Février 2013 (2/3)

12 février 2013 - Atlantico - Par Roland Hureaux, universitaire, diplomate, membre de plusieurs cabinets ministériels (dont celui de Philippe Séguin), élu local, et plus récemment à la Cour des comptes.

Mariage homosexuel : derrière les intentions généreuses a-t-on assez vu les dangers idéologiques de la théorie du genre ?

Mariage homosexuel : derrière les intentions généreuses a-t-on assez vu les dangers idéologiques de la théorie du genre ?

 

 

L'Assemblée nationale va voter ce mardi le projet de loi sur le mariage homosexuel, avant que le texte ne soit examiné le mois prochain par le Sénat.

 

Qu’à une ou deux exceptions près, les députés socialistes aient voté comme un seul homme les articles de la loi instaurant le mariage des homosexuels, alors qu’on connaît les réticences personnelles de beaucoup, fait quelque part froid dans le dos.

 

Que l’on puisse jouer la discipline de parti, au rebours de tout ce qui se fait aujourd’hui en matière sociétale dans les démocraties avancées, dans une affaire qui devrait relever de la conscience de chaque député, jette une lumière inquiétante sur la nature d’un projet que nous n’hésitons pas à qualifier de pré-totalitaire.

L’ expression paraîtra sans doute exagérée à beaucoup mais elle se justifie si on considère la mécanique politique et intellectuelle qui le sous-tend.  

 

Un projet qui ne vise pas, on l’aura compris, à résoudre les problèmes réels de "certaines catégories de personnes". Ces problèmes, sociaux, fiscaux, successoraux, à supposer qu’ils n’aient pas été réglés par le pacs, déjà  très généreux, pourraient l’être, de toute façon, sans bouleverser l’ensemble du droit de la famille. 

 

Le projet vise, tout le monde le sait, à imposer par la loi une doctrine officielle et radicalement nouvelle dans un domaine fondamental de la condition humaine qui est celui du rapport de l’homme et de la femme.

Cette doctrine, c’est la théorie du genre : elle pose, non pas l’égalité comme on l’imagine, mais, ce qui n’est pas la même chose, l’équivalence stricte,  la fongibilité, l’interchangeabilité de l’homme et de la femme. Le projet de loi originel rayait de nos codes, dans cette logique, toute mention d’une  distinction des sexes ; les parlementaires sont provisoirement revenus là-dessus, mais l’objectif demeure : "deux pas en avant, un pas en arrière", disait  Lénine.

 

Qu’un tel projet ne soit pas conforme à la nature, est-il nécessaire de le démontrer ? Mais les idéologues qui le promeuvent récusent la notion de nature. La nature ainsi remise en cause n’est d’ailleurs pas seulement la nature humaine mais quelque chose de bien plus ancien puisque la reproduction sexuée, merveille de l’univers, date de près d’un milliard d’années.

 

Il  y a plus : faisant violence à la nature, le projet fait aussi violence à la langue, institution immémoriale. Avant de changer la nature, la loi se propose  de changer le sens des mots. A commencer, par le mot "mariage".


De quelque manière qu’on retourne  la question, le mariage a été, depuis toujours, défini comme une relation entre un homme et une femme.   

Littré : Union d'un homme et d'une femme consacrée soit par l'autorité ecclésiastique, soit par l'autorité civile, soit par l'une et l'autre.

Académie française : Union légitime d'un homme et d'une femme, formée par l'échange des consentements que recueille publiquement le représentant de l'autorité civile.

 

Fait de culture, la langue entretient cependant une relation particulière avec la nature : comme elle, elle n’a pas eu besoin de l’Etat pour se constituer. Et pour cela sans doute, une bonne langue exprime "naturellement" les choses. Cela est  particulièrement vrai de la langue française : le vieux Boileau faisait du naturel une règle fondamentale du style. Tout le contraire de la langue de bois idéologique. 

 

Tel qu’il a été institué dans les différentes civilisations, le mariage n’est sans doute pas un fait de nature mais il n’en répond pas moins aux exigences de celle-ci. Il est ainsi en étroite corrélation avec les particularités de la reproduction humaine qui exigent un homme et une  femme, certes, mais aussi un temps de maturation du petit d’homme et donc une stabilité familiale plus longs que chez les autres espèces animales.

 

Et par là, le mariage sert d’abord à régler la filiation. Si le plaisir sexuel n’avait rien à voir avec la reproduction des hommes, l’institution du mariage serait inutile. Des tas de gens éprouvent un immense plaisir à manger et boire ensemble ; pourtant aucune institution publique n’a jamais encadré les amateurs d’agapes, et heureusement.   


En appelant mariage ce qui n’en est pas un au regard tant du dictionnaire que d’usages ancestraux, le projet de loi Taubira effectue donc un véritable coup d’Etat linguistique. En posant l’équivalence de la relation homme/femme et des relations homme/homme et femme/femme et donc l’équivalence homme/femme elle-même, le projet de loi, dans  la mesure où, en réalité, cette équivalence n’existe pas, vise à instituer un mensonge officiel.

 

Ce mensonge officiel se prolongera dans des mensonges particuliers : un couple homosexuel pourra dire à un enfant adopté ou porté par autrui que celui qui n’est pas son père est son père, que celui qui n’est pas sa mère est sa mère. Au risque, est-il nécessaire de le rappeler, de le perturber gravement.

 

La loi veut d’abord forcer le sens des mots. Mais c’est pour forcer le réel : comme dieu, le législateur idéologue veut recréer le monde par les mots : "Au commencement était le Verbe", "Il dit et cela fut". Pour faire coller le nouveau sens des mots avec le réel, la loi forcera donc aussi la nature, par les techniques que l’on connaît : procréation médicalement assistée pour homosexuelles, recours à la gestation pour autrui, lesquelles devront être, selon la loi, tenues pour strictement équivalentes de la procréation naturelle.

Suite...

12 février 2013 - Act-up Paris

Mariage : et maintenant, la suite

Mariage : et maintenant, la suite

 

 

Act Up-Paris se félicite du vote en première lecture à l’Assemblée Nationale du projet de loi ouvrant le mariage à tous les couples. Nous attendons une lecture conforme au Sénat afin que cette loi passe au plus vite. Si nous sommes conscientEs des efforts qu’ont dû faire au cours des 15 derniers jours les éluEs et ministres les plus combattifVEs en matière d’égalité des droits, nous rappelons aussi que c’est pour les LGBT, insultéEs quotidiennement depuis des mois, que la période a été la plus dure.

 

Nous rappelons aussi que l’homophobie ne se serait pas exprimée aussi violemment, si, dès le départ, le Président de la République, le Premier ministre, le gouvernement et les éluEs de la majorité avaient mené un front commun pour défendre une égalité totale entre homos et hétéros. Cela n’a pas été le cas : la PMA a été exclue par Jean-Marc Ayrault, François Hollande a donné par deux fois des gages aux homophobes, des membres connuEs du PS ont à de nombreuses reprises tenu des propos homophobes sans être condamnéEs par leurEs pairEs. Cette tolérance vis-à-vis de la haine envers les LGBT a compliqué le travail des éluEs de la majorité, mais surtout pourri un peu plus la vie quotidienne des homos, biEs et trans.

 

Enfin, nous rappelons ce que nous attendons du PS, maintenant :

  • l’abolition des franchises pour soins et de toutes les taxes sur la santé ;
  • la libération immédiate des prisonniErEs malades – Christiane Taubira doit faire preuve du même courage sur cette question qu’elle a montré au cours des deux dernières semaines face aux homophobes ;
  • des droits pour les travailleurSEs du sexe et l’abolition du délit de racolage public ;
  • la baisse du prix du médicament, en France comme dans le monde, par un usage ou un soutien systématique aux génériques ;
  • l’augmentation des minima sociaux, notamment l’AAH ;
  • une augmentation de la contribution française à la solidarité internationale, notamment au Fonds mondial de lutte contre le sida, le paludisme, la tuberculose ;
  • la légalisation des drogues ;
  • la régularisation des sans-papiErEs ;
  • Et d’autres choses encore

Un des arguments homophobes répétés à l’envi ces derniers mois est de dire que la loi ouvrant le mariage à tous les couples empêcherait de parler des « vrais » problèmes : précarité, emploi, santé, etc. Les homophobes de l’UMP et du FN, avec leur stratégie d’obstruction parlementaire, auront très clairement montré qu’ils se moquent des problèmes de santé, de précarité, d’emploi, puisqu’ils et elles ont pris des jours et des jours pour discuter d’un même amendement. 
Il appartient maintenant au PS d’être, comme nous le sommes, sur tous les fronts, et de faire progresser l’accès à la santé, aux droits, pour tous et toutes, maintenant.


12  février 2013 - Le Plus Le Nouvel Obs - Par Par Jean-Yves Le Naour, Historien

Mariage gay, islam : "Plus Belle la Vie", une série pas si politiquement correcte

Mariage gay, islam : "Plus Belle la Vie", une série pas si politiquement correcte

 

 

 

Feuilleton narrant les aventures des habitants d'un quartier marseillais, "Plus belle la vie" rassemble chaque jour 5 à 6 millions de Français. Alors que beaucoup la taxe de série ras-des-pâquerettes, comment explique-t-on ce succès populaire ? L'historien Jean-Yves Le Naour s'est intéressé au phénomène dans "Plus belle la vie : la boîte à idées", ouvrage à paraître le 13 février. Il nous raconte.

 

Comme l’affirme le truculent Antoine Buéno, maître de conférence à Sciences Po Paris, "on peut regarder TF1 avec les lunettes d’Arte". En l’occurrence, il s’agit de France 3 et de son programme vedette "Plus belle la vie".

 

Parce que celui-ci a l’ambition de parler du réel et de la société telle qu’elle est – mais aussi telle que l’on voudrait qu’elle soit –, je me suis demandé ce que ce feuilleton disait de nous, de notre société. J’ai donc commencé à regarder l’émission muni d’un carnet et d’un crayon et j’ai découvert que, loin d’être aussi politiquement correcte que le prétendent ses détracteurs, "Plus belle la vie" est une série relativement audacieuse pour la production nationale.

 

Des thématiques audacieuses

 

On y voit des jeunes filles avorter, des homosexuels en veux-tu en voilà, une apologie de l’amour libre et du métissage, des plaidoiries pour les sans-papiers, etc. Même la question de l’islam, minée par la propension des fondamentalistes à parler au nom de tous les musulmans et à jeter l’anathème à tout ce qui ne correspond pas à la vulgate rigoriste, est abordée dans le feuilleton.

 

Au centre du récit, on trouve le vivre-ensemble, le rejet du communautarisme, la promotion de ce que l’on appelle la "diversité", et ce n’est pas un hasard si la plupart des couples de "Plus belle la vie" sont mixtes. Les scénaristes ont même poussé la perversion démocratique jusqu’à faire tomber amoureux un flic raciste et une policière beurette.

 

L’amour, c’est plus fort que tout ! On comprend alors la fureur de l’extrême droite et des islamistes sur les réseaux sociaux, qui digèrent mal l’homosexualité de personnages récurrents et l’apologie de la liberté à disposer de son corps, mais qui supportent encore moins le spectacle de la mixité sociale et ethnique. Une vue de l’esprit, un mensonge, une perversion, de la propagande, voilà ce qu’ils disent de "Plus belle la vie".

 

Avec un débat social minoré, c'est bien le reflet de notre époque

 

Les adversaires du mariage gay ont d’ailleurs pu s’apercevoir que "Plus belle la vie", qui compte entre 5 et 6 millions d’adeptes quotidiens, leur savonnait la planche : alors que les opposants au mariage pour tous défilaient dans la rue, que voyait-on dans "Plus belle la vie" ces dernières semaines ? Une jeune fille qui découvrait l’amour avec une camarade. Et tandis que l’amour triomphait, on voyait un père catastrophé que sa fille soit comme "ça". Espérant que "ça" lui passe et la considérant comme une malade, il n’était pas loin de regarder sa fille comme une anormale.

 

La sanction de ces propos réactionnaires est immédiate : la jeune fille se détourne de son père, ne veut plus lui parler, l’ensemble du quartier désapprouve une telle prise de position et le père, qui comprend alors qu’il doit respecter le choix de sa fille et l’aimer telle qu’elle est, change d’avis et accepte son homosexualité. Ouf ! Tout est bien qui finit bien.

