidée par ses parents, et non par l’enfant lui-même ("les très jeunes patients ne seront pas en mesure d’émettre eux-mêmes une demande d’euthanasie", reconnaît l’auteur de cette proposition de loi sur le site Web de son parti). On excipe de la souffrance intolérable d’enfants malades. Nul ne la conteste et, dans ce crépuscule effroyable de la vie végétalisée qui annonce la mort, les praticiens ne s’acharnent guère. Mais qui ne voit que la consécration d’un droit à part entière ouvrira progressivement les vannes de l’infanticide par commodité ?

Même en assortissant ce droit de garanties procédurales, comment éviter que des parents ne posent le choix terrible d’euthanasier leur enfant malade par confort (financier, émotionnel, pratique) ?

 

Déjà, le confort est déterminant de la plupart des interruptions volontaires de grossesse (IVG), qui devaient initialement ne concerner que les cas de détresse. Les partisans de l’avortement nous avaient expliqué que, dans les premières semaines, l’enfant n’est pas encore constitué et que, dès lors, le droit de la mère prime celui d’un être qui n’est pas tout à fait humain. Cet argument s’estompe avec l’euthanasie des enfants - sauf à considérer que la maladie d’un enfant le ferait régresser à un stade pré-humain.

Il s’agit bien, à présent, quels que soient les termes utilisés, d’investir un parent du droit exorbitant de décider de la mort de son enfant. Voici que l’on débat, plus généralement, de l’euthanasie décidée pour et à la place d’une personne qui, malade, ne serait plus en mesure de former son propre jugement. Là encore, comment éviter que le confort de l’auteur du décret fatal - par exemple, le fils ou la fille de l’intéressé(e) - ne prime d’autres considérations, plus altruistes ? S’en assurer supposerait de sonder son âme.

L’un de mes proches est mort d’une tumeur cérébrale. Son épouse l’a accompagné jusqu’au bout et il a rendu son dernier souffle chez lui. Avec la loi envisagée, nul n’aurait pu s’opposer à une demande d’euthanasie, certainement pas l’intéressé, qui avait progressivement perdu l’usage de la parole. Un ami est mort grabataire, après trois longues années de souffrance. Il ne cessait de me dire qu’il attendait la mort. Mais il n’a jamais voulu qu’on la lui administre. La dernière année, il ne parlait plus. N’étaient l’amour et le courage de son épouse, qui, avec la loi envisagée, aurait pu s’opposer à ce que l’on hâte son trépas ?

 

Ainsi des réformes en apparence étrangères - avortement, euthanasie, euthanasie des enfants, euthanasie pour autrui - sont-elles liées par une vraie cohérence : le droit au confort se hisse au premier rang des droits de l’homme.

 

Triomphe de l’hédonisme, loi du plus fort, appropriation de la personne. Désacralisé et prenant l’eau de toutes parts, le droit à la vie ne semble conserver sa validité que dans le débat sur la peine de mort : la vie est sacrée, dit-on alors, on ne peut l’ôter volontairement, même au pire des criminels (Robert Badinter). Les adversaires de la peine de mort tiraient argument du risque, incontestable, d’erreur judiciaire. Soutiendra-t-on qu’aucune erreur, aucune dérive jamais ne se produira, dans l’euthanasie des enfants et l’euthanasie pour autrui ? Qu’aucun enfant qui, dans la modeste mesure de ses moyens, s’attache farouchement à la vie misérable qui lui est donnée, ne mourra du fait de l’arrogance et l’égoïsme des hommes ? Je n’en jurerais pas.

 

Dans la mythologie grecque, Thanatos, dieu de la mort, est l’ennemi implacable du genre humain. Nous avons la prétention inouïe de nous en faire un allié. Il nous sourit.


25 janvier 2013 - Psychologies

Mariage gay : vos réactions

Mariage gay : vos réactions

 

Vous avez été très nombreux à réagir à l'édito d'Arnaud de Saint Simon publié dans le numéro de janvier de Psychologies. Et nous vous en remercions ! Mariage, union, homophobie, équité, adoption, PMA... le débat est intense et vos arguments nombreux. Voici des extraits de vos courriels. Vous pouvez bien sûr poursuivre cette passionnante conversation en postant vos commentaires au bas de cet l'article. 

