Décembre 2012 (1/2)

19 décembre 2012 - Le Monde

Une quarantaine de députés socialistes s'opposent à l'amendement sur la PMA

Une quarantaine de députés socialistes s'opposent à l'amendement sur la PMA

 

Si les députés socialistes apparaissent unis sur le mariage et l'adoption par les couples homosexuels, la question de la procréation médicalement assistée (PMA) pour ces mêmes couples, elle, divise dans les rangs du PS. Dans un courrier commun que Le Monde s'est procuré, des députés socialistes affirment leur opposition à la PMA, qui "ne figure pas dans l'engagement 31 de François Hollande". Ils demandent par conséquent à Bruno Le Roux, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, de ne pas les "inscrire comme signataires de l'amendement sur ce sujet dans le cadre du projet de loi [sur le]mariage pour tous". En début d'après midi, jeudi, la pétition comptait une quarantaine de signataires selon l'un d'entre eux.


 Les élus socialistes reprochent également à leur chef de file dans l'hémicycle de les avoir "privé de parole et de débat" lors de la réunion du groupe mercredi matin. Contrairement à celle de la veille en présence des ministres – avec des discussions souvent plus policées qu'en leur absence –, la réunion de mercredi n'a été consacrée qu'au vote sur la position qu'aura le groupe socialiste lors des discussions dans l'hémicycle. "Nous sommes 296 membres du groupe et certains, retenus en commission, n'ont pas pu s'exprimer", reprochent les députés signataires du courrier.

A la sortie de la réunion, Bruno Le Roux avait lui affirmé n'avoir "jamais vu autant de monde à la réunion de groupe du mercredi matin". Tandis que, dans son entourage, on précisait que "la réunion était prévue de longue date et que chacun pouvait donc s'organiser".

Voici le courrier adressé à Bruno Le Roux, président du groupe PS à l'Assemblée :

"Cher Président,

Nous tenons tout d'abord à te dire que nous n'avons pas du tout apprécié la manière directive qui nous a privé de parole et de débat sur un sujet aussi sensible que la PMA.

- Nous te rappelons que cela ne figure pas dans l'engagement 31 de François HOLLANDE.

- Le Président de la République a lui-même déclaré récemment et publiquement sur les antennes que s'il avait voulu la PMA il l'aurait faite inscrire dans le projet de loi. Il ne pouvait pas être plus explicite.

- Nous sommes 296 membres du groupe et certains retenus en Commission n'ont pas pu s'exprimer.

Nous te demandons ne pas nous inscrire comme signataire de l'amendement sur ce sujet dans le cadre du projet de loi mariage pour tous.

Merci de respecter notre liberté de conscience.

Bien cordialement,

Liste alphabétique des premiers signataires :

BACQUET Jean-Paul, BAPT Gérard, BARBIER Frédéric, BOISTARD Pascale, DA SILVA Carlos, DESSUS Sophie, DUMAS Françoise, DUMAS William, FAURE Martine, FOURAGE Hugues, GAGNAIRE Jean-Louis, GOUA Marc, GOUGET Jean-Claude, HABIB David, IBORRA Monique, IMBERT Françoise, JUNG Armand, LACUEY Conchita, LE BRIS Gilbert, LEMASLE Patrick, MALLE Jean-Philippe, MESQUIDA Kléber, PEREZ Jean-Claude, POTIER Dominique, ROIG Frédéric, SAUGUES Odile, SAVARY Gilles."


19 décembre 2012 - Le Monde - Par Elisabeth Badinter, philosophe Irène Théry, sociologue, EHESS

Mariage pour tous : la Gestation pour autrui ne doit pas être le bouc émissaire

Mariage pour tous : la Gestation pour autrui ne doit pas être le bouc émissaire

 

Dans une tribune (Le Monde du 12 décembre), un groupe de personnes se réclamant du féminisme a pris le parti de diviser les couples homosexuels et de désigner des boucs émissaires en opposant gestation pour autrui (GPA) et procréation médicalement assistée (PMA). Selon elles, la GPA n'aurait rien à voir avec l'infertilité et serait au centre de la domination des hommes sur les femmes, des riches sur les pauvres, et son évocation serait responsable de la frilosité supposée du gouvernement à légaliser l'accès des couples de femmes à la PMA.

 

Pourquoi tant d'amalgames alors que nul ne demande que la légalisation de la GPA en France soit inscrite dans le projet de loi ? La GPA est une pratique reconnue comme partie intégrante de la PMA par l'Organisation mondiale de la santé. Elle mérite à l'avenir un débat informé et serein. Ce débat devra dénoncer avec force tous les cas où des femmes sans droits, poussées par le besoin dans les griffes d'intermédiaires sans scrupules, sont privées de leur pouvoir de décision et interdites de toute relation avec les couples pour lesquels elles portent un enfant.

 

Mais ce débat devra aussi permettre une analyse approfondie des pratiques dans les pays où le cadre légal de la GPA repose sur le respect des valeurs et des droits fondamentaux. Il devra faire connaître à nos concitoyens la réalité de ces GPA éthiques qui sont aussi contraires à la marchandisation des femmes que l'adoption est contraire aux enlèvements d'enfants, et le don d'organes au trafic d'organes.

Ce débat fera découvrir à ceux qui les ignorent tous ces cas où les gestatrices, leur mari et leurs enfants partagent avec le couple des futurs parents une aventure humaine non seulement respectueuse des droits, mais créatrice de relations intenses. Il fera comprendre pourquoi l'une de ces gestatrices, interrogée récemment à Paris, a pu dire : "A part ma propre famille, rien ne m'a autant valorisée dans ma vie."


Petits fantômes

Mais la question pour laquelle nous nous mobilisons, c'est l'ouverture du mariage et de l'adoption aux couples de même sexe et celle de la PMA aux couples de femmes. Cette avancée législative devrait permettre à toutes les unions et familles d'accéder à une reconnaissance et à une sécurisation que les institutions refusent aux couples de même sexe. Dans ce cadre, les enfants pourront avoir leur second parent enfin légalement reconnu.