 

Cet exemple montre l’engagement de "Plus belle la vie" dans le débat sociétal contemporain… même s'il s’agit souvent d’engagement minimal, autour des droits de l’homme et de la liberté individuelle, qui font considérer "Plus belle la vie" comme le feuilleton des bons sentiments. Le débat social, lui, y est minoré. Finalement, "Plus belle la vie" est bien de notre époque !


11 février 2013 - La Croix (via Gènétique.org) - Par Marie Boëton

"La volonté créatrice de l'homme risque de faire de l'enfant une chose à disposition"

"La volonté créatrice de l'homme risque de faire de l'enfant une chose à disposition"

 

 

Dans un entretien accordé au quotidien La Croix, le philosophe Damien Le Guay explique comment "l'enfant n'est plus perçu comme un don mais comme un dû". 


Ainsi, le philosophe précise que "pendant longtemps l'intention procréative et la biologie se sont articulées l'une et l'autre de façon relativement équilibrée". En effet, "quand les couples voulaient devenir parents, ils sollicitaient la Nature et oeuvraient avec elle". De fait, "l'enfant était 'coproduit' par les parents et la Nature". Mais au cours des dernières décennies, cette "articulation" entre "volonté" et "biologie" a été chamboulée et, précise-t-il "nous assistons à deux mouvements contraires". "D'une part, dans certains cas, le biologique 'dit' l'intention ou en tient lieu. C'est ainsi qu'il faut comprendre la multiplication des demandes de reconnaissance en paternité. [...]. En sens inverse émerge un 'désir d'enfant' dissocié du biologique. La contraception permet d'aménager 'le bon moment' et la procréation médicalement assistée [PMA], d'aider les couples pour partie stériles". Or,  précise Damien Le Guay, "avec une PMA qui serait étendue aux couples de femmes, il s'agit d'avoir un enfant sans en avoir 'naturellement' les moyens. Il suffit 'd'emprunter' du matériel génétique sans le rendre". Par conséquent, pour le philosophe, "la médecine n'arrange plus, elle invente la filiation", et "en sacralisant la volonté, en abaissant la Nature (devenue un stock génétique), on en revient finalement à une conception dualiste de l'homme opposant un principe spirituel noble (la volonté) et le corps confondu avec du matériel génétique à disposition".  


Ainsi, "notre rapport à l'enfant à naître" n'est plus le même. Pour le philosophe, "un glissement s'opère" dans le sens où "l'enfant n'est plus perçu comme un don, mais comme un dû". Il explique: "le don: je le reçois et il me dépasse. [...] Recevoir un enfant comme un don, c'est considérer que je participe à une mise au monde, à une pro-création sans en être le maître. Je suis l'instigateur d'une origine antérieure à moi et d'un enfant qui aura 'sa' vie. [...]. Inversement, si l'enfant est dû, cela me donne un droit sur l'enfant que j'ai 'fait'. Nous ne sommes plus dans le domaine de l'accompagnement mais de la volonté revendicatrice et créatrice, avec le risque de faire de l'enfant une chose à disposition". 


Enfin, interrogé sur ce qu'il pense du fait "qu'au nom de légalité et de la lutte contre les discriminations sera peut-être ouverte prochainement l'aide médicale à la procréation", Damien le Guay répond que "c'est en effet au nom de l'impératif d'égalité que les couples homosexuels exigent des droits strictement semblables aux autres". Ainsi, il s'interroge: "mais jusqu'où va l'égalité quand elle 'butte' sur la Nature? La logique irrésistible de l'égalité refuse toute les formes d'assignation, à résidence, à corps, ou à identité. Tout doit pouvoir changer: qui je suis ou comment je suis. Tout doit devenir flou, incertain, trans, bi... Dès lors, les réalités (être un homme alors qu'on souhaite être une femme; ne pas pouvoir 'avoir' un enfant avec un conjoint de même sexe) deviennent autant d'inégalités. Le droit doit les corriger, les réparer". Il ajoute: "ceux qui refusent de corriger les 'défaillances' de la Nature sont coupables de prolonger un ordre sexiste, patriarcal et homophobe". Pour Damien Le Guay, "manifestement, il s'agit-là d'une conception extensive de la lutte pour l'égalité des droits". 


11 février 2013 - Egalité et Réconciliation - Par Adrien L.

Le témoignage du père d’un enfant abandonné par sa mère homosexuelle

Le témoignage du père d’un enfant abandonné par sa mère homosexuelle

 

 

Ceci est la première opportunité qui m’est faite de témoigner sur un média de la situation de mon enfant. Celle-ci, à mon sens, relève d’un état d’esprit ambiant, que je n’avais jusqu’alors pas réussi à déterminer, mais qui au vu des évènements auxquels la majorité de concitoyens assistent en ce moment, sans être consultés, mérite d’être portée à la connaissance d’un grand nombre. Je remercie le président d’Égalité & Réconciliation de m’avoir encouragé à partager mon expérience.

 

Extrait

Si je vous ai adressé ce témoignage, ce n’est pas pour me faire plaindre, c’est pour attester qu’il existe actuellement une vraie manipulation de l’opinion publique concernant le mariage et l’adoption pour tous. Les procédés utilisés pour faire admettre au plus grand nombre que la légitimité de leurs questions n’est au fond que la preuve de leur intolérance sont absolument indignes. J’ai pu au cours de ces dernières années, voir sous mes yeux de nombreuses familles exploser en réaction aux exigences de leur propres enfants se déclarant homos, qui jusque-là dans l’ensemble étaient assez bien acceptés par celles-ci.
En effet, on accuse l’ensemble des gens qui se prononcent contre ces lois d’être sans cœur, on use de sentimentalisme exacerbé, de reductio ad hitlerum et toutes sortes d’insultes à l’intelligence de nos compatriotes, alors que pour les ultra-minorités qui exigent ces lois, aucune justification n’est demandée quand ceux-ci forcent volontairement le trait de la provocation. Mme Fourest et M. Bergé sont des agents provocateurs, ils agissent pour pousser la majorité jusque-là pacifique à céder face à leurs insultes.
Pour avoir très largement fréquenté le milieu homo quand j’exerçais dans la restauration et le milieu de la nuit, on ne me fera pas croire que ces personnes représentent un exemple de tolérance pour tous, bien au contraire, je n’ai jamais assisté à autant de veulerie, de racisme, de bêtise, d’auto-satisfaction, de vulgarité, d’inconséquence qu’en compagnie de la plupart de ces personnes. L’affirmation de leur différence se manifeste principalement par la démonstration du mépris de l’autre. Comme la plupart des Français, j’en ai marre de devoir subir les injonctions de personnes qui en plus m’accusent d’une intolérance qu’ils arborent sans que personne dans les médias ne leur fasse remarquer.
Loin de moi l’idée d’essentialiser la « communauté » homo, qui n’en est d’ailleurs pas une ; je tiens à dire qu’une majorité de ceux-ci se moquent éperdument de ces fameuses lois si chères aux lobbies divers, qui ne représentent qu’eux-mêmes. Le jeune Xavier Bongibault a raison, son action au sein de la « Manif pour Tous » est tout à fait louable et honnête, preuve en sont les insultes qu’il subit des représentants de sa soi-disant communauté.
Pour en revenir à l’avenir de mon enfant, malgré le choix de vie qu’a fait sa mère, je souhaite la voir revenir vers lui, car rien ne justifie après avoir été élevé pendant trois ans par elle qu’il doive subir son absence. Par la démarche de compréhension du contexte qu’il l’a amené à faire ces multiples revirements de personnalité, je me suis détaché de toute velléité à son encontre.
J’ai compris que ce choix de vie pouvait être aussi la conséquence d’une véritable absence de but dans la vie, d’absence d’intérêt pour des choses simples qui jusque-là constituaient le ciment de nos sociétés. La plupart des jeunes et moins jeunes qui font ce choix et qui reprochent ensuite à leurs parents de ne pas être suffisamment modernes dans leur acceptation de leurs mœurs, psychologiquement modelés pour être de serviles consommateurs, n’ont aucun doute sur la légitimité et l’urgence de leur action. Dans le même temps, les guerres, commanditées par ceux-là même qui promettent l’égalité sans combattre une seconde l’injustice sociale, ne les émeuvent pas une seconde. Tout cela me fait honte.

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09 février 2013 - Blog Thomas More

Mariage pour tous ? Droit nulle part…

Mariage pour tous ? Droit nulle part…

 

 

Natalia Trouiller a réussi cette semaine un nouveau tour de force journalistique. Après avoir révélé au grand jour à quel point les juristes avaient été maltraités par le rapporteur Erwann Binet, elle nous livre de consistants passages de l’avis du Conseil d’État sur le projet de loi étendant le mariage aux personnes de même sexe dont les députés d’opposition demandaient la communication depuis plusieurs jours. C’est un gros coup : en principe, les avis du Conseil d’État ne sont pas divulgués sans l’autorisation du gouvernement. Et pour tout dire, le gouvernement ne donne pas son autorisation. Cela ne doit toutefois pas choquer : cette discrétion permet au Conseil de travailler paisiblement et en toute indépendance (ici). Il faut reconnaître que s’ajoute à cette traditionnelle réserve, une autre raison à la non publication de l’avis du Conseil d’État : il pointe assez franchement les insuffisances du texte gouvernemental.

 

En réalité, il n’y a pas vraiment à s’en étonner. D’une part, que le texte soit mal fichu, on le savait déjà et quelques critiques avaient déjà fuité du Conseil d’État. D’autre part, c’est précisément le travail de cette institution comme conseiller du gouvernement dans son travail d’élaboration des projets de lois de relever les difficultés d’ordre légistique (terme moderne pour désigner l’art de rédiger les lois).

La filiation est fort maltraitée. En particulier, l’ouverture du mariage à des personnes de même sexe va remettre en cause l’institution pourtant déjà si fragile de l’adoption sans que les conséquences en soient clairement mesurée. L’ouverture de l’adoption plénière, telle qu’issue de la réforme de 1966, commence enfin à être sérieusement contestée au plan juridique. La constitutionnalité de cette aspect de la réforme semblerait même discutable si on suit le raisonnement du Conseil d’État ou celui de Laurent Bayon et Marie-Christine Le Boursicot (ici). En effet, ainsi que le relève le Conseil d’État

l’adoption plénière a pour effet de supprimer juridiquement la filiation par le sang pour lui substituer un nouveau lien de filiation découlant du jugement qui l’a prononcé… Alors que la filiation est un élément essentiel de l’identification pour chaque individu tant sur le plan biologique que social et juridique, l’état civil ainsi reconstitué mettra en évidence, par la référence à des parents de même sexe,la fiction juridique sur laquelle repose cette filiation.

 

Plus encore que la fiction, qui pourrait être admise en droit, le droit crée une filiation invraisemblable, non crédible, qui devrait conduire à rejeter la fiction. Par ailleurs, en prétendant ne pas réformer la filiation, Mme Taubira prend le risque de ne pas faire œuvre législative convenable : en termes techniques, la loi risquerait d’être inconstitutionnelle car elle n’épuise pas la compétence du législateur ; on serait en présence d’un cas d’incompétence négative de législateur. Le législateur n’irait pas au bout de la logique de la réforme en prévoyant dans sa loi toutes les conséquences nécessaires, et relevant de sa compétence. En outre, la mise en place d’un état civil tel que celui qu’il faudra mettre en place pour permettre l’adoption plénière par deux personnes de même sexe pourrait se heurter au principe d’égalité en soumettant à des règles particulières, mal anticipées, certains enfants. Enfin, la réforme contredirait un principe essentiel dégagé par la Cour de cassation qui a jugé récemment

qu’est contraire à un principe essentiel du droit français de la filiation, la reconnaissance en France d’une décision étrangère dont la transcription sur les registres de l’état civil français, valant acte de naissance, emporte inscription d’un enfant comme né de deux parents du même sexe (Cass. 1re civ., 7 juin 2012)

 

En définitive, l’ouverture de l’adoption plénière aux couples de même sexe mariés introduirait une incohérence au sein du droit de la filiation exposant la loi au risque de l’inconstitutionnalité. A force de vouloir dissimuler les implications de la réforme en termes de filiation, le projet renonce à faire les réformes qui seraient nécessaires pour qu’il soit cohérent. La tentative de maintenir l’article 310 du Code civil dans sa rédaction actuelle:

Tous les enfants dont la filiation est légalement établie ont les mêmes droits et les mêmes devoirs dans leurs rapports avec leur père et mère. Ils entrent dans la famille de chacun d’eux.