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25 janvier 2013 - Marianne - Par Jean-Dominique Merchet, Directeur adjoint de la rédaction et Eric Conan, Directeur délégué de Marianne

L'homoparenté contre l'égalité

L'homoparenté contre l'égalité

 

 

 

Plutôt que deux France : deux questions se dissocient : le mariage homosexuel est approuvé par une majorité de Français, mais pas l'adoption, qui légitimerait une inégalité entre enfants en privant les adoptés de la différence sexuelle.

 

Marianne - L'homoparenté contre l'égalit
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25 janvier 2013 - L'Humanité

Mariage pour tous: pour les homos, c’est insultes pour tous...

Mariage pour tous: pour les homos, c’est insultes pour tous...

 

 

Les associations pro-mariage pour tous, qui appellent à une nouvelle mobilisation nationale dimanche à Paris, s’inquiètent d’une forte augmentation de l’homophobie.

 

Extrait

« Oui, l’homophobie tue. » À ceux qui s’amuseraient du débat actuel autour du mariage pour tous, Fred Bladou, membre de l’association de lutte contre le sida Aides et du collectif Oui Oui Oui, remet les pendules à l’heure. Réunies hier pour une conférence de presse consacrée à la manifestation de dimanche (lire encadré), les associations en faveur du mariage homosexuel s’inquiètent d’une montée de l’homophobie à l’occasion du débat actuel.


De fait, les rares instruments de mesure sont au rouge. L’association d’aide aux jeunes victimes d’homophobie le Refuge a reçu trois fois plus d’appels en 2012 qu’en 2011(tél: 0810 108 135). Le même constat est fait par SOS homophobie, qui a comptabilisé une explosion (+ 30 %) des témoignages sur son fil d’urgence (1) à la fin de l’année dernière, soit 2 000 appels contre 1 500 l’an passé. « À partir d’octobre, le débat relayé par les médias a été très violent, souligne Élisabeth Ronzier, présidente de SOS homophobie. L’homosexualité était un danger pour les enfants, un choix de vie qui conduisait à la zoophilie, à la pédophilie... Des propos choquants et blessants. »

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24 janvier 2013 - Blog "Je suis stupide, j'ai voté Hollande" - Par Daniel Godard, Professeur de Lettres Classiques

« Le mariage pour tous » Une supercherie linguistique doublée d’un mensonge

« Le mariage pour tous » : une supercherie linguistique doublée d’un mensonge

 

 

Dans le concert des arguments développés par les « pour » et les « anti » mariage gay, il est une voix qu’on n’a jamais entendue : celle de la langue française.
Au cours de mes 40 années d’enseignement (collège et lycée) en qualité de professeur de Lettres Classiques, j’ai toujours attaché une grande importance à la valeur des mots. Choisir le mot exact, le « polir sans cesse » comme disait Boileau, c’est à la fois s’assurer qu’il exprime parfaitement ce que l’on veut dire mais c’est aussi s’assurer que l’on sera bien compris de son auditoire.
La polémique que suscite le projet de loi sur le mariage gay offre un bel exemple de cette dilution de la pensée dans le brouillard d’une terminologie approximative. A force de triturer les mots dans tous les sens, les mots n’ont plus de sens et l’opinion déboussolée y perd son latin. Les slogans réducteurs répercutés par les médias ne font qu’entretenir la confusion au point qu’on a parfois l’impression d’avoir perdu le sens commun.
Prenons quelques exemples :

 

Premier exemple : La notion de « couple » homosexuel est-elle adaptée ?

 La réponse est non. Si l’on se réfère à la terminologie du « Bon Usage », l’assemblage de deux éléments de même nature ne constitue pas un « couple » mais une « paire ». Ainsi, on dira une paire de ciseaux, une paire de lunettes et non un couple de ciseaux ou un couple de lunettes. Il en est de même pour les êtres vivants. Deux boeufs assemblés sous le même joug forment une paire de boeufs et non un couple de boeufs. Deux jumeaux de même sexe constituent une paire de jumeaux et non un couple de jumeaux. On pourrait multiplier les exemples.