 

Là aussi, nous n'accepterons pas que la GPA soit le bouc émissaire pour continuer à discriminer des enfants. C'est pourquoi nous demandons que la filiation des enfants nés par GPA à l'étranger soit légalement reconnue. Aujourd'hui, ces enfants sont les petits fantômes de notre République alors que leurs parents sont français. Combien de temps va-t-on continuer à refuser l'état civil à certains enfants à cause de leur origine procréative ? La France ne saurait accorder plus ou moins de droits à un enfant en fonction de son mode de conception.

 

Autres signataires : Geneviève Delaisi de Parseval, psychanalyste ; Maurice Godelier, anthropologue, médaille d'or du CNRS ; Martine Gross, sociologue, CNRS ; Sylvie et Dominique Mennesson, coprésidents de l'association Clara (Comité de soutien pour la légalisation de la GPA et l'Aide à la reproduction assistée) ; Israël Nisand, gynécologue obstétricien, professeur des universités ;Serge Portelli, magistrat, vice-président du Tribunal de Paris ; Hervé Lancelin et Alexandre Urwicz, coprésidents de l'ADFH (Association des familles homoparentales)


19 décembre 2012 - Libération - Par Charlotte Rotman envoyée spéciale à Bruxelles

Enfants pour tous, l’échappée belge

Enfants pour tous, l’échappée belge

 

Lundi, une dizaine des parlementaires français ont fait une tournée express en Belgique, où les homosexuels ont droit au mariage, à l’adoption et à l’AMP. Et où l’on comprend mal les atermoiements de la France.

 

Extrait :

Lundi, de preux parlementaires français s’en sont allés passer toute la journée chez un voisin qui autorise le mariage, l’adoption et l’accès à l’assistance médicale à la procréation (AMP) aux couples homosexuels, à savoir la Belgique. «On nous parle de "bébé Thalys" [ces bébés français conçus par insémination artificielle, ndlr], prenons donc le train et allons voir», dit l’un d’eux, en arrivant à la gare.

 

Ce sera bientôt leur tour de légiférer sur le mariage pour tous. Aujourd’hui déjà, le groupe socialiste à l’Assemblée nationale doit décider s’il propose un amendement en faveur de l’ouverture de l’AMP aux couples de lesbiennes. Fin janvier, le texte, promesse de campagne de François Hollande, atterrira en séance.

 

De l’autre côté de la frontière, la dizaine de députés français en mission (majoritairement PS, plus un écolo et un UMP) ont été accueillis avec beaucoup de curiosité. Eux ont pris des notes, posé des questions éthiques ou techniques, ramené dans leurs bagages des arguments en béton, et une certitude : ce qui met la France en boule et lance les manifestants (anti et pro) dans la rue est vite devenu banal en Belgique.«C’est intéressant de voir comme ici, tout est devenu fluide, facile», remarque une socialiste, membre de la délégation.

[...]


17 décembre 2012 - Le Point

PMA : pour Pierre Bergé, payer un ouvrier ou une mère porteuse, c'est la même chose

PMA : pour Pierre Bergé, payer un ouvrier ou une mère porteuse, c'est la même chose

 

L'argument du président du Sidaction en faveur du droit des homosexuels à la procréation médicalement assistée a choqué. Polémique.

Les Français sont majoritairement favorables à l'instauration du mariage homosexuel, mais plus partagés sur l'adoption et la procréation médicalement assistée (PMA) par les couples de même sexe. Des doutes que Pierre Bergé ne partage pas. Le fondateur du journal Têtu, et actionnaire du Monde, qui figurait en bonne place dans la manifestation de dimanche, a trouvé un argument qu'il estime imparable pour emporter lesconsciences : "Nous ne pouvons pas faire de distinction dans les droits, que ce soit la PMA, la GPA (gestation pour autrui, NDLR) ou l'adoption. Moi, je suis pour toutes les libertés. Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l'usine, quelle différence ? C'est faire un distinguo qui est choquant." Sauf que s'il souhaitait rallier des esprits à sa cause, le milliardaire a manqué son coup.

 

Ses propos, tenus dans Le Figaro, font vivement réagir. Notamment sur Twitter qui apprécie moyennement l'analogie entre le ventre des femmes et les bras des prolétaires. 


14 décembre 2012 - Rue89 - Par Blandine Grosjean

Guerre de religion au PS autour des mères porteuse

Guerre de religion au PS autour des mères porteuses

 

Badinter mène les « pro », Agacinski les « anti ». Les deux philosophes sont à la manœuvre dans le débat qui enflamme le PS.

 

Les mères porteuses sont au menu du bureau national du PS ce mardi soir. Et ça risque de voler haut et de s’engueuler fort.

Les « pro », emmenés par Elisabeth Badinter, vont affronter les « anti », regroupés autour de Sylviane Agacinski, femme de Lionel Jospin. Derrière ce combat de philosophes et femmes de leaders socialistes, il y a, à gauche, deux conceptions irréconciliables du féminisme, de la maternité et des tabous de la procréation.

 

Le Parti socialiste ne sera donc pas en ordre de bataille pour la révision des lois de bioéthique, le 8 février.

 

Les rationalistes versus les différentialistes

Pour résumer en caricaturant, deux camps s’affrontent dans le débat sur la gestation pour autrui (GPA) :

  • il y a d’un côté les féministes d’obédience rationaliste (Badinter), qui pensent qu’une femme ressemble à un homme, et qui militent pour la désacralisation du ventre, de la maternité, de la procréation ;
  • l’autre bord est « différentialiste » (Agacinski), à l’instar de la psychanalyste Caroline Eliacheff, qui pense que « le lien fœto-maternel n’est pas négociable ».

 

Dans les faits, c’est plus compliqué car les féministes qui défendent les droits des homosexuels peuvent déserter le camp différentialiste sur cette question, car la GPA permet aux couples gays de fonder une famille. Et des différentialistes peuvent passer à l’ennemi pour des raisons intimes, une sensibilité particulière à la stérilité par exemple.

 

Tribune du XXIe siècle

Pour préparer ce bureau national, 58 personnalités du PS ou proches du parti viennent de demander la « légalisation encadrée de la gestation pour autrui » dans une tribune sur LeMonde.fr. Ils répondent point par point aux attaques dont la GPA fait l’objet par le camp adverse. Extraits :

« Il y a un demi-siècle, on imposait aux futurs parents la naissance d’enfants non désirés. Aujourd’hui, à travers les interdictions inscrites dans la loi de bioéthique, on interdit à des parents la naissance d’enfants désirés. La distance qui sépare notre droit ancestral des réalités de nos familles n’a cessé de s’étendre. [...]