 

pour ne surtout pas toucher au titre VII (sur la filiation) est une illustration de cette étrange conception du droit, même si elle n’est sans doute pas en elle-même source d’inconstitutionnalité. Autrement dit, il faudrait que le gouvernement soit logique jusqu’au bout et remette en cause tout le droit de la famille. Mais alors la profondeur du bouleversement deviendrait trop apparent et la manœuvre trop grossière et le projet perdrait peut-être le soutien de l’opinion qui reste avec une constance impressionnante opposée à l’adoption!

 

Certains imaginent alors de limiter la réforme à l’ouverture de l’adoption simple. Le projet de loi prépare en réalité un détournement de l’adoption. L’ouverture de l’adoption simple a essentiellement pour objet de permettre l’adoption de l’enfant du conjoint. Si elle est institutionnalisée, elle autorisera un double détournement. Lorsque l’enfant a ses deux parents biologiques, elle permettra de troubler le lien originaire qui a donné naissance à l’enfant en le dotant d’une filiation adoptive invraisemblable alors qu’il était doté initialement d’une filiation conforme à la réalité biologique. Lorsque l’enfant n’a qu’un seul parent biologique, il ne faut pas être dupe de ce vide et s’interroger sur son origine. Pratiquement, il aura été conçu au moyen d’une AMP réalisée à l’étranger et l’adoption simple tendra alors à créer le second lien de filiation nécessaire à valider des « bricolages procréatifs », pour reprendre la formule très juste d’Aude Mirkovic. La loi viendrait ainsi valider a posteriori ce qu’elle ne permet pasa priori de manière directe, jusqu’à la prochaine réforme… Il n’y a pas là à proprement parler de cause d’inconstitutionnalité spécifique mais il faut bien rappeler que pratiquement l’argument tiré de la validation des situations de fait est totalement fallacieux.

 

Enfin, pour finir sur la question de la filiation, il serait possible de s’interroger sur l’existence d’un principe constitutionnel, au besoin en passant par un principe fondamental reconnu par les lois de la République, selon lequel la filiation suppose l’altérité sexuelle. Il viendrait en appui du principe, discuté (ici, et encore ) mais pas totalement exclu, du mariage hétérosexuel voire à la place de ce principe.

 

Pour terminer, il est intéressant de relever que le Conseil d’État pointe aussi les faiblesses du projet gouvernemental sur la question du couple. Jusqu’à aujourd’hui, le mariage reposait sur

deux éléments jusqu’alors indissociables: l’altérité des sexes et la présomption de paternité, laquelle donne automatiquement un père à l’enfant de la femme mariée qui accouche (cité par Le Figaro).

 

Évidemment, le Conseil d’État ne dit pas que manipuler ces fondements du mariage serait nécessairement contraire à la Constitution mais il attire l’attention du manière inattendue. Pour ceux qui ne connaissent pas du tout l’institution, il faut simplement savoir que c’est loin d’être un repère d’affreux catholiques homophobes. Ces réserves impliquent notamment de ne pas tenter d’introduire l’assistance médicale à la procréation dans le champ de la réforme. La faiblesse de la réflexion préalable du gouvernement sur les conséquences de son projet apparaît à nouveau ici à la lecture de l’avis. Le refus de penser l’influence de l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe sur les fondements du mariage civil conduit à un projet bancal. La faiblesse est discrète mais fondamentale notamment au regard de la présomption de paternité dont le texte ne dit rien alors qu’elle reste au cœur du mariage. Pour mémoire, le Doyen Carbonnier enseignait que le cœur du mariage, ce n’est pas le couple mais la présomption de paternité. Toucher à la présomption de paternité, c’est modifier l’essence de l’institution matrimoniale. Inversement, il n’est pas possible de faire une réforme comme celle en cours de discussion sans la penser en lien avec la présomption de paternité. C’est alors toute la filiation qu’il faudrait repenser non seulement pour les couples de même sexe mais pour les couples de sexe différent. Il est donc faux de dire que la loi ne modifiera pas la situation de toutes les familles…

 

Enfin, à la croisée de la filiation et du mariage, le maintien des termes père et mère, mari et femme peut également être à l’origine de difficultés d’ordre non seulement légistique mais aussi bien plus fondamental. Au-delà de l’obsession de gommer l’altérité sexuelle, qui n’est pas nouvelle en droit du mariage cependant, on peut constater que le fameux amendement balais de M. Erwann Binet est plus une épine dans le pied du législateur qu’un remède. Pour mémoire, le texte adopté par la commission est rédigé de la manière suivante :

Article 4 bis (nouveau)

I. – L’ensemble des dispositions législatives en vigueur en France métropolitaine ainsi que dans les collectivités d’outre-mer régies par l’article 73 de la Constitution, à l’exception des dispositions du code civil, s’applique également :

– aux conjoints de même sexe, lorsqu’elles font référence aux mari et femme ;

– aux parents de même sexe, lorsqu’elles font référence aux père et mère ;

– aux conjoints survivants de même sexe, lorsqu’elles font référence aux veuf et veuve ou aux veuves.

 

Paradoxalement, ce fameux amendement balais de M. Erwann Binet pourrait nuire à la constitutionnalité du texte. D’une part, on peut remarquer que les couples de même sexe sont finalement seulement assimilés aux couples de sexe différent. Comment mieux affirmer que finalement, ce ‘n’est qu’une analogie que permet le texte ; que les situations sont différentes et que l’on fait comme si… Tout le projet est bancal est cela saute aux yeux ici ! D’autre part, cette disposition laisse trop de place à l’interprétation et manque de clarté ; elle nuit gravement à l’intelligibilité de la loi, principe à valeur constitutionnelle.

 

Le Conseil d’État relève par ailleurs que les aspects internationaux sont manifestement mal maitrisés. Sur la question du risque de répression pénale à l’étranger, évoquée par le Conseil d’État j’avoue être un peu dubitatif mais la question avait déjà été discutée lors de l’adoption du PACS, donc il doit y avoir un sujet. Surtout, l’éviction de la loi personnelle au profit de la loi française dans un domaine qui relève du droit de la famille et de l’état des personnes est étrange et source de difficultés techniques et politiques. Il ne sera pas évident de marier en France deux personnes de même sexe alors que la loi personnelle (celle du pays dont elles ont la nationalité) de l’une d’elle ne reconnait pas ce genre d’union. Nous aurons alors un mariage valable au regard du droit positif français mais nul au regard de la loi nationale d’un époux.

 

En définitive, la construction de ce texte apparaît des plus médiocres. L’impréparation est mal dissimulée sous des slogans ou des exercices de communication. Dès le titre, la loi est bancale : Projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe comme s’il ne s’agissait que du mariage alors que la filiation est touchée ! Aurait-on pu faire mieux ? Ce n’est pas sûr… cette résistance du droit à la volonté politique n’est-elle pas simplement l’ultime réaction (avant le cabinet du psychiatre?) d’une réalité que l’on prétend manipuler ?


09 février 2013 - Atlantico - Par "Thomas More"

Les débats sur le mariage homosexuel ont-ils dévalué le langage ?

Les débats sur le mariage homosexuel ont-ils dévalué le langage ?

 

 

Pierre Bergé vient de donner un nouvel exemple de cette dévaluation des mots et du langage en dénonçant vendredi sur BFM TV un "humus antisémite, antigay" chez les opposants au projet de loi.

 

L’un des propres de l’homme est de parler : il est un être parlant qui entre en relation avec la réalité par le biais du langage. C’est l’origine de la culture, de l’histoire voire de la civilisation. La langage est un joujou extra mais les jeux de mots sont parfois dangereux : les calembours peuvent blesser et les manipulations de langage peuvent tuer au sens propre comme au sens figuré. Lorsque les mots sont triturés au-delà du raisonnable, ils ne permettent plus de raisonner : lorsque les mots ne permettent plus d’entrer en contact avec le réel, la folie n’est pas loin (V. la langue Sctroumpf). Le projet d’ouvrir le mariage aux personnes de même sexe fournit son lot de bidouillages du langage qui sera sûrement étudié par les savants des temps futurs. On pourrait aussi s’amuser de la même façon à propos de l’usage de la numération mais c’est une autre histoire…

 

Pierre Bergé vient de donner un nouvel exemple de cette dévaluation des mots et du langage en dénonçant  un humus antisémite, antigay chez les opposants au projet de loi. L’assimilation en deux temps de l’opposition à l’extension du mariage aux personnes de même sexe à l’homophobie puis de l’homophobie au racisme et à l’antisémitisme est un classique de l’argumentaire gay (V.  T. Collin, Le mariage gay : Eyrolles 2005, épuisé malheureusement. Lisez déjà Les lendemains du mariage gay, Salvator 2012). La première étape a été la construction de la rhétorique de l’homophobie. Le mot est d’apparition récente (début années 1970) et s’il ne veut rien dire par lui même (peur du semblable ?) il a bien fallu lui donner un contenu. C’est précisément par analogie avec le racisme et l’antisémitisme que la notion a été construite alors que ces notions sont sans commune mesure. Le discours sur l’homme impliqué par le racisme et celui qui considère comme plus juste de ne pas ouvrir le mariage aux personnes de même sexe n’ont rien de commun, notamment parce que l’humanité ou la dignité des personnes homosexuelles ne sont pas niées comme le racisme et l’antisémitisme le faisaient pour une partie des êtres humains (V. not. dernièrement Beninews). En réalité, l’homophobie serait l’expression d’un vice plus profond de nos sociétés trop traditionnelles : l’hétérosexisme. Encore un mot qui ne veut pas dire grand chose par lui même mais qui permet de signifier que nos sociétés sont constituées sur le modèle hétérosexuel impliquant une oppression des minorités sexuelles et des minorités de genre (personnes homosexuelles, bi, transgenre etc.). La puissance rhétorique de cet élément de langage est énorme :

"Le terme hétérosexisme a donc un potentiel critique extraordinaire puisqu’il permet de problématiser le bon sens en le dénonçant comme un super-préjugé (T. Collin, p. 63)."

 

Finalement, tout est langage et tout est politique. Aucune réalité n’existe en-dehors de ce jeu de volontés, qui vire au rapport de force (ce dont on s’étonne presque ces derniers jours). L’enjeu est en définitive :

"de rendre impossible, dans le débat démocratique sur l’égalité des droits, toute référence à une expertise extra-politique (anthropologique ou psychanalytique) (T. Collin, p. 64-65)."

 

Pour compenser l’homophobie latente de nos sociétés, il faudrait légiférer. Le levier juridique et politique des revendications est bien connu : il s’agit du principe de non discrimination. En effet, si certaines personnes ont accès à des services légaux, voire simplement non illicites, il devient insupportable que d’autres n’y aient pas accès. Que ce soit le mariage, l’accès à la parentalité (encore un néologisme), tout le monde veut tout et son contraire. Tout cela n’a plus grand chose à voir avec l’égalité. Pour mémoire, le Conseil constitutionnel a nettement rappelé que réserver le mariage à des personnes de sexe différent n’était pas contraire au principe d’égalité :

"le principe d’égalité ne s’oppose ni à ce que le législateur règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu’il déroge à l’égalité pour des raisons d’intérêt général pourvu que, dans l’un et l’autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l’objet de la loi qui l’établit ; qu’en maintenant le principe selon lequel le mariage est l’union d’un homme et d’une femme, le législateur a, dans l’exercice de la compétence que lui attribue l’article 34 de la Constitution, estimé que la différence de situation entre les couples de même sexe et les couples composés d’un homme et d’une femme peut justifier une différence de traitement quant aux règles du droit de la famille… (V. aussi Cour EDH, 24 juin 2010Schalk et Kopf c. Autriche)."

Le droit est instrumentalisé afin de permettre à chacun d’obtenir la satisfaction de ses souhaits : l’avortement, la stérilisation comme l’assistance médicale à la procréation ou l’euthanasie, le mariage comme le divorce. Le principe de non discrimination permet à chacun d’exiger l’accomplissement d’actes licites au regard de la loi civile positive sans que personne ne puisse s’y refuser et l’État est là pour garantir la satisfaction des désirs de chacun.