La langue française nous indique clairement que la notion de « couple » repose sur un principe de différenciation et d’altérité. Le couple, c’est « un homme et une femme unis par des relations affectives, physiques » (Robert 2012). La prise en compte de la fin de la définition ne doit pas faire oublier le début. La distorsion sémantique à laquelle on s’adonne chaque fois qu’on évoque un « couple » homosexuel crée une confusion dommageable que rien ne peut justifier, pas même une évolution des moeurs. Il s’agit bien ici d’appeler un chat « un chat »

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24 janvier 2013 - Le Figaro - Par Agnès Leclair

Mariage gay : une étude bouscule les clichés

Mariage gay : une étude bouscule les clichés

 

Les partisans du projet de loi qui sera débattu fin janvier dans l'Hémicycle en semblent convaincus que le mariage homosexuel constitue un standard européen.

 

Mariage homosexuel: six pays sur 27 l'ont adopté

Dans le débat, les exemples de la Belgique ou de l'Espagne qui ont autorisé en 2003 et 2005 le mariage gay sont fréquemment cités. Pour autant, une minorité de pays membres de l'Union européenne a fait ce choix aujourd'hui. Ainsi, six pays sur 27 ont légalisé le mariage homosexuel (Pays-Bas, Belgique, Espagne, Suède, Portugal et l'année dernière, Danemark). Au Royaume-Uni, un projet de loi est en cours.

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24 janvier 2013 - Nouvelles de France - Par Eric Martin

La SNCF soupçonnée de subventionner la manifestation pro-dénaturation du mariage de dimanche

La SNCF soupçonnée de subventionner la manifestation pro-dénaturation du mariage de dimanche

 

Alors que dimanche 27 janvier, les Français favorables à la dénaturation du mariage et au droit à l’enfant manifestent à Paris, un lecteur nous informe que la SNCF propose pendant cinq jours 12 000 aller-retour Paris-Lyon/Lyon-Paris à 5 euros, y voyant là une « subvention déguisée de la SNCF au lobby gay ». Et « pour que les choses soient bien claires, le communiqué fait ce discret rappel :‘Amis Lyonnais, envie d’une petite séance shopping dans le Marais ?’« , note-t-il. Contactée par nos soins, la SNCF assure que « cette réduction est juste liée au lancement de la ligne ‘iDBUS’ entre Paris et Lyon »« Cela n’est pas inhabituel, nous le faisons à chaque ouverture de ligne ». Bref, la réduction « n’a rien à voir à quelque événement que ce soit ». Ni manifestation pour le « mariage » gay ni « États Généraux de l’Enfant » organisés samedi à Lyon par l’association Cosette et Gavroche à laquelle nos lecteurs disponibles ce jour n’ont plus de raison de ne pas se rendre…


23 janvier 2013 - Blog Têtu - signé Antoine

Opposants au mariage: les 10 familles d’homophobes

Opposants au mariage: les 10 familles d’homophobes

 

En ce dimanche 13 janvier ont défilé dans les rues du Royaume de France un improbable cortège, composé de prélats, de politiciens réactionnaires, d’extrémistes de droite et de fanatiques religieux, accompagnés de «braves citoyens» inféodés à une vision obtuse du mariage et de la famille, tous ensemble mobilisés contre une réforme législative proposant de mettre fin à une discrimination de fait entre citoyens adultes et responsables, censés être égaux en droits. Les grands médias, qui n’ont accordé que des entrefilets à la grande manifestation du 16 décembre en faveur du mariage pour tous, ont convié avec bien plus d’attention et de complaisance celle du 13 janvier regroupant les opposants au projet de loi. La vie médiatico-démocratique est ainsi faite: les messages d’intolérance et de mépris ont toujours été plus «vendeurs» (car plus conflictuels) que ceux mettant en valeur le respect de l’autre et l’égalité. À la faveur des manifestations de rues comme des sempiternelles foires d’empoigne entre pro- et anti- sur Internet, un rapport de force s’installe, de fait, entre une «communauté de l’égalité» et une «communauté de la haine». Si ce rapport peut menacer de tourner à l’avantage de la seconde (on a déjà vu notre gauche de gouvernement reculer sur des points importants, cf. la PMA ou l’épisode désastreux de la «liberté de conscience» des maires…), ce n’est certes pas en fonction de la force intrinsèque de ses arguments. Prenez n’importe quel discours d’un opposant au mariage pour tous, il entrera (au moins) dans une des dix catégories suivantes:

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