Au XXIe siècle, la fondation d’une famille est l’expression d’une volonté, c’est à dire de la conjonction d’une liberté individuelle et d’un projet partagé. La venue au monde d’un enfant résulte de cette liberté et de ce projet. [...]

Encadrer la gestation pour autrui, c’est reconnaître que cette liberté et ce projet ne s’arrêtent pas aux frontières biologiques. »

 

Voici les principaux signataires :

  • les philosophes Elisabeth Badinter (principale inspiratrice) et Geneviève Fraisse
  • la féministe Antoinette Fouque
  • les psychanalytes Serge Hefez et Elisabeth Roudinesco
  • les anthropologues Anne Cadoret et Maurice Godelier
  • la sociologue Irène Théry
  • plusieurs responsables du PS (Bruno Julliard, secrétaire national à l’Education, Patrick BlocheAurélie Filippetti...)

 

Avantage au camp Badinter ?

Ceux qui comptent les coups donnent donc l’avantage au camp des Badinter contre celui des Agacinski-Jospin. Les deux époux militent en effet activement pour les causes de leur femme.

 

Tout le monde sait que la bataille ne se joue pas au sein du PS. Les candidats aux primaires ont d’autres sujets de préoccupations et ne veulent pas se mouiller dans cette guerre religieuse. C’est aux abords de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) et de l’hôpital Antoine-Béclère du professeur Frydman que les choses sérieuses se règlent. Et plus précisemment au sein de la fondation progressiste Terra Nova.

 

Le 2 mars 2009, à la demande d’Olivier Ferrand, fondateur et président de Terra Nova (proche de DSK), la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval rend une note favorable à la gestation pour autrui, y compris pour les homosexuels.

 

Quand Sylviane Agacinski, épouse de Lionel Jospin, découvre le texte, elle « grimpe aux rideaux », selon un membre du comité scientifique de Terra Nova, et obtient que la fondation donne la parole aux « anti ».

« Inexact », corrige Olivier Ferrand :

« Disons qu’une polémique très vive a eu lieu au sein du comité scientifique. Et comme chaque fois que les désaccords sont, disons, si forts, nous ouvrons le débat. Les deux précédents étaient l’Iran et l’Hadopi. »

 

Le camp Agacinski porte un coup que l’on croit fatal

A l’automne, Terra Nova publie une réponse d’une rare virulence : « Mères porteuses, extension du domaine de l’aliénation ». Le camp Agacinski-Jospin porte, croit-on alors, un coup fatal à la légalisation de la GPA. Ses soutiens sont de poids. Entre autres :

  • Laure Adler
  • Sylviane Agacinski
  • Caroline Eliacheff
  • Elisabeth Guigou
  • Gisèle Halimi
  • Benoît Hamon
  • Lionel Jospin
  • Michel Rocard
  • Catherine Tasca

Le texte est rédigé par le professeur René Frydman, qui explique en privé :

« Moi, mon métier, c’est de sortir un bébé du ventre de la mère pour lui poser sur son ventre. »

 

Pour ces derniers, la GPA « est absolument contraire à tout engagement de nature progressiste », elle entraîne « une marchandisation du corps féminin » et « une exploitation, radicale, des femmes pauvres ».

 

Une question de valeurs et de générations

La semaine dernière, les « pro » et « anti » du PS se sont réunis à l’Assemblée nationale pour confronter leur points de vue.

« Le débat fut de haute tenue, applaudi par toute l’assistance, dont une trentaine de députés », raconte Olivier Ferrand. Il décrypte les forces en présence :

« La fracture est importante entre les deux camps car le sujet est extrêmement passionnel. Les conflits portent sur les valeurs, mais il y a clairement un fossé entre les générations -les jeunes sont plus favorables- et le positionnement plus ou moins libéral, plus ou moins mondialiste. »

 

Des milliers de parents hors-la-loi

Les associations estiment qu’un millier de parents ont eu recours à des mères porteuses à l’étranger. Beaucoup de ceux-là évitent désormais de demander une transcription à l’état civil français par peur des poursuites pénales.

 

Une femme acceptant de porter un enfant pour le compte d’une autre risque deux ans de prison et 30 000 euros d’amende. Selon la juriste Laurence Brunet, les couples qui bravent la loi sur le sol français sont plus nombreux qu’on ne le croit, « et parfois, les hôpitaux sont complices ».

« Si la loi française n’évolue pas, les pratiques illégales vont se multiplier », conclut la sociologue Dominique Mehl.


14 décembre 2012 - Liberté Politique - Par Thibaud Collin, philosophe. Dernier ouvrage paru : Les Lendemains du mariage gay

Mariage : un projet de loi incohérent et injuste

Mariage : un projet de loi incohérent et injuste

 

 

Texte de l'audition du philosophe Thibaud Collin par la Commission des lois sur le projet de loi ouvrant le mariage civil aux couples de personnes de même sexe, Assemblée nationale, 13 décembre 2012. 

 

M. le rapporteur,
Mmes et MM. les députés,

 

Mme Christiane Taubira a elle-même utilisé l’expression de « réforme de civilisation » pour désigner le projet de loi ouvrant le mariage et la filiation aux couples de personnes de même sexe. Sans vouloir trop solliciter cette expression, elle permet de mesurer la gravité du sujet qui nous réunit cet après-midi. En effet, la civilisation concerne notamment les liens que les humains tissent entre eux et la manière dont ils les pensent et les organisent. La responsabilité du législateur est de veiller à ce que ces liens soient justes. 

 

Dans les quelques minutes qui me sont imparties, je voudrais exposer les raisons pour lesquelles je pense que ce projet de loi est incohérent et injuste.

 

1/ Ce projet de loi est incohérent

Notons qu’aujourd’hui, le mariage est l’objet d’un droit pour tous les individus majeurs (et non pour les couples), y compris pour les personnes ayant une orientation homosexuelle (Oscar Wilde ou André Gide ont été mariés) puisque l’orientation sexuelle ne fait pas partie des règles constitutives du mariage. Celles-ci, outre l’âge et le consentement, sont la différence des sexes des partenaires, la monogamie et l’absence de certains liens de parenté.