 

A partir de là, les mots peuvent et doivent être remodelés pour exprimer ce que l’on souhaite être la réalité. L’homme a du mal à renoncer à la toute puissance et à une conception magique du langage. Les débats sans fin sur les mots père et mère, parents 1 et 2, notamment, sont l’expression de ce pouvoir attribué aux mots. Ce débat est sans fin car dès lors que l’on renonce à l’idée même de réalité et de vérité (même avec un petit v, la réalité pratique et quotidienne), tout est possible politiquement. La référence à la novlangue orwellienne est devenue un lieu commun mais peu ont vraiment entendu la leçon (V. unMustread absolu chez Philarête) ! Les dérapages, de part et d’autres d’ailleurs, et autres points Godwin ne sont que les symptômes d’une dévaluation du langage. Les mots et le droit sont manipulés au point de perdre tout sens véritable. C’est pour cela qu’il n’est plus absurde de dire que le mariage pour tous, c’est le mariage pour personne! Tout est possible, tout est vrai, tout et son contraire, au besoin en même temps. Il n’y a pas de raison ; il n’y a plus de raison.

 

Pour mémoire, notre ministre de l’éducation était devenu entrepreneur il y a quelques années en se lançant dans le négoce international : il importait du saumon. Son slogan Du saumon pour tous ! Peu importe en réalité ce qui est demandé… remplacez mariage, ou saumon, par ce que vous voulez et lancez vous dans la bataille. C’est le grand mouvement du schtroumpf pour tous !


09 février 2013 - Nouvelles de France - Par Eric Martin

Pour Jérôme Guedj, la famille naturelle relève d’une conception «rance»

Pour Jérôme Guedj, la famille naturelle relève d’une conception «rance»

 

 

Dans un « débat » organisé le 4 février 2013 par BFM TV entre le socialiste Jérôme Guedj, l’écologiste Barbara Pompili et l’UMP Hervé Mariton (à deux contre un, donc), le premier a dénoncé la conception « rance » de la famille qu’aurait le dernier ainsi que tous les opposants à la dénaturation du mariage et au droit à l’enfant. Une sortie injurieuse (à partir de 8’30’’) faisant suite à un exposé argumenté du député de la Drôme en faveur de« la famille durable », qui protège de la précarité et de la pauvreté bien mieux que l’État. Jérôme Guedj ne se considère pas seulement au-dessus des lois de la République, il n’a que faire de la loi naturelle…

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09 février 2013 - Le Figaro - Par Agnès Leclair

PMA : le malaise d'enfants nés d'un don

PMA : le malaise d'enfants nés d'un don

 

 

TÉMOIGNAGES - La première génération d'enfants issus du don de gamète anonyme veut faire entendre sa voix.

 

«Nous sommes une génération d'abandonnés, orphelins de nos origines»… À l'heure où la question de la procréation médicalement assistée revient sur le devant de la scène médiatique, la première génération d'enfants issus d'un don de gamète anonyme veut faire entendre sa voix. «Nous avons à présent un recul de plus de 40 ans sur ces techniques. L'ouverture de l'assistance médicale à la procréation implique au préalable le devoir impérieux de prendre en compte notre expérience, celle des parents et des donneurs», scandent les membres de l'association Procréation médicalement anonyme (PMA) qui militent pour l'accès aux origines. Un débat complexe, où se font aussi entendre des partisans de l'anonymat. «À 12 ans, j'ai commencé à avoir des doutes. J'avais du mal à trouver les ressemblances avec mon père. Lors d'une promenade au bord de l'eau, il m'a finalement confié qu'il n'était pas la personne qui m'avait fait. J'ai sauté dans ses bras. C'était un choc, mais aussi un soulagement. Avant j'imaginais un viol, une adoption», confie Clément Roussial.

 

Âgé de 23 ans, il étudie aujourd'hui le droit des libertés fondamentales, «influencé par mon histoire personnelle, motivé par une sensation d'injustice», reconnaît en riant ce jeune homme né grâce à une insémination artificielle avec donneur anonyme.«À l'époque, cette révélation n'a pas changé nos relations. Un père, c'est celui qui se lève pour vous tous les matins, celui qui vous apprend à pêcher…», explique Clément, avant d'évoquer la face plus sombre de son histoire, à l'adolescence. «Je me suis mis à la recherche de mes origines. Je me suis trop accroché à la génétique. J'ai aussi eu l'impression que l'on m'avait fait signer un contrat sans que je le sache. Je suis allé voir un psychologue, puis un médecin du Cecos où j'avais été conçu. Il m'a fait miroiter mon dossier, mais je savais qu'il ne me le donnerait pas alors qu'il risquait une sanction pénale», raconte Clément.

Savoir qu'un Cecos détient le secret de vos origines génétiques, que cette identité existe, mais qu'elle vous est interdite, c'est une «forme de torture psychologique», «la partie de l'histoire impossible à accepter», s'accordent à penser tous les enfants nés d'un don membres de l'association. C'est ce principe que ces derniers veulent voir nuancer. «Nous plaidons pour la reconnaissance du droit à la connaissance de leurs origines pour les enfants, à leur majorité et avec l'accord du donneur», rappelle Audrey Gauvin, sa présidente.

 

«Un sentiment d'injustice»

«La connaissance de son histoire, généralement, on considère que c'est un droit. C'est une question de dignité. Pour moi, c'est le législateur qui en a décidé», soupire Thibault, 23 ans, étudiant à Sciences Po Paris. «La loi interdit même de donner accès à des données non-identifiantes, même au dossier médical du donneur si je découvre que j'ai une maladie. Pour moi, faire de la prévention, c'est impossible», souligne ce fils unique, qui a appris «presque au berceau» qu'il était né à la suite d'une insémination artificielle avec donneur.

 

«Nous sommes envahis par un grand sentiment d'injustice, d'humiliation. Tout nous renvoie à ce manque: la visite chez le médecin où l'on vous demande des informations médicales sur vos parents, une remarque anodine sur votre ressemblance avec untel. Il n'y a pas de limite à l'imagination, au fantasme, c'est épuisant…», renchérit Clément. Et quand vient l'amour, la question refait surface. «Je n'ai pas envie de transmettre cette part d'inconnu à mes enfants», raconte-t-il. Thibault, pour sa part, n'a pas entrepris de démarche pour connaître ses origines. Avec le passage à l'âge adulte, ce secret lui pèse de plus en plus. «Les deux interrogations qui me hantent sont celles du visage de ce père géniteur et celle de sa motivation à donner la vie, résume-t-il. C'est une souffrance profonde, existentielle. Et puis je ne sais même pas si le donneur qui a permis mon existence est vivant ou mort.»

 

L'association PMA rassemble aujourd'hui également des donneurs qui se lancent peu à peu dans le combat. C'est le cas d'Alain Tréboul qui a donné son sperme dès 1974 dans le cadre d'une vasectomie. «À l'origine, j'ai dit oui pour aider des couples. Maintenant, j'entends le témoignage des enfants qui se posent ces questions et je me dis que, si ça se trouve, ils souffrent de ne pas me rencontrer alors que je serais prêt à le faire, même si je ne serai jamais leur père, même si j'ai déjà une famille, explique ce grand-père de sept petits-enfants. Mais je ne vois pas pourquoi je ne leur donnerais pas une photo. Je ne suis pas spécialement curieux, c'est l'interdit qui est pénible.»


08 février 2013 - Site Famille et Liberté

EN QUOI LES ADULTES DONT L’UN DES PARENTS A UNE LIAISON HOMOSEXUELLE SONT-ILS DIFFERENTS ?

EN  QUOI  LES  ADULTES  DONT  L’UN  DES  PARENTS  A  UNE  LIAISON  HOMOSEXUELLE  SONT-ILS  DIFFERENTS  ?

 

 

Ce document est une traduction libre par Famille et Liberté d’une étude de Mark Regnerus, sociologue à l’université du Texas. Elle a été  publiée, dans la revue Social Science Research, sous le titre de How different are the adult children of parents who have same-sex relationships ? que nous avons traduit par En quoi les adultes nés de parents ayant vécu une relation homosexuelle sont-il différents ?

Le texte original peut être consulté à : http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0049089X12000610 

 

Cette étude présente sur celles publiées antérieurement sur le même sujet l’avantage de réunir trois qualités essentielles :

  • Elle repose sur un large échantillon représentatif de l’ensemble des jeunes adultes américains
  • Portant sur de jeunes adultes, elle mesure véritablement les situations et éventuelles addictions des personnes interrogées, au contraire des nombreuses études qui portant sur des enfants pré pubères ne peuvent évidemment rien dire sur leur comportement sexuel ou leur addiction à l’alcool.
  • Elle donne la mesure de nombreux caractères pouvant être liés à la nature de la famille d’origine et en donne les résultats à la fois sous leur forme brute et sous la forme corrigée de l’influence des autres variables (C’est ainsi, par exemple, que le niveau d’instruction sera corrigé en fonction de celui des parents)
Cette publication a suscité de vives réactions, les uns y voyant la preuve des conséquences dommageables pour les enfants de l’homoparentalité, les autres contestant la validité des conclusions, la personne de l’auteur ou la façon dont l’éditeur a décidé la publication.
Il est vrai que l’étude Regnerus n’apporte pas une preuve, tout jugement porté à partir d’un échantillon ne pouvant être étendu à l’ensemble d’une population qu’avec une marge d’erreur. Il est vrai aussi, Regnerus le dit lui-même, que les familles dites homosexuelles de l’échantillon différent les unes des autres quant aux modalités et à la durée de la liaison qui les caractérisent.
Cette dernière critique et d’autres de même nature s’appliquent d’ailleurs tout autant aux études favorables à l’homoparentalité qui n’ont pas, en revanche, les trois qualités citées plus haut. 
Nous estimons en conséquence que l’étude Regnerus apporte un éclairage statistiquement vrai sur les conséquences pour de jeunes adultes de la nature du foyer dans lequel ils ont vécu enfants.
Regnerus a choisi de comparer les familles dans lesquelles l’un des parents au moins a eu une liaison homosexuelle avec les familles biologiques, hétérosexuelles et stables. Les résultats donnés par son enquête sur tous les types de familles mettent en évidence qu’il y a d’un côté ces familles biologiques, hétérosexuelles et stables et de l’autre, avec de moins bons résultats dans l’éducation de leurs enfants, celles qui ont été rompues et celles dans lesquelles il y a toujours eu un absent, le père ou la mère. L’étude n’a pu mesurer par contre, car ce type de situation était quasiment inexistant à l’époque où ces jeunes adultes sont venus au monde, les résultats que l’on peut légitimement craindre d’une ouverture du mariage et de l’adoption aux personnes de même sexe.

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08  février 2013 - Blog Koztoujours 

Le père n’est pas une mère comme une autre. Et réciproquement.

Le père n’est pas une mère comme une autre. Et réciproquement

 

 

 

C'est marrant. Nous n'avons pas emmenés nos enfants avec nous le 13 janvier, et ne le ferons pas davantage le 24 mars. Nous n'avons pas voulu non plus leur apprendre de slogans. Mais il est vrai que nous les avons confié à mon beau-père... C'est probablement pour cela que notre petit dernier passe fréquemment dans le couloir, la mine réjouie, en clamant haut et fort : "un papa, une maman, des enfants !".
Bref.


Mon fils de 3 ans n'est pas revendicatif. Il n'est pas sociologue non plus. Pas clinicien, pas pédopsy. Il ne théorise pas davantage et ne proclame pas la supériorité d'une quelconque norme. Il se contente de célébrer un état de fait. La situation dont il bénéficie, celle qu'il voit autour de lui.
Comme lui, nous sommes nombreux à ne voir là qu'un état de fait. Pas une norme, un fait. Un papa, une maman, des enfants. La famille.

 

"Un père, une mère, c'est complémentaire !" Vas-y, prouve-le. 

C'est là que ça se corse. Et nous voilà bien dépourvus lorsqu'on nous demande de démontrer ce qui l'on n'a jamais imaginé contestable, de justifier que ce serait réellement bon pour l'enfant, que cela lui serait nécessaire, qu'il bénéficierait de cette altérité, de cette complémentarité.

Par bonheur, ce débat a aussi permis de se rapprocher de personnes telles que Vincent Rouyer, praticiennes de disciplines peu connues de nous (enfin, de moi. Vous, je sais que vous connaissiez...) qui permettent de s'abstraire des seuls témoignages personnels.

 

Et, de fait, la complémentarité du père et de la mère n'est ni une lubie, ni un lieu commun, ni une convention sociale, ni une habitude, et pas davantage une modalité d'éducation alternative. Non, c'est une réalité constatée et éprouvée. Passons sur le fait qu'elle s'autorise de quelques milliers d'années de fonctionnement, elle est aussi l'objet d'études qu'il est bien léger d'écarter d'un revers de la main.