 

Le présupposé commun à ces trois clauses est que l’articulation entre conjugalité et filiation est pensée en référence à la procréation naturelle. Des exigences propres à la transmission de la vie humaine sont déduites les conditions nécessaires au mariage.

 

Le projet de loi consiste à supprimer une de ces conditions, au titre que le mariage serait devenu pour notre société la reconnaissance sociale et juridique d’un lien amoureux. La neutralisation de la différence des sexes dans le mariage entraine ipso facto sa neutralisation dans la filiation. Jusqu’à aujourd’hui, la représentation de la filiation avait pour ancrage l’union féconde de l’homme et de la femme dont est issu l’enfant.

 

Soulignons que cette référence demeure opératoire pour organiser l’adoption et la procréation médicalement assistée.

L’ouverture du mariage aux couples de personnes de même sexe ne permet plus de penser la filiation selon un tel ancrage. Que va-t-on dès lors lui substituer ?

La volonté humaine. En effet, la volonté explicitement déclarée d’établir un lien de filiation avec un enfant suffira et ce même en l’absence de toute analogie avec la procréation naturelle.

 

Mais alors pourquoi maintenir les autres clauses qui manifestent que le projet de loi reste enfermé dans un mimétisme avec le système antérieur, celui du couple homme/femme qui procrée par l’union sexuelle ? Comme le dit Sylviane Agacinski,  « si l’on rompt avec le modèle naturel de la procréation, c’est-à-dire celui qui engage deux personnes sexuellement différentes, il n’y a en effet aucune raison de s’arrêter à deux parents. Si, par hypothèse, les parents peuvent avoir le même sexe, la structure du couple n’a plus de nécessité. Si ces hypothèses défient le bon sens, c’est qu’il est difficile de ne pas supposer un étayage de l’institution sur la nature. La famille a toujours privilégié le couple parental mixte, parce qu’elle s’est inspirée du couple parental naturel » (La Politique des sexes, Seuil, 1998, p. 152).

 

Dès lors que la volonté humaine devient la référence ultime d’une décision, on se situe dans un système autoréférentiel : le critère d’évaluation de la volonté est la volonté elle-même !

Au regard de la logique du seul consentement, au nom de quoi l’État peut-il interdire que trois ou quatre adultes s’unissent pour la vie s’ils le veulent et élaborent ensemble un projet parental ?

 

Au nom même du principe qu’il valide, on peut donc affirmer que ce projet de loi est « polyphobe » ; embarqué dans une logique, il pose une limite qui ne peut apparaître qu’arbitraire. Marcela Iacub et Jacques Derrida ne sont-ils pas plus conséquents en réclamant l’abolition du mariage civil et son remplacement par un contrat de vie commune à n partenaires ?

 

2/ Ce projet de loi est injuste

À moins qu’une telle résistance au déploiement logique des conséquences d’un tel principe ne manifeste une sourde inquiétude, malgré tout : celle que le droit de la famille, sous l’empire de la volonté, déstabilise les liens humains et ne suscite toujours plus de souffrance et d’injustice

 

En effet, plus on fonde les liens sur la seule volonté, plus on crée des occasions de conflits irréductibles, car manquant de critère autre que la volonté.

 

Pourquoi refuser ce que l’on peut nommer une dérégulation du mariage si ce n’est au nom du droit des enfants susceptibles de naître dans un tel cadre juridique ?

 

Faisons mémoire de l’intention du législateur, les révolutionnaires de 1792, illuminés par la déclaration des droits de l’homme reconnaissant des droits inhérents à la nature même de l’homme (d’où le fameux « tous les hommes naissent libres et égaux en droits… ») : œuvre de la raison qui cherche à discerner le juste et non simplement d’une  volonté qui s’impose.

 

Or quel est le bien fondamental dû à l’enfant que notre société se doit de respecter ? Vivre dans la continuité de la double origine dont il est issu. La sexuation concerne toute la personne, masculine ou féminine, père ou mère ; elle n’est pas une propriété du seul corps réduit à un simple substrat biologique, comme certaines formules condescendantes veulent le faire croire (Irène Théry parlant  de « conception bouchère de la filiation »).

 

Au nom de quoi peut-on justifier que certains enfants soient a priori privés soit de leur père soit de leur mère ? Tout cela n’a rien à voir avec les situations de fait actuelles, résultats d’itinéraires de vie parfois douloureux ou de détournements des procédures existantes (adoption d’un célibataire ou PMA).

 

Le rôle du législateur est d’être le garant des droits des plus vulnérables, de ceux auxquels on ne demande pas leur consentement. Veillons que par hantise d’un paternalisme d’État, sa soi-disant neutralité éthique ne débouche sur un mensonge d’État et une dérégulation engendrant toujours plus de précarité sociale

 

L’État a-t-il à se mettre au service de ce que Marcel Gauchet nomme « l’individu total » (La Condition historique, Stock, 2003, p.314) ? Ou bien a-t-il à assumer son rôle de tiers ? Pour ce faire, il est illusoire de penser que l’État peut être par la seule efficience de sa volonté la source des institutions réglant les liens humains.

 

La grandeur d’un État de droit digne de ce nom est de s’adosser aux droits naturels de la personne.

 

Nous venons de voir que ce texte incohérent est animé par une logique de contractualisation et de dérégulation de la vie familiale. Ainsi une telle loi va accentuer « la société liquide », expression créée par le sociologue britannique Zygmunt Bauman pour désigner une société dans laquelle les liens humains étant de plus en plus soumis à la seule volonté velléitaire, les personnes éprouvent toujours plus leur fragilité et leur précarité.  


13 décembre 2012 - La Vie - Jean Mercier

Des avantages du mariage gay

Des avantages du mariage gay

 

 

L'effervescence actuelle sur le mariage gay a provoqué les catholiques, de la base au sommet, à un positionnement clair contre l'homophobie. Et stimulé l'ouverture du coeur et de l'intelligence face à ce qui a été longtemps un tabou.