 

Ne m'en veuillez pas si je n'ai pas retrouvé les biographies de chacune des personnes citées ci-dessous, mais vous pourrez toutefois noter qu'elles semblent pouvoir se prévaloir d'un peu plus d'expertise que moi. Et que toi aussi, y'a des chances, mais bon, je ne veux pas préjuger ni sembler poser là une condamnation implicite de quiconque lirait ces lignes, Dieu m'en garde, Dieu m'en garde.

 

Bref, dans leur étudeLe père est-il l’égal de la mère ? Considérations sur l’attachement père-enfant, parue aux Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseau, Raphaële Miljkovitch (Professeur à Paris X, Nanterre) et Blaise Pierrehumbert, (Psychologue, Responsable d’unité de recherche, Service Universitaire de Psychiatrie de l’enfant et de l’Adolescent, Lausanne) relèvent notamment que :

« Les recherches visant à faire émerger les spécificités de chacun des deux parents concordent à peu près toutes sur un point : les interactions mère-enfant ne sont pas équivalentes aux interactions père-enfant »

 

Cette affirmation repose sur les travaux de plusieurs chercheurs :

"Globalement, on constate que le père représente un partenaire de jeu privilégié (Clarke-Stewart, 1977, 1978 ; Kotelchuck, 1976), alors que la mère, elle, échange plus avec son enfant dans un contexte de soins (par exemple, le nourrissage, la propreté : Lamb, 1977c ; Belsky, Gilstrap & Rovine, 1984 ; Belsky & Volling, 1986). Il est important de noter que ces différences apparaissent en dépit de l’investissement parental (Field, 1978). Même dans les familles où l’homme garde les enfants ou dans les kibboutz israéliens où les deux parents interviennent à un même degré dans l’éducation des jeunes, on retrouve ces différences entre les comportements maternels et paternels (Lamb, Frodi, Hwang & Frodi, 1982 ; Lamb, Frodi, Hwang, Frodi & Steinberg, 1982 ; Sagi, Lamb, Shoham, Dvir & Lewkowicz, 1985)."

 

Il est ainsi relevé que le jeune a besoin de protection et sécurisation dans l’exploration de l’environnement (Ainsworth et al, 1978 ; Bowlby, 1988) or le père sécurise l’enfant dans sa découverte de l’inconnu notamment par son style de jeu (Lamb 1977, Lewis & Weinraub, 1976, Parke & Sawin, 1980 ; Pedersen et al 1979). On peut même relever des conséquences directes entre le style de jeu adopté à un an et l'attachement de l'enfant à dix ans ou même à seize ans, selon une étude longitudinale (ie sur la longue durée) de Gossmann et al (disclaimer : ce n'est pas parce que vous avez peu joué avec votre enfant à un an que votre enfant ne vous aimera nécessairement pas à seize).

Quels sont les conséquences de cette interaction avec le père ?

 « L’idée que la relation avec le père joue un rôle dans la capacité de l’enfant à s’ouvrir vers l’extérieur a été confirmée par plusieurs recherches empiriques »

 

On relève à cinq mois un lien entre implication paternelle et tendance au bébé à répondre aux sollicitations sociales (Pedersen et al, 1979) et l'on peut également noter que la qualité de l’attachement au père et non à la mère est déterminante dans la sociabilité à l’égard d’une personne inconnue (Lamb, Hwang, Frodi et Frodi, 1982).

 

Il est, aussi, relevé que les garçons "sécures" avec leur père sont plus sociables que les garçons "insécures", alors qu’aucun lien avec attachement à la mère n’apparaît. Une étude a même constaté l'existence d'un lien entre la qualité du jeu du père et la popularité de son enfant auprès de ses camarades de classe (MacDonald et Parken 1984).

 

Tenez, même ce geste totalement inconsidéré et un peu con que j'ai fait moi-même - jeter son enfant en l'air, comme le fait le père sur la photo d'illustration de ce billet - est un geste typiquement paternel, qui ne vient à l'idée d'aucune mère. Et pourtant, si ce n'est peut-être pas sa manifestation la plus futée, elle témoigne aussi de ce rôle du père qui permet à l'enfant de vivre une situation de risque contrôlée.

 

Comme le relève le Dr Maurice Berger (voir ci-dessous), "le père renforce le sentiment et le pouvoir de maîtrise de l’enfant. Il l'accompagne vers la conscience de son pouvoir de progrès, galvanise l'estime et l'affirmation de soi et le sentiment qu'a l'enfant d'être cause, d'être capable de faire, de prendre des initiatives, de s'aventurer, de se mesurer à l'obstacle, ce qui amène les chercheurs à qualifier le père de "catalyseur de prise de risques"".

 

Bref, les pères sont de « meilleurs rampes de lancement » que les mères, pour l'exploration monde physique (Le Camus, 1992) - les mères étant meilleures que les pères à d'autres égards, merci mesdames de ne pas taper trop vite, ni trop fort, et de lire la suite.

 

Les conclusions de Miljkovitch et Pierrehumbert sont éclairantes :

« Ainsi, nous pensons, à l’instar de Le Camus (2000) que les nouvelles perspectives de recherches sur les contributions maternelle et paternelle devraient prendre en compte à la fois la bipolarité parentale (père et mère ne sont pas fonctionnement interchangeables) et la bipolarité des besoins de l’enfant (l’enfant est en quête aussi de « sécurisation » que d’ « invigoration » et d’ »autonomisation »). Il ne s’agit donc pas de faire jouer au père le rôle d’une mère bis (Le Camus, 2000, Miljkovitch, Pierrehumbert, Turganti & Halfon, 1998) (...) A l’évidence, père et mère n’apportent pas les mêmes ressources à leur enfant, et de fait, représentent tous deux des figures d’attachement importantes. Alors que la mère permet à son bébé d’acquérir un sentiment de quiétude en veillant sur lui avec beaucoup de constance, le père montre à son enfant comment discerner et apprivoiser les difficultés venant de l’extérieur »

 

A côté de cette étude qui propose une revue de travaux existants, on peut également citer celle du Docteur Maurice Berger (Chef de service en psychiatrie de l’enfant au CHU de St Etienne, Professeur associé de psychologie de l’enfant à l’Université Lyon II, membre de la société française de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent), sur le droit d'hébergement du père concernant un bébé.

 

Elle concerne essentiellement le rôle du père, et conteste le recours trop général à la garde alternée à la suite de divorces, notamment pour les nourrissons, qui ont spécialement besoin de leur mère dans un environnement stable.

 « Si l'on s'en tient aux connaissances actuelles reconnues par la communauté scientifique, on peut affirmer que le père a une place spécifique à prendre auprès de son bébé, importante pour son développement affectif, mais qu'elle n'est pas équivalente à celle de la mère. Ce n'est pas parce que père et mère ont une égalité de droit au niveau de l'autorité parentale qu'ils sont à égalité dans le psychisme du bébé. Ce n'est pas parce que des adultes décident d'exercer différemment leur rôle parental dans une société en évolution que les besoins relationnels des bébés changent. Ils sont les mêmes depuis des siècles et demeureront toujours les mêmes. Et la manière dont la co-parentalité est présentée par certaines personnalités politiques est incompatible avec plusieurs de ces besoins essentiels. »

 

Le Dr Maurice Berger constate "l'apparition d'une souffrance psychique parfois très importante chez les nourrissons soumis à des éloignements répétés et prolongés d'avec leur mère". Il souligne ainsi que les auteurs spécialistes des problèmes liés aux séparations précoces "indiquent que lorsqu'un enfant vit une modalité d'attachement à sa mère qui est interrompue trop longtemps ou de manière répétée, l'insécurité et les angoisses pathologiques qui en découlent, s'installent de manière durable et fixe pour le restant de l'existence et se retrouvent à l'adolescence et à l'âge adulte (...) Bref, ce que montrent les recherches, c'est que le père, même s'il peut jouer un rôle protecteur, n'est pas la mère-bis, le bébé est confronté d'emblée à une "altérité", il vit des expériences qui sont différentes et complémentaires avec son père et sa mère. »

 

Se référant également à Lamb - dont il expose l'évolution des positions - il rappelle que celui-ci  a montré que les enfants suédois élevés prioritairement par leur père, souvent du fait de la profession de la mère, manifestaient une préférence pour leur mère dans une situation "étrange", comme la présence d'un visiteur inconnu.

"On peut donc dire que si le père occupe bel et bien une position de figure d'attachement, l'enfant préfère cependant la "base de sécurité" maternelle en cas de détresse. La mère est donc "supérieure au père" dans ce registre, et répétons qu'il s'agit d'une surprise par rapport aux théories de l'attachement. (Lamb 1983)"

*

Ces études démontrent ainsi la différence et la complémentarité entre les interactions d'une mère avec son enfant, et celles du père avec lui. Comme le soulignent Miljkovitch et Pierrehumbert, il s'agit de prendre en considération à la fois la bipolarité parentale et, surtout, la bipolarité des besoins de l'enfant.

 

Si ces études ont pour caractéristique de ne pas être directement consacrées à l'homoparentalité / homofiliation - et pour avantage, donc, d'échapper à la malédiction du biais idéologique qui semble frapper un certain nombre d'entre elles - elles soulignent bien que les approches de l'homme et de la femme sont différentes. Il s'agit là de l'observation d'une réalité, pas de quelque idéologie avide de faire correspondre la société à une hypothèse préétablie, de remodeler l'homme et la femme selon quelques théories du genre et d'enjoindre aux enfants de s'en dépatouiller.

Vous pouvez regretter que le monde ne soit pas autrement, vous pouvez déplorer cette réalité, mais vous ne pouvez pas la nier. Et cette complémentarité du père et de la mère correspond aux besoins de l'enfant.

 

Une fois encore, halte aux procès d'intention (déjà entendus). Une mère célibataire, une mère veuve (et inversement pour les pères) ne sont évidemment pas de mauvaises mères. La question n'est vraiment pas là : elles peuvent même être des mères parfaites. Mais qui prétendra que l'enfant qui n'a pas connu son père ou sa mère, ou qui l'a perdu jeune, n'en a pas souffert ? Et même parmi ceux qui parviendront à s'épanouir, comment prétendre qu'avoir aussi son père, ou sa mère, aurait été indifférent pour lui, et qu'il n'en garde pas une douleur intime ?

 

Une fois encore, c'est la même histoire : il y a les aléas et il y a les décisions. Lorsque la vie vous joue un mauvais tour, vous vous efforcez de faire face, tant bien que mal. Mais qui peut prendre la décision de jouer un mauvais tour ? Alors, bien sûr, il s'en trouvera toujours pour contester cet état de fait, et ces études. Mais, dans d'autres domaines, on ne balaie pas aussi négligemment les signaux d'alerte. D'où vient qu'on se le permette pour l'enfant ?

 

Une fois encore, il ne s'agit pas de savoir si l'enfant grandira néanmoins, s'il est possible de s'épanouir malgré tout (ça l'est). Il s'agit, puisqu'on a le loisir de prendre une décision, de donner les meilleures chances à l'enfant.


08 février 2013 - Le Figaro Papier - Par Anna Záborská, députée slovaque au Parlement européen, Algirdas Petronis, vice-président des AFC Europe et Grégor Puppinck, Dir du Centre européen pour le droit et la justice.

PMA : la France a voté...mais elle ne le sait pas encore

PMA : la France a voté...mais elle ne le sait pas encore

 

 

TRIBUNE - Anna Záborská et Grégor Puppinck* expliquent pourquoi le vote du mariage pour tous en France entraînera automatiquement l’adoption de la PMA, conformément aux juridictions européennes.

  

Extrait : 

Nos responsabilités au Parlement européen ou nos relations avec l’Union européenne et le Conseil de l’Europe nous conduisent à regarder avec intérêt le débat français en cours. Et nous ne nous lassons pas de nous étonner à plusieurs titres.

Deux décideurs clés sont totalement omis du débat français :Le premier est la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH), organe du Conseil de l’Europe rassemblant 47 Etats. Elle veille au respect de la Convention européenne des droits de l’homme. La Cour a créé un droit à la non-discrimination fondée sur l’orientation sexuelle en vertu duquel il faut un motif particulièrement grave pour justifier une différence de traitement entre un couple de même sexe et un couple de sexe opposé. Sur ce point, la Cour ne laisse guère de marge d’appréciation aux Etats.Le second acteur est l’Union européenne regroupant 27 Etats. Sa Charte des droits fondamentaux a déjà renoncé à l’altérité sexuelle tant dans la définition du mariage que dans celle des droits de l’enfant qui sont rangées au chapitre "Egalité", sans mention du père ou de la mère. Le terrain est préparé de longue date. La Commission européenne, qui exerce le pouvoir exécutif, déclare vouloir faire disparaître toute discrimination à l’encontre des homosexuels, c’est-à-dire en fait, toute distinction entre les personnes et entre les couples. Elle a déjà mis en place un important arsenal d’instruments politiques et juridiques à cette fin.