 

En dépit de ce titre, ce blog n’est pas un plaidoyer en faveur projet de loi du mariage “pour tous”. Je serai le premier à regretter qu’il soit un jour voté. Mais comment ne pas constater que le débat qui agite les médias, les blogueurs, Twitter et Facebook, et qui a mis feu à certaines tables familiales et provoqué maintes engueulades entre amis, marque tout de même un tournant dans l’histoire du catholicisme en France.

Suite...

 


13 décembre 2012 - Huffington Post

Mariage gay : le Défenseur des droits, Dominique Baudis, s'inquiète pour les enfants

Mariage gay : le Défenseur des droits, Dominique Baudis, s'inquiète pour les enfants

 

 

MARIAGE HOMO - Du grain à moudre supplémentaire pour les opposants au mariage gay dont le gouvernement se serait bien passé après la confusion de mercredi sur la PMA. Auditionné jeudi 13 décembre par la commission des lois sur le projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes du même sexe, le Défenseur des droits, Dominique Baudis, est sorti de sa réserve pour exprimer ses doutes sur le projet.

 

L'ancien maire de Toulouse et député européen UMP a pointé de "nombreuses incertitudes juridiques préjudiciables" à "tous les enfants" dans le projet de loi qui doit être soumis à l'Assemblée nationale le 29 janvier prochain.

 

L'intérêt des enfants sous-évalué

"La réserve que je formule porte sur la méthode d'élaboration du projet de loi", a affirmé le Défenseur des droits, nommé par le Conseil des ministres sur proposition de Nicolas Sarkozy au moins de juin 2011. Pour ce projet, "on part de revendications exprimées par les adultes" et "la question des enfants n'est traitée que par voie de conséquence", une démarche qui, selon lui, "fait surgir de nombreuses interrogations". Dominique Baudis reconnaît cependant que le projet de loi "met fin à des situations d'inégalités ou de discriminations indirectes en ouvrant le mariage à des personnes du même sexe", citant notamment le droit d'accéder aux pensions de réversion ou à la titularité du bail.

 

De nombreuses questions en suspens

"Certes, les enfants élevés par un couple homosexuel vont trouver un cadre juridique préférable à la situation actuelle mais très incertain au regard des attentes de leurs parents qui appellent plus de clarté", a-t-il encore estimé. "Bien que les situations conjugales et parentales de tous les époux, qu'ils soient de même sexe ou de sexe différent, ne soient pas en tous points identiques, le projet s'efforce de les confondre en les traitant dans les mêmes articles et dans les mêmes termes", a-t-il affirmé. Avant de poursuivre : "De cette confusion, résultent de nombreuses incertitudes juridiques préjudiciables aux enfants. A tous les enfants".

 

Le Défenseur des Droits a souhaité que la commission des lois de l'Assemblée nationale réussisse "à dissiper ces incertitudes afin que la future loi apporte toute la clarté nécessaire, dans l'intérêt des familles et principalement des enfants.

 


9 décembre 2012 - Atlantico - Par Eric Deschavanne est professeur de philosophie. A 48 ans, il est actuellement membre du Conseil d’analyse de la société et chargé de cours à l’université Paris IV et a récemment publié Le deuxième humanisme – Introduction à la pensée de Luc Ferry (Germina, 2010). Il est également l’auteur, avec Pierre-Henri Tavoillot, de Philosophie des âges de la vie (Grasset, 2007).


Réponse à Roland Hureaux : les sept chantages des adversaires du mariage homosexuel

Réponse à Roland Hureaux : les sept chantages des adversaires du mariage homosexuel


L'universitaire Roland Hureaux pointait du doigt les "sept chantages inacceptables" des partisans du mariage homosexuel dans un article publié le mois dernier sur Atlantico. Le philosophe Eric Deschavanne a décidé de faire le même exercice, mais dans le sens inverse.

J'ai lu avec intérêt sur le site Atlantico l'article de Roland Hureaux, "les sept chantages inacceptables des partisans du 'mariage' unisexe". L'auteur y présente de manière à la fois panoramique et critique les arguments dont usent les partisans du mariage homosexuel : cependant, en dénonçant le "terrorisme intellectuel" auquel ceux-ci se livreraient, il se place dans la fâcheuse posture de l'autocontradiction ; son réquisitoire revêt en effet lui-même la forme d'un "chantage au chantage", inacceptable dans la mesure où il vise à disqualifier a priori d'éventuels contradicteurs. Or, si le chantage à l'homophobie est assurément condamnable, la liberté, l'égalité, la laïcité et l'amour sont en revanche des arguments recevables, même si, bien entendu, ils peuvent et doivent être discutés. A des fins pédagogiques (afin de montrer que le procédé est aisément réversible) je voudrais à mon tour dénoncer "les sept chantages des adversaires du mariage pour tous". L'accusation n'est bien sûr pas à prendre au pied de la lettre : par-delà la recherche purement formelle de symétrie, mon objectif est simplement de pointer les faiblesses de l'argumentation des "antis" au regard des critères d'un humanisme libéral.

 

Perte des repères et négation du droit naturel : le chantage à la décadence

Que n'a-t-on pas entendu !? En rompant avec la conception multiséculaire du mariage et de la filiation, la réforme du mariage pour tous, véritable "aberration anthropologique", conduirait inéluctablement à la perte des repères, à la décadence, à l'effondrement de la civilisation, voire, si l'on en croit Serge Dassault, à l'extinction de l'espèce humaine. Pour les plus tempérés, c'est "l'ordre symbolique" qui est subverti, la réforme du mariage et de la filiation constituant à leurs yeux une révolution langagière : il n'y aura plus, nous annonce-t-on, ni maris ni femmes, ni pères ni mères ; la dimension structurante de la différence sexuelle sur le psychisme humain serait ainsi vouée à disparaître.

 

Ce catastrophisme a pour arrière-plan philosophique une certaine conception du "droit naturel". L'idée est que le droit a une dimension objective en tant qu'il s'ajuste à une nature humaine intangible. En l'occurrence, on rappelle que la famille est une communauté naturelle, une organisation structurée par la différence des sexes et la différence des générations : une famille, c'est un père, une mère et des enfants. Or, dans cette perspective, ce qui est doit être : une famille c'est, et donc ce doit toujours nécessairement être, un père, une mère et des enfants. La nature et la tradition sont nos codes, et la volonté humaine, fut-elle démocratique, n'y peut rien.