Le Parlement européen qui lui, exerce le pouvoir législatif, demande régulièrement aux Etats membres de redéfinir le mariage pour l’ouvrir aux personnes de même sexe.En étudiant les enjeux portés par ces grands absents du débat en France, plusieurs points sont dignes d’intérêt.Par le vote, samedi dernier, de l’Article 1 de la Loi, la France a redéfini le mariage pour créer une nouvelle institution qui réunit dans une commune institution juridique l’union de deux personnes de sexes différents ou de deux personnes de même sexe. Un statut unique de mariage « pour tous » implique que les droits et obligations liés à ce statut sont les mêmes « pour tous ». Cela vaut aussi pour l’accès à l’adoption et à la procréation artificielle (PMA). Il n’y a plus de motif valable de discriminer entre les couples dès lors que le motif sexuel a été écarté.La procréation artificielle (PMA) est proposée à tout ménage marié afin « de remédier à une infertilité dont le caractère pathologique a été médicalement constaté » selon le Code de la santé publique français. Faire valoir que les couples de même sexe ne souffrent pas d’une infertilité pathologique est un bien faible argument face au discours de non-discrimination et à l’évolution de la médecine. Dans ce cas, la France devrait se justifier de sa décision « d’interdire » l’accès à la PMA aux couples de même sexe alors qu’elle l’autorise aux couples homme-femme.

Ce raisonnement risque fort de s’appliquer par propagation à la gestation pour un tiers (GPA ou mères porteuses) qui sera réclamée au nom du droit à l’enfant et à la non-discrimination entre couples homme-homme et couples femme-femme. Les principes juridiques sont déjà en place pour neutraliser son interdiction en droit français. En effet, la CEDH trouve de plus en plus que les « considérations morales » ne peuvent pas justifier à elles-seules la limitation de la liberté et de l’épanouissement individuels, lesquels incluent, selon la Cour, le droit d’avoir recours à la PMA. La seule question résiduelle, pratique, vise la définition des droits des mères porteuses.Il faut donc restituer la loi française dans son contexte juridique européen. Pour la CEDH, le législateur ne doit pas rester au milieu du gué. S’il choisit d’autoriser le mariage homosexuel, tout doit suivre au nom d’une exigence de cohérence interne du droit national. Ainsi, si le gouvernement n’a pas l’audace politique d’aller au bout de ses réformes de société, il peut espérer que la Cour européenne le fera pour lui. Nous comprenons maintenant l’insistance des promoteurs de cette loi pour le « mariage » et non pour une « union civile ». Le « mariage » permet automatiquement de bénéficier de l’arsenal juridique européen pour imposer « de l’extérieur » la révolution sociétale recherchée.

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08 février 2013 - Huffington Post - Par Margot James, MP for Stourbridge

Pourquoi j'ai soutenu la proposition de loi en faveur du mariage gay

Pourquoi j'ai soutenu la proposition de loi en faveur du mariage gay

 

 

ROYAUME-UNI - Le 5 février, une large majorité de la Chambre des Communes a voté en faveur du mariage gay. Je suis heureuse que plus de 130 collègues conservateurs aient voté pour cette proposition et je comprends que certains ne l'aient pas fait, considérant la franche hostilité envers cette mesure de certains groupes sociaux surreprésentés (en termes statistiques) au sein du parti conservateur.

 

Si cette proposition devient une loi, comme je m'y attends, alors le Royaume-Uni rejoindra les nombreux autres pays ayant reconnu le mariage entre personnes de même sexe. Le mariage homosexuel a d'abord été légalisé aux Pays-Bas il y a douze ans. Depuis, il est devenu légal en Espagne, au Danemark, en Argentine, à Mexico, en Nouvelle-Zélande, au Canada, en Afrique du sud, et l'an dernier, pour la première fois aux Etats-Unis, trois états ont voté par référendum pour rejoindre les six autres états et Washington DC ayant légalisé le mariage homosexuel.

Le Président Obama a déclaré son soutien et il ne fait aucun doute que les résultats du parti républicain, lors des dernières élections, ont été très influencés par son programme social franchement conservateur. La situation en France est la même qu'au Royaume-Uni, avec une proposition de loi débattue au Parlement parmi des mouvements de protestation. Malgré la barbarie qui sévit toujours dans certains endroits de l'Afrique, du Moyen Orient et de l'Asie, la tendance à attribuer aux couples homosexuels les mêmes droits maritaux qu'aux hétérosexuels s'accentue.

 

Tous les sondages d'opinion indépendants montrent une majorité du public en faveur de ce changement. Le sondage YouGov pour le Sunday Times indique que 55 % sont en faveur et 36 % contre. Un sondage ICM pour le Gardian donne lui les chiffres de 62 % pour et 31 % contre. Mais ce que ces nombres ne montrent pas est la différence de soutien selon l'âge. Les personnes âgées de plus de 65 ans y sont bien plus opposées que les jeunes. Seule une minorité des plus de 65 ans soutient ce changement. Toutes les autres catégories d'âge sont, elles, en faveur de la proposition de loi et la catégorie des plus jeunes est celle qui la soutient le plus. Les seniors sont largement majoritaires au parti conservateur, ce qui explique en partie pourquoi mes collègues doivent faire face à une opposition et à une pression locales si fortes.

 

L'autre raison pour laquelle tant de sympathisants conservateurs d'un certain âge sont contre cette proposition de loi est qu'ils pensent que le gouvernement va obliger les Eglises à célébrer les mariages homosexuels. Ils croient cela parce que c'est l'impression qu'en donnent la Coalition pour le Mariage et certaines Eglises.

 

La Coalition pour le Mariage et d'autres groupes évangéliques ont agi de manière extrême et impitoyable. Ils ont passé toute l'année dernière à promouvoir une réaction hostile à la consultation populaire sur ce sujet, et c'est parce qu'ils ont choisi délibérément de déformer les intentions du gouvernement, qu'ils ont su attirer une opposition se faisant si bien entendre. Ils ont joué l'alarmisme, en insinuant que le gouvernement allait forcer les organisations religieuses à célébrer des mariages homosexuels dans des lieux de culte. Naïvement, je m'attendais à ce que les Eglises aspirent à la vérité s'agissant de questions publiques. J'ai été profondément déçue.

 

Je suis opposée à toute idée d'obliger les organisations religieuses de marier des personnes de même sexe. Mais en utilisant ce faux argument, la Coalition pour le Mariage, l'Eglise catholique et même, je suis au regret de le dire, l'Eglise anglicane - qui aurait dû y réfléchir à deux fois - ont réussi à susciter un soutien important de la part de gens croyant très profondément que le mariage religieux devrait se limiter à celui entre un homme et une femme. Le week-end dernier, l'Eglise anglicane a finalement admis que ce n'était pas "réaliste ni probable que les Eglises soient forcées de célébrer des mariages homosexuels"; soit ce que le Garde des sceaux et ceux qui soutiennent la proposition de loi n'avaient cessé de répéter.

 

Mais les mensonges et les calomnies ont atteint leur but, et comme en témoignent les courriers reçus par mes collègues, la plupart des gens sont persuadés que c'est le mariage religieux entre personnes de même sexe qui est proposé.

 

La proposition de loi ne concerne bien sûr que le mariage civil. L'affirmation selon laquelle le mariage a été redéfini est fausse à bien des égards ; l'argument part du principe que le mariage a été lié intrinsèquement à la religion depuis ses origines, sans jamais avoir été remis en question. Mais cela est faux. Certains couples hétérosexuels ont refusé de se marier parce qu'ils considèrent le mariage comme une institution patriarcale en soi. A l'époque médiévale, le mariage était un lien économique, utilisé par les hommes pour mettre à l'abri leurs biens en s'assurant qu'ils passeraient en héritage à leur héritier mâle légitime.

 

Conor McCarthy soutient dans son étude Loi, littérature et pratique du mariage dans l'Angleterre médiévale que "le mariage selon la loi civile s'oppose par bien des aspects à la vision religieuse du mariage. Ces deux approches du mariage ont coexisté ; de manière générale, l'Eglise n'a pas interféré dans les questions civiles liées au mariage, et la juridiction civile a laissé les tribunaux ecclésiastiques gérer les affaires spirituelles. Ces deux juridictions avaient des notions très différentes du but du mariage, des notions contradictoires même, mais ces notions contradictoires ont coexisté."

 

Cette proposition de loi dont nous débattons pour réformer et étendre le mariage relève de la juridiction civile. L'église NE DOIT PAS avoir le monopole du mariage, elle ne l'a jamais eu et j'encourage mes chers amis de ne pas succomber à la pression déplacée et totalement inappropriée exercée par certaines églises puisqu'elles ont, en l'occurrence, franchi la limite de ce qui relève de l'Etat laïque.

 

Une chose qui a été négligée dans ce débat a bien sûr été le fait que les gays ont toujours eu la possibilité de se marier. C'est bien le cas, tant que l'on choisit quelqu'un du sexe opposé. A Hollywood, de tels arrangements étaient connus sous le nom de "lavender marriages" (mariage de convenance) et ont servi à s'assurer que les stars masculines se protègent de rumeurs qui auraient ruiné leur attrait au box-office et leurs gains. Bien moins glamour mais non moins significatif, ont été les mariages de politiciens, tous bords confondus, qui souhaitaient se présenter au Parlement : après un certain âge, le seul moyen de faire taire certaines rumeurs était de se marier. Parfois, bien sûr, ces mariages ont été célébrés en toute bonne foi, avec un vrai espoir que l'homosexualité inassumée de ces personnes disparaîtrait au profit d'une "vie normale".

 

Désormais, nous demandons le droit de se marier de façon ouverte, honnête et engagée. Une rupture nette avec les mensonges autrefois nécessaires pour survivre. Il y aura bien des gens pour qui le PACS a été et sera toujours la réponse. Mais il y a des couples homosexuels qui veulent se marier et je pense surtout aux plus jeunes, qui ne comprennent pas pourquoi ils n'auraient pas les mêmes opportunités de se marier que n'importe qui.

 

Il est crucial de répondre aux inquiétudes des opposants à la proposition de loi. La tolérance et le respect doivent fonctionner dans les deux sens. L'une des questions qui sortira renforcée par la discussion en comité de la proposition, concerne la protection des enseignants et des écoles. Une grande majorité d'homosexuels sont tout à fait prêts à accepter que les églises ne célèbrent pas les mariages entre personnes de même sexe, si cela va à l'encontre de leurs croyances. Un jour, j'espère que cela changera et il est encourageant d'apprendre que les Quakers, les Unitariens, et les Juifs réformés sont désireux de célébrer des mariages, comme ils le font actuellement pour les PACS. Mais le changement ne peut pas se faire d'un coup, et tout comme il revient à l'Etat de décider des affaires laïques et civiles, il est du domaine de l'église de gérer les affaires spirituelles. Cette proposition de loi protège les deux bords, et a désormais le soutien de la Chambre des Communes, un grand pas dans la bonne direction.


08 février 2013 - La Vie - Par MARIE-LUCILE KUBACKI 

Faut-il arracher les enfants au déterminisme de la religion et de la famille ?

Faut-il arracher les enfants au déterminisme de la religion et de la famille ?

 

C'est une petite phrase qui a suscité une grande inquiétude. Alors que le mariage pour tous continue de mettre l'Assemblée à feu et à sang, Christiane Taubira a lancé qu'elle voulait « arracher les enfants au déterminisme de la religion ». La saillie a suscité une certaine émotion dans les rangs catholiques qui y ont entendu une remise en question de la liberté de conscience.