 

La réforme, on l'a suffisamment répété, ne concerne pourtant qu'une minorité, et même une minorité dans la minorité : les homosexuels qui souhaiteront se marier, ceux qui voudront et pourront avoir des enfants demeureront sans doute une poussière dans les statistiques. Qu'importe au regard des adversaires de la réforme, cette poussière menacerait l'ordre du monde ! L'argument du bon sens est à l'évidence réversible :après que la loi sera votée, l'hétérosexualité restera la norme, l'altérité sexuelle subsistera, la quasi-totalité des enfants auront toujours leur père, leur mère et leurs repères. L'égalité abstraite n'abolit que les différences de droits, non les différences réelles.

 

La dénonciation de l'égalitarisme et de la bienpensance : le chantage à l'idéologie

Le mariage homosexuel étant "contre-nature", sa promotion est une démarche insensée - "hybris" (démesure) auraient dit les Grecs, orgueil de la créature, considéreront les croyants. Comment expliquer une telle folie, un artifice aussi délirant ? Qu'est-ce qui peut rendre à ce point aveugle à la nature humaine authentique ? Pour être favorable au mariage pour tous, il faut nécessairement, selon ses adversaires, être en proie à un délire idéologique. L'origine de cette pathologie ? Elle est identifiée depuis deux siècles, c'est-à-dire depuis que la révolution des droits de l'homme est venu perturber "l'ordre naturel" (politique et familial) dont l'Eglise s'est voulue le garant. Il s'agit de cette funeste idéologie de la liberté et de l'égalité qui a conduit à instaurer la démocratie et la laïcité, à autoriser le mariage d'amour et le divorce, puis à ôter à l'homme son statut de chef naturel de la famille - l'égalité entre l'homme et la femme devant inéluctablement aboutir à la négation de la différence des sexes et au triomphe de la "théorie du genre".

 

C'est cette idéologie "droitdelhommiste" bienpensante, individualiste et égalitariste qui a subverti le droit naturel hérité d'Aristote et de Thomas d'Aquin ; c'est elle qui, depuis quelques décennies, met à mal la conception multiséculaire de la famille et du mariage. Fort heureusement, il existe quelques pôles de résistance hors de l'Occident décadent - dans le monde musulman par exemple, où l'on ne cède pas au chantage idéologique et où l'on sait encore que la complémentarité naturelle de l'homme et de la femme doit prévaloir sur l'égalité indifférenciée.

 

L'argument de "la pente glissante" : le chantage au relativisme

Si l'on donne aux homosexuels l'accès au mariage, pourquoi ne reconnaîtrions-nous pas demain le mariage incestueux, la polygamie ou la polyandrie ? C'est l'argument bien connu de la "pente glissante", sorte de chantage au relativisme généralisé : si vous ne voulez pas que le pire arrive, évitez surtout de mettre le doigt dans l'engrenage de la réforme !

Si le mariage est une affaire d'amour et de liberté, que répondre au père qui demande sa fille en mariage ou au monsieur qui voudrait que la loi française reconnaisse sa seconde femme (dans la mesure bien entendu où les dames sont consentantes) ? A ceux qui objectent qu'il n'existe pas de revendications en ce sens dans l'espace public on fera observer que la polygamie est en France une réalité, si bien qu'une demande de reconnaissance légale (au nom du multiculturalisme ou d'une conception libérale de la laïcité) ne paraît pas inconcevable. Que pourrait-on lui opposer s'il fallait toujours que le droit s'ajustât sur les mœurs ?


Que les adversaires du mariage pour tous se rassurent, le droit démocratique est lui aussi par essence normatif : il n'a pas vocation à légitimer toutes les pratiques existantes. Il n'est pas anormal en revanche qu'il reflète les mœurs démocratiques, lesquelles cristallisent les valeurs communes. L'inceste n'est pas compatible avec notre conception de la protection de l'enfance ; la polygamie est une pratique archaïque provenant de cultures où l'égalité entre l'homme et la femme n'est pas reconnue. On observe par ailleurs que le lien familial, y compris lorsqu'il se construit hors mariage, continue de s'organiser en prenant pour fondement le couple amoureux. Rien n'empêcherait pourtant la formation de familles fondées sur un polyamour égalitaire durable : force est cependant de constater qu'il existe une autorégulation de la société civile, laquelle n'a besoin ni de l'Etat ni de l'Eglise pour se garder de sombrer dans le relativisme.

 

L'institution du mariage contre l'amour : le chantage à la famille

Les partisans du mariage pour tous seraient des benêts, des bisounours. Pensez donc : ils s'imaginent que le mariage a un quelconque rapport avec l'amour ! Pis : le mariage constituerait à leurs yeux la consécration de l'amour ! Quelle naïveté, si caractéristique du sentimentalisme de nos sociétés féminisées ! Le mal, du reste, est ancien : déjà dans les pièces de Molière les jeunes gens revendiquaient le droit de se marier par amour; il n'a cessé depuis d'empirer, la faute à Rousseau, au romantisme et au cinéma hollywoodien.

 

Or, explique-t-on, le mariage est une institution. L'amour est enfant de bohème ; il est capricieux par essence, tandis que la famille requiert la stabilité. Il n'y a pas de mariage fondé sur l'amour ni de famille en dehors du mariage ; l'Etat, garant de l'intérêt général, a pour devoir de protéger cette "cellule de base" sans laquelle la reproduction de la société ne serait pas assurée. Il lui faut pour cela prévenir les dérèglements du désir, veiller au respect des contrats et au bon gouvernement des familles, assurer la filiation et organiser les successions. CQFD.