 

Quelques jours plus tôt, une partie de son discours inaugural avait déjà heurté quelques sensibilités lorsqu'elle avait déclaré : « Le mariage civil a mis un terme à une double exclusion, des croyants non catholiques et certaines professions, donc toute une série de citoyens. Ce mariage qui a été une institution d’exclusion, en incluant dorénavant les couples de même sexe, va enfin devenir une institution universelle. »


Commentaire ironique du blogueur Goëland Duval : « Madame Taubira arrive même à dire (à partir de 4’20) que durant une grande partie de l’Ancien Régime, durant lequel les prêtres tenaient l’état-civil, et durant lequel il n’y avait pas de mariage civil, le mariage était un facteur d’exclusion. Elle a raison ! Imaginez un peu : seuls les catholiques avaient le droit de se marier dans les églises catholiques ! Oh les vilains discriminateurs !!! Heureusement qu’on ne lui a pas dit que cette honteuse exclusion était encore de mise aujourd’hui… »


Impression de déjà-vu ? Le malaise est d'autant plus tenace que cette sortie sur le « déterminisme » fait écho aux propos de Vincent Peillon dans une interview donnée au JDD le 1er septembre dernier : « Pour donner la liberté du choix, il faut être capable d’arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel, pour après faire un choix. »


Valérie Marty, présidente de la Fédération des Parents d’élèves de l’enseignement public avait alors fait part de son inquiétude : « Quand je lis une phrase comme celle-ci, je suis très inquiète sur ce qu’entend le ministre par l’enseignement de la morale laïque (…) En arrachant l’enfant au déterminisme familial ou ethnique, l’école déferait ce que construit la famille ? (…) La majorité des parents sont favorables à ce qu’une éducation à la citoyenneté et au vivre ensemble soit faite à l’école, mais il ne faut pas aller au-delà, sinon ce sera le conflit ouvert entre l’école et les parents d’élèves, sans compter la position inconfortable qui sera réservée aux enseignants. »


07 février 2013 - Le Monde - Par Maurice Berger, chef de service en psychiatrie de l'enfant au CHU de Saint-Etienne.

L'homoparentalité est-elle porteuse d'un risque affectif?

L'homoparentalité est-elle porteuse d'un risque affectif ?

 

 

La plupart des études affirmant que les enfants élevés par des couples homosexuel(le)s vont bien présentent des biais importants. Et une lecture approfondie et prudente de Mark Regnerus en 2012, portant sur 3 000 adultes, montre que l'absence de différence de développement entre un sujet ayant eu des parents homosexuels ou non est un dogme qui ne tient pas, les personnes allant le mieux étant celles élevées par un père et une mère.Comme dans les autres disciplines médicales, il est donc indispensable qu'une commission d'experts pédopsychiatres fasse une analyse critique de ces études avant toute prise de décision. Pour le clinicien psychiatre d'enfants (athée et favorable au pacs) que je suis, la question peut être abordée différemment.


De l'amour, un enfant peut en recevoir d'un couple homoparental qui l'élève, mais quand on l'écoute, voici les risques qui menacent son développement.


DIFFÉRENTS ET COMPLÉMENTAIRES
Tout d'abord, un enfant a besoin de pouvoir s'identifier aux composantes masculines et féminines de ses parents. De nombreux travaux montrent que père et mère offrent au bébé un style d'échanges différents et complémentaires. Schématiquement, les mères proposent un dialogue émotionnel.


Par la voix, le regard, la recherche d'une position confortable, elles font naître chez lui les sentiments originels de sécurité et régulent ses états de bien-être et de mal-être. Les pères sont dans un échange plus physique, plus stimulant (comme le fait de soulever le bébé dans les airs), demandent plus la réalisation de tâches, mettent plus au défi.


L'enfant a besoin de cette asymétrie parentale, et c'est un leurre de dire que, élevé par des adultes homosexuels, il va pouvoir s'identifier à la dimension masculine ou féminine qui lui manque à l'occasion de contacts avec des amis adultes d'un sexe différent de celui de ses parents.


Ensuite, tout enfant qui bute sur le mystère de sa conception ressent une excitation perturbante face à cette énigme. Tous ont une curiosité concernant leur origine, sous la forme de questions telles que " Où poussent les enfants : dans l'estomac ? Par où naissent-ils : par le derrière, par le nombril ? Comment les fait-on ?"


Tant que l'enfant n'a pas trouvé de réponse satisfaisante, son esprit reste agité, excité par ces questions, sa curiosité sexuelle est suractivée. Ainsi, une fillette excitée en permanence et élevée par un couple d'homosexuelles dessine en psychothérapie une reine entourée de huit enfants "qui ont été faits par la soeur de la reine, magicienne qui a concocté une potion". La reine n'a ainsi pas eu besoin d'hommes pour concevoir des enfants.


C'est une mystification d'affirmer que l'explication donnée à l'enfant sur les processus techniques à l'origine de sa conception va suffire à gommer magiquement les questions qu'il se pose sur l'impossibilité structurelle de sa conception par le couple.
Mais ce questionnement, il ne le montre qu'en psychothérapie et pas au couple homoparental, présentant ainsi un "syndrome de l'enfant parfait".


SCÈNE FONDATRICE DE SON EXISTENCE
A l'opposé, les images qu'un enfant de couple hétérosexuel a de la sexualité de ses parents sont tempérées, apaisées par le fait qu'ils sont des amoureux pas comme les autres : leur sexualité ne sert pas uniquement à leur plaisir, mais aussi à faire des enfants. C'est grâce à elle qu'il a été conçu.


Il peut penser qu'il est né d'un double désir, désir de chaque parent pour l'autre, désir commun d'avoir un enfant. Le couple parental hétérosexuel, même divorcé, est donc ce qu'on a trouvé de mieux pour que sexualité, conception et tendresse parentale soient indissociablement liées.
Et comment une fillette peut-elle comprendre que deux hommes qui ne veulent pas avoir de femme puissent avoir désiré une fille ?


Par ailleurs, tout enfant a besoin de pouvoir se représenter une origine crédible, une scène fondatrice de son existence, avoir la notion d'un désir fondateur de sa vie. Cette scène est présente même lorsqu'un enfant est issu d'une procédure de procréation médicalement assistée (PMA) dans un couple hétérosexuel, parce que c'est une stérilité d'origine médicale, et non un choix de vie sexuelle, qui empêche le projet de conception hétérosexuelle.


Enfin, on sait que la construction de la filiation par des enfants adoptés est un processus complexe qui échoue dans un nombre non négligeable de cas. On constate que, même élevés par des parents très adéquats, les enfants adoptés se questionnent souvent d'une manière interminable sur les raisons de leur abandon par leurs parents biologiques, car l'adoption a toujours été précédée d'une sorte de tragédie, selon l'expression de Caillot, qui est l'abandon.


Ils ne supportent pas l'idée d'une faille chez leurs géniteurs. Aussi se demandent-ils s'ils ont été volés sur un marché, si leurs parents étaient trop pauvres pour les nourrir, si leur mère a-t-elle été violée, raison pour laquelle elle ne voulait pas d'eux...
Rajouter à cela la difficulté de comprendre une filiation homoparentale, c'est leur rendre la tâche encore plus ardue, les condamner à une double peine.


07 février - La Vie - Débat entre deux magistrats, chacun à la tête d’un tribunal, Serge Portelli et Jean-Pierre Rosenczveig, qui confrontent leurs points de vue sur la PMA et la GPA.

La loi sur le mariage pour tous protègera-t-elle l'enfant ?

La loi sur le mariage pour tous protègera-t-elle l'enfant ?

               

La loi sur le mariage pour tous et l’adoption par les couples homosexuels devrait être votée le 12 février. En donnant une existence au « parent social », le texte vient remédier à un vide juridique vécu par au moins 20 000 enfants élevés en France dans des foyers homoparentaux. Mais à l’aube des prochains débats sur la procréation médicalement assistée (PMA), quelles questions pose-t-il sur la filiation et la protection de l’enfant ? Président du tribunal pour enfants de Bobigny, Jean-Pierre Rosenczveig s’oppose au projet de loi que Serge Portelli, vice-président du tribunal de grande instance de Paris, soutient sans hésitation.

 

« Oui »

Serge Portelli
> Vice-président du tribunal de grande instance de Paris, il est coauteur de Désirs de familles. Homosexualité et parentalité(L’Atelier). Il a été auditionné par la commission des lois sur le projet du mariage pour tous.

Que fait cette loi ? Il faut partir de l’idée qu’elle crée un nouveau type de famille. Ce qui aura nécessairement des répercussions sur la famille « ordinaire ». Le projet de loi fait entrer les familles homoparentales dans le droit. Comme ce fut le cas des enfants naturels reconnus par le code civil en 1972. Le droit est une longue construction. À chaque étape, une protection supplémentaire est apportée. Le projet de loi sur le mariage et l’adoption pour tous donne des garanties pour les membres du couple et pour les enfants.

 

J’ai rencontré de nombreux enfants vivant dans des familles homoparentales. Ils ne comprennent pas qu’il n’y ait pas de lien juridique entre eux et ces parents « sociaux » qui les élèvent depuis qu’ils sont nés. Ils savent que si leur mère biologique a un problème de santé, l’autre maman ne pourra pas forcément s’occuper d’eux. En cas de séparation, ils peuvent aussi être coupés de leur parent social qui ne bénéficie d’aucune reconnaissance. Pour faire passer une succession, c’est tout un bricolage. Je repense à cette mère sociale qui, pour faire hériter les enfants qu’elle a élevés, transmettait au fur et à mesure tous ses biens à la mère biologique... Que serait-il arrivé en cas de rupture ? Le texte en discussion apporte non seulement plus de loi en fai- sant passer ces familles d’un lien informel non protégé à une situation de droit, mais aussi la possibilité de recourir au juge, et d’encadrer les séparations, les décès, les questions d’héritage.

 

Concernant la PMA et la GPA, la loi sur le mariage pour tous est d’une hypocrisie considérable. On connaît la situation de l’adoption en France, qui ne correspond absolument pas aux demandes des familles. La loi n’a de sens, elle n’est effective que si des femmes vont se faire inséminer à l’étranger. Cette nouvelle famille que crée le projet de loi reposera donc, à terme, à la fois sur le mariage, la PMA et la GPA. Il ne peut pas y avoir l’un sans l’autre si l’on veut éviter une inégalité de plus et une loi uniquement faite pour les couples de lesbiennes. Je suis tout à fait favorable à l’ouverture de la PMA aux couples homosexuels et à la GPA. Je ne parle pas des pays où cela répond à des logiques de misère ; mais des pays où ça marche, où c’est encadré : Angleterre, Afrique du Sud, États-Unis, etc. À partir du moment où l’on crée une nouvelle famille, on l’accepte dans son entier. Ces avancées profiteront, qui plus est, à toutes les familles.

 

La question de l’accès aux origines demeure. L’enfant a le droit de savoir quelle est son histoire, qui est son géniteur... Ce problème, la PMA avec donneur la pose déjà aux familles hétéros. Je ne parle pas forcément de lever tout l’anonymat, mais au moins que l’enfant ait accès à un certain nombre de données médicales, sache ce qui s’est passé, dans quelles conditions, les caractéristiques du donneur... Il faut que la loi prenne acte de ce droit de l’enfant, qu’elle protège mieux les enfants de ce point de vue. Or il est probable que ce progrès arrive grâce aux familles homoparentales.

 

Un enfant peut parfaitement être élevé par deux mamans, avec soit un père inconnu mais dont on sait qu’il existe – aucun doute possible là-dessus – soit un donneur connu. Un tiers avec des droits ou non, en fonction du projet familial. Un enfant a les capacités d’intégrer et de comprendre ça. Le droit est là pour apporter de la sécurité à ces situations.

 

« Non »

Jean-Pierre Rosenczveig
> Président du tribunal pour enfants de Bobigny, il a créé l’Institut de l’enfance et de la famille. Il est aussi le coauteur de l’un des premiers rapports sur la procréation médicalement assistée (PMA) en 1986.

Soutenir que ce projet de loi a été pensé dans l’intérêt de l’enfant relève de l’escroquerie. Que les homosexuels aient le souci de ne pas être discriminés et celui d’avoir des enfants, d’accord. Mais la protection des enfants est un alibi.

 

Je suis opposé à la reconnaissance de deux pères ou de deux mères et à la disparition de la référence au biologique : si demain des personnes veulent élever ou concevoir un enfant à trois, comment le leur refuser ? Concrètement, il n’y a pas d’enfants à adopter en France. Et l’adoption internationale va être globalement très compliquée pour les couples homo- sexuels. La conception d’enfants, via la procréation médicalement assistée (PMA) et la gestation pour autrui (GPA), suit donc, inéluctablement. L’insémination avec donneur et la GPA posent la question de la filiation biologique. Le spermatozoïde ou l’ovule ne sont-ils que de la matière, ou un élément de vie ? En bon laïque, j’ai tendance à penser qu’ils ne sont pas n’importe quoi. Qu’advient-il de l’importance de cette vie intra-utérine dont les psys nous serinent depuis des décennies ? Une femme peut-elle se réduire à son utérus ? Sans compter que celles qui portent ces enfants sont rarement issues de grandes fortunes. Quoi qu’il en soit, en France, la matière humaine est hors contrat. Un enfant ne se commande pas pour 15 000 €. Je ne porte aucun jugement sur le mal d’enfant. Mais les situations qui s’amorcent relèvent d’égoïsmes d’adultes.

 

Le gouvernement aurait pu proposer une union civile, indépendante des questions de parentalité. Le projet de loi actuel débouche de toute façon sur une remise en cause des filiations – la filiation étant en effet plurielle. Il faut distinguer la parentalité génétique (un ovule et un spermatozoïde se rencontrent), « gestatrice » (la femme porte l’enfant et accouche), sociale (les parents sont reconnus comme tels par leur entourage), juridique (la loi les consacre comme père et mère) et affective (ils aiment l’enfant). Chacun d’entre nous est un mille-feuille. Aujourd’hui, les registres de la parentalité peuvent être dissociés. Or chacun a le droit de voir pris en compte, sans opposition, celui qui lui a donné la vie, celui qui l’a élevé, celui qui est son père légal.

 

Si l’enjeu était de simplifier la vie des couples homosexuels et de protéger les enfants, cela aurait pu passer par une loi sur le statut du tiers. En France, 1 à 1,5 million d’enfants sont élevés par un parent qui n’est pas leur parent biologique. Qu’importe du coup leur sexualité. La loi aurait pu établir la délégation d’autorité parentale, que tout adulte qui vit avec un enfant puisse exercer les actes usuels (le faire hospitaliser au besoin, voyager seul avec lui...). Une telle loi aurait donné une base de reconnaissance juridique aux couples homosexuels. Et aurait profité à tous les enfants, ceux qui vivent en familles recomposées compris.

 

Les enfants ont, d’une part, le droit à l’autorité parentale. D’autre part, ils sont propriétaires de leur filiation autant que les parents. C’est aussi pour cela que je milite pour la levée de l’anonymat du don de gamètes. Les questions liées aux don- neurs ne sont pas le fait des homosexuels : les hétéros, qui ont fait pire avant, les ont occultées et voilà que le débat actuel les fait ressurgir. Mieux vaut avoir à gérer les difficultés qui résultent de la vérité que du mensonge. Que dira-t-on aux enfants nés de la PMA ? L’enfant doit pouvoir savoir d’où il vient. Il faut en finir avec notre conception « adulto-centrée » de la société.


07 février 2013 - Le Monde Idées - Par Yves Charles Zarka, philosophe, professeur à la Sorbonne, Université Paris Descartes. Il est directeur de la revue "Cités" (PUF). Ces derniers mois, il a publié "Démocratie, état critique" (Armand Colin), "Refaire l'Europe" (PUF), "Liberté et nécessité chez Hobbes et ses contemporains" (Vrin).

"Mariage pour tous" ou fin du mariage ?

"Mariage pour tous" ou fin du mariage ?

 

 

La gauche a au moins un point commun avec la droite : son incapacité à résoudre les problèmes économiques, sociaux et politiques qui minent la société française, qu'il s'agissent de l'accroissement dramatique du chômage, de la désindustrialisation du pays, de la désespérance de la jeunesse ou du délitement de la démocratie.

 

Cette incapacité partagée par les deux camps, qui atteste l'impuissance des politiques, est compensée par la surexploitation et la surexposition des questions sociétales. L'identification de la gauche et de la droite se fait à travers un déplacement du social au sociétal.

 

 Comment expliquer autrement l'étrange actualité du débat sur "le mariage pour tous" ? L'urgence de traiter de cette question est en effet une urgence de substitution : montrer que la différence entre la gauche et la droite existe bien toujours.

 

Le débat sociétal a pour fonction de permettre aux deux camps de s'identifier en marquant leur opposition. Voilà une ligne de partage traditionnelle qui conforte les uns et les autres dans la représentation politique qu'ils entendent maintenir d'eux-mêmes. Ce qui veut dire que les questions sociétales, loin de faire bouger les lignes politiques, les maintiennent et les renforcent.

 

Entendons-nous bien, je ne veux pas dire que la question du mariage et de l'adoption par des homosexuels soit secondaire. Au contraire, c'est une question importante parce qu'elle engage l'avenir de la société dans ses structures les plus profondes.

 

INSTRUMENTALISATION POLITICIENNE

Mais, elle n'est pas d'une urgence immédiate, comme celles que je mentionnais ci-dessus. C'est son instrumentalisation politicienne qui lui donne une urgence de substitution qui, précisément, en masque l'importance.

 

Que nous dit-on en effet du côté du gouvernement : que la légalisation du mariage et de l'adoption par les homosexuels n'a aucun caractère de gravité, que c'est la simple prise en considération d'une situation de fait, qu'il s'agit en vertu du principe d'égalité d'étendre un droit qui appartient aux seuls couples hétérosexuels, au couples homosexuels.

 

Autrement dit, ne vous affolez pas, il n'y a rien à craindre. Demain sera comme aujourd'hui.

 

Contrairement à cette banalisation des enjeux du débat, il convient d'élucider la raison pour laquelle la modification du code du mariage et de l'adoption, qui sera suivie, n'en doutons pas une seconde, par la légalisation de la procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples de femmes, et par la gestation pour autrui (GPA) pour les couples d'hommes, engage l'avenir de notre société, et plus généralement celui des sociétés démocratiques.

 

C'est que celles-ci ne sont plus des sociétés d'individus qui ont des liens objectifs (naturels ou culturels selon les cas, en tout cas qui s'imposent aux individus), mais des sociétés d'individus repliés sur eux-mêmes, qui se définissent uniquement par leurs désirs individuels divers, mobiles et inconstants, et qui vivent ce qui résiste à leurs désirs comme des contraintes extérieures insupportables.

 

LE DÉBUT DE LA FIN DU MARIAGE

Il peut sembler paradoxal de parler ainsi d'individus repliés sur eux-mêmes alors que certains d'entre eux revendiquent le mariage, c'est-à-dire la reconnaissance publique du couple qu'il forment ou peuvent former, auquel il n'ont pas accès parce qu'ils sont homosexuels.

C'est pourtant bien de cela qu'il s'agit. A travers le "mariage pour tous", dont on a montré à plusieurs reprises, et à juste titre, le caractère de slogan, ce qui est en jeu c'est, derrière le principe d'une extension d'un droit, une déréalisation complète du mariage.

 

Pour l'attester, il suffit de revenir à l'argument qui est le plus souvent utilisé pourjustifier le mariage homosexuel : l'amour.

 

Certes, l'amour est une chose importante, certes le mariage d'amour s'est substitué au mariage de raison. Mais l'amour ne concentre pas à lui seul toute la raison du mariage. Si c'était le cas, on ne verrait pas pourquoi le mariage n'irait pas si loin que l'amour, pourquoi on ne légaliserait pas la polygamie, la polyandrie, et d'autres relations qui relèvent de l'amour.

Ce qu'il faut cependant bien noter, c'est que ramener le mariage uniquement à l'amour, c'est ne retenir de lui qu'une dimension subjective, le soumettreentièrement aux désirs mobiles et changeants d'individus, c'est-à-dire le déréaliser.

 

Pour le dire autrement "le mariage pour tous" c'est le début de la fin du mariage. On peut même se demander si ce n'est pas cela qui est recherché, étant donné le nombre très réduit d'homosexuels qui entendent se marier.

 

C'est exactement dans le même sens que vont l'adoption par les couples homosexuels, la PMA pour les couples de femmes et la GPA pour les couples d'hommes. On ne voit pas en effet pourquoi on refuserait à des couples d'hommes d'avoir des enfants par GPA, si l'on admet que les couples de femmes peuvent en avoir par PMA.

 

A cet égard, le refus affiché par Christiane Taubira, actuelle ministre de la justice, et de l'ensemble du gouvernent à la suite du président Hollande, relève de la pure duplicité. C'est ici le thème du "droit à l'enfant", substitué au droit de l'enfant, ou le thème de la famille comme reposant uniquement sur "le désir et le projet" qui entre en scène.

Or, ces thèmes expriment très exactement la dissolution de toute relation objective biologique, sociale, culturelle pour n'admettre comme loi que les désirs présents et changeants, des individus présents.

 

LA PLUS DÉSASTREUSE DES ILLUSIONS

Ce que la subjectivité impériale des individus repliés sur eux-mêmes exige aujourd'hui ne fait que tracer la voie à d'autres revendications, au-delà de la PMA et de la GPA, qui deviendront tout aussi puissantes, voire irrésistibles.

 

Cette voie est celle par laquelle les humains croient qu'ils peuvent s'affranchir de toute loi objective, qu'elle soit biologique, sociale ou culturelle, pour y substituerleur désir du moment.

 

Cette croyance d'une pleine maîtrise humaine, aidée par les biotechnologies, de l'ensemble des dimensions de l'existence, risque bien d'être la plus grande et la plus désastreuse des illusions. Le réel finit toujours par revenir sous la forme la plus rude, pour se rappeler au bon souvenir de ceux qui voulaient le nier.


07  février 2013 - Boulevard Voltaire - Par Fabrice Le Quintrec
Journaliste à Radio France, spécialiste en revue de presse, ancien attaché culturel au Japon

Allemagne : les zoophiles réclament leurs droits !

Allemagne : les zoophiles réclament leurs droits !

 

 

Il est toujours intéressant de prêter attention aux faits, gestes et dires des vieux soixante-huitards, même, et peut-être surtout, de ceux qui débloquent le plus. Dans leurs délires, ils nous en disent long sur l’air du temps, sur une époque permissive qui encourage la libre expression des désirs et la satisfaction des pulsions.

 

Michael Kiok aime les bêtes. Il le dit haut et fort, et d’ailleurs, il ne se contente pas de le proclamer, il passe à la pratique et s’engage sur le terrain politique. Michael est à la tête du ZETA (Zoophiles Engagement für Toleranz und Aufklärung), le lobby qui, en Allemagne, regroupe les adeptes des relations sexuelles avec les animaux. L’élue de son cœur s’appelle Cessy. C’est une ravissante chienne. Elle appartient à la race (je crois qu’on peut le dire s’agissant des animaux) des bergers allemands.

 

À Berlin, le parlement vient d’adopter une loi littéralement réactionnaire. Ce texte revient sur un « acquis » social, ou sociétal, vieux de 44 ans. En 1969, alors que le vent bienfaisant de la libération des mœurs soufflait sur le pays, la zoophilie fut dépénalisée. Sans doute parla-t-on, à l’époque, d’une « avancée ». Le texte actuel, liberticide, prévoit une amende pouvant aller jusqu’à 25 000 euros pour les contrevenants. La Cour Suprême de Karlsruhe va sans doute devoir se pencher sur la question ; Michael Kiok accorde de très nombreuses interviews, en Allemagne et hors d’Allemagne, pour promouvoir sa cause et dire sa souffrance d’être incompris ou mal compris. Relisons certaines de ses déclarations récentes car il y a quelque logique dans ses raisonnements même si les prémisses sont discutables : « Les actions intentées par la société contre nous sont à peu près les mêmes que celles qui visaient les homosexuels il y a une trentaine d’années. Nous considérons les animaux comme des partenaires. On n’exerce sur eux aucune contrainte. Derrière le prétexte invoqué, à savoir la défense des animaux, se cache en fait un retour à l’ordre moral. On prétend interdire le plaisir sexuel entre hommes et animaux, mais on autorise les abus sexuels dans l’industrie agro-alimentaire, par exemple la castration des porcins. » Michael Kiok affirme aussi qu’ « un animal sait très bien montrer ce qu’il veut et ce qu’il ne veut pas », précisant avec délicatesse que « les animaux sont parfois plus faciles à comprendre que les femmes ».

 

Si on l’en croit, Michael Kiok se bat pour le droit à la différence et au bonheur, pour la liberté et pour l’égalité entre tous les citoyens quelles que soient leurs préférences sexuelles. C’est beau comme un discours de Christiane Taubira. Simple habillage tactique ? On le sait, les mots, ça compte énormément ; ça trompe énormément, aussi…

 

Ajoutons un argument que n’a pas encore, à ma connaissance, utilisé Michael Kiok : avec les progrès de la science, on peut espérer qu’une progéniture naîtra de ces unions. L’Allemagne souffre d’un déficit démographique très préoccupant et puisqu’on évalue à au moins 100 000 le nombre des zoophiles dans ce pays, il y a fort à parier qu’une bonne petite PMA contribuerait à redresser la situation.