 

L'argument n'est pas dépourvu de fondement : la dimension institutionnelle du droit de la famille est en effet incontournable. La question qui se pose depuis quelques décennies est cependant de savoir s'il faut - et dans quelle mesure - prendre en considération l'évolution des mœurs, ou s'il faut au contraire plier celles-ci aux exigences du Code Napoléon. Si les progressistes jacobins s'imaginent volontiers que la loi peut transformer les mœurs, les conservateurs autoritaires sont victimes de l'illusion symétrique et inverse selon laquelle le droit pourrait contrarier leur évolution. Or, si l'opinion publique voit aujourd'hui dans le mariage la consécration de l'amour, cela tient notamment au fait que plus de la moitié des enfants naissent hors mariage : c'est désormais l'enfant, et non plus le mariage, qui fait la famille. L'Etat a toujours pour vocation de conforter le lien familial : simplement, cela ne passe plus par la défense de "l'institution du mariage", mais par des réformes du droit de la famille qui permettent de garantir à tous la reconnaissance et la pérennité de ce lien - sans qu'il faille pour autant transiger avec les valeurs communes (la liberté et l'égalité, bien entendu, mais aussi l'intérêt de l'enfant, la prohibition de l'inceste, l'amour, la forme "couple").

 

"Droit de l'enfant" versus "droit à l'enfant" : le chantage à la protection de l'enfance

Parmi les valeurs communes que le droit de la famille se doit de préserver, il y a bien entendu la protection de l'enfance. Oubliant soudainement que dans le cadre de la conception "multiséculaire" de l'institution du mariage, l'enfant était principalement considéré comme un moyen d'assurer la perpétuation de la famille, les adversaires du mariage pour tous s'engagent sur le terrain "bienpensant" des droits subjectifs. Ils opposent, comme au temps des révoltes contre le divorce et l'avortement, le "droit de l'enfant" à la revendication égoïste et narcissique des méchants adultes. Le désir d'enfant (celui des autres bien sûr) devient à leurs yeux aussi suspect que l'amour ; déversant leur trop-plein de charité, ils manifestent un souci obsessionnel du bonheur des enfants d'autrui, exigeant au nom du principe de précaution que l'Etat empêche la réalisation des projets parentaux des couples pas comme il faut.


Si l'on entend par "droit" une créance de l'individu sur l'Etat, il est évident qu'il n'existe pas de "droit à l'enfant" : l'Etat n'a pas l'obligation de fournir un enfant à qui en manque. En revanche, la liberté de fonder une famille est un droit fondamental. Elle se traduit par la liberté de procréer, mais aussi par la possibilité de formuler un demande d'adoption (droit aujourd'hui garanti en France aux homosexuels célibataires). S'il existe des raisons universalisables d'interdire le recours à la PMA (procréation médicalement assistée) ou à la GPA (gestation pour autrui), il faut les expliciter et poser un interdit valable pour tous les couples. Si, en revanche, on juge licite l'un ou l'autre de ces moyens, il faut qu'il soit accessible à tous, abstraction faite de l'orientation sexuelle.


Pour quel motif légitime pourrait-on priver spécifiquement les couples homosexuels de la liberté de fonder une famille ? Invoquer l'intérêt de l'enfant (son bonheur, son équilibre) ne suffit pas ; si l'on voulait que le bonheur de l'enfant primât systématiquement sur la liberté de l'adulte de fonder une famille, il faudrait faire passer à tous les couples un permis de faire des enfants. Après tout, la totalité des criminels, pervers, tortionnaires, sadiques, psychopathes que la terre a jusqu'ici portée sont nés de parents hétérosexuels !

 

Conscients de la difficulté, les adversaires de l'homoparentalité préfèrent mettre en avant "le droit de l'enfant d'avoir un père et une mère". Curieux droit, en vérité, qui devrait logiquement conduire à la prohibition de l'accouchement sous x, à l'obligation faite à la mère de déclarer le père ainsi qu'à celle faite au père de reconnaître l'enfant. Soit un couple de lesbiennes formant le projet d'avoir un enfant en recourant à l'insémination artificielle avec donneur (IAD) : le droit de l'enfant d'avoir un père et une mère commanderait à l'Etat d'intervenir afin que le projet ne se réalise pas, et donc que l'enfant n'advienne jamais à l'existence ! Le droit de l'enfant, jusqu'à présent, se concevait comme droit à la protection et à l'éducation de l'enfant existant ; les adversaires du mariage pour tous ont inventé le droit de l'enfant à ne pas naître !

 

Quand les psys s'en mêlent : le chantage scientiste à la filiation

Théologiens et conservateurs de tous poils reçoivent le renfort d'éminents psychanalystes ou pédo-psychiatres dénonçant la menace que la loi ferait peser sur la "filiation". L'argumentation est trop complexe pour être résumée en quelques mots, mais il importe simplement ici d'en rappeler le principe. Selon la conception "multiséculaire" de la filiation, expliquent en substance les psys hostiles à l'homoparentalité, la filiation juridique qui institue le lien de parenté ne peut jamais être dissociée de la filiation biologique : soit elle la conforte, soit elle lui substitue, dans le cadre de l'adoption par exemple, la fiction d'une analogie ; le droit fait alors "comme si" l'enfant était né de l'union charnelle de ses parents adoptifs. L'important serait que le droit puisse alimenter de manière crédible la représentation par l'enfant des conditions de sa venue au monde (de la "scène originaire" dont il est issu).

 

Le droit de la filiation, c'est le cœur de l'argument, aurait pour fonction essentielle de permettre une saine structuration psychique de l'enfant. En escamotant les termes de "père" et de "mère", en concevant surtout la possibilité d'une filiation radicalement dissociée de la filiation biologique ou de sa représentation psychique, la réforme du mariage pour tous, indissociable de la reconnaissance de l'homoparentalité, priverait les enfants qui vivent dans un contexte homoparental (version minimaliste), voire l'ensemble des enfants (version maximaliste) des bienfaits psychiques du droit de la filiation.

 

Le "catastrophisme", apanage le plus souvent des dépositaires de traditions méfiantes à l'égard de la modernité, se trouve ainsi conforté, grâce aux psys, par l'autorité de la science. Certes, la psychanalyse n'est pas une science exacte et les psys sont divisés sur le sujet - sans que l'on sache bien si leurs différends s'expliquent par l'idéologie ou par des considérations véritablement scientifiques (susceptibles d'êtres invalidées par l'expérience). Il faut en outre souligner que l'autorité du discours des psys se fonde sur l'expérience de la "clinique", c'est-à-dire sur l'examen de cas pathologiques, ce qui introduit un biais dans le rapport au réel.

 

Sans se situer sur leur terrain, il est toutefois permis d'opposer aux arguments des psys hostiles à l'homoparentalité deux grandes objections. La première est une objection de principe : il n'est pas admissible de fonder le droit sur la science (c'est la définition même du scientisme) en instituant une "psychanalyse d'Etat". Le législateur sortirait de son domaine de compétence en entreprenant ainsi de trancher les différends scientifiques. Ajoutons qu'il faut aussi distinguer le droit et la morale. Les arguments des psys sont assurément sensés et dignes d'attention : la liberté de fonder une famille n'étant pas incompatible avec la réflexion et la responsabilité des individus, ils conservent, même si l'on ne peut s'en réclamer pour justifier une interdiction légale, leur valeur de mise en garde ou de conseils adressés aux couples homosexuels.

 

La deuxième objection porte sur le fond des choses. De manière conséquente, les défenseurs du droit de la filiation "classique" vont jusqu'à prétendre qu'il est préférable pour un enfant de n'avoir qu'un seul lien de filiation (un père ou une mère) plutôt que d'être rattaché à "deux pères" ou à "deux mères" - ce qui constituerait selon eux un mensonge nuisible au développement psychique de l'enfant. Il est difficile d'adhérer à cette vision de l'intérêt de l'enfant. Le droit de la filiation a sans doute des effets sur l'inconscient, mais il a avant tout pour fonction d'instituer un lien qui s'impose aux volontés individuelles en vue de protéger des intérêts objectifs. Lorsque le contexte homoparental existe (cela concerne des milliers d'enfants, adoptés ou issus d'une IAD), la transformation du lien qui unit l'enfant à son deuxième parent en lien de parenté assure de fait une meilleure protection de ses intérêts en cas de séparation du couple ou de décès du parent légal. Cette garantie est tangible, tandis que l'interprétation qui fait valoir les effets du droit sur l'inconscient de l'enfant est sujette à caution. Sur le terrain du symbolique, par ailleurs, on voit mal comment un droit de la filiation représentant à l'enfant que le lien l'unissant à ses deux parents est indissoluble - comme dans une famille ordinaire - pourrait ne pas être bénéfique.

 

La politisation du débat : le chantage à la "droite décomplexée"

La réforme du mariage pour tous n'est pas "socialiste", mais libérale. Si depuis deux siècles les réformes "sociétales" sont portées par la gauche, cela tient au fait que la droite demeure étroitement dépendante de la morale catholique. Les rares exceptions confirment la règle : sous Giscard, par exemple, la loi sur l'IVG fut votée avec l'appui de la gauche - la "droite décomplexée" de l'époque s'y étant violemment opposée en invectivant la malheureuse Simone Veil.

 

En raison de la déchristianisation à l’œuvre en France comme dans le reste de l'Europe, la droite se voit depuis quelques décennies condamnée à être sans cesse à la remorque de la gauche sur ce terrain : il lui faut valider en arrivant au pouvoir les réformes qu'elle contestait dans l'opposition. On peut affirmer qu'il en ira ainsi avec la réforme du mariage pour tous, et ce pour une raison évidente : si l'opinion publique apparaît partagée, il existe sur cette question une fracture générationnelle. Par-delà la politisation momentanée du débat et le souci de ne pas se couper de son électorat le plus conservateur - il est improbable que la droite prenne le risque de s'aliéner durablement les nouvelles générations, plus individualistes et indifférentes aux dogmes religieux.

 

Pour l'heure, la droite décomplexée s'engage à bannir toute forme de réflexion afin de promouvoir une forme d'opposition systématique et obtuse. Elle a raison sur un point : la droite humaniste souffre bien d'un complexe ; non pas devant la gauche, mais face à la tradition du conservatisme moral ; elle s'interdit ainsi de concilier les différentes dimensions du libéralisme. En l'absence d'une authentique liberté de réflexion sur les valeurs et les mœurs, la droite ne peut se constituer en force de proposition sur le terrain sociétal ; elle est vouée à osciller, erratique, entre un conservatisme d'opposition et un conservatisme de gouvernement - entre la défense crispée des dogmes catholiques et le ralliement aux solutions adoptées par la gauche.


07 décembre 2012 - AgoraVox - Par GéraldCursoux

Une imposture sémantique qui brouille le débat. Vrai faux débat

Une imposture sémantique qui brouille le débat. Vrai faux débat

 

Extrait  

Mariage pour tous", ces mots n'ont aucun sens ! Cela veut-il dire qu'on peut se marier avec sa soeur, son frère, sa cousine ou sa mère ?... . Ou le grand père avec son arrière petite fille ou son petit fils : c'est du "pour tous" ça ! Et ça ne dit pas si le jeu se fait à deux, ou à plusieurs. A plusieurs ce serait plus tendance. Plusieurs combinaisons à la fois ?.. façon DSK. Une seule vérité : ce mariage pour tous concerne à la fois les homosexuels et les hétérosexuels, question d'égalité, situation à laquelle le Pacs est censé répondre. Or il y a plusieurs objectifs sous cette demande qu'il faut lister et traiter séparément, après avoir rappelé qu'il existe le Pacs (c'est un acte administratif comme le mariage tel que défini dans le Code civil) qui permet une « union légale » de deux personnes de même sexe ou de sexe différent.

[...]

On voit donc que cette affaire du « mariage pour tous » est un faux débat. Il suffit de faire évoluer le Pacs et de s'en tenir à ce qui est inscrit dans le Code civil, en donnant au Juge la possibilité de traiter les (rares) cas d'espèces.


09 décembre 2012 - Le Figaro

Le nouveau pouvoir des francs-maçons

Le nouveau pouvoir des francs-maçons

 

Extrait  

[...]

La gauche revenue au pouvoir, les francs-maçons pavoisent. Pour Philippe Guglielmi, pas de doute, l'heure est à la reconquête. «Nous avons loupé pas mal de rendez-vous ces dernières années, sur les thèmes de la laïcité et de la lutte contre l'extrême droite, il est temps de réagir», confie-t-il. Élu Grand Maître du GO en septembre, pour un court mandat d'un an, José Gulino, un solide socialiste du Pas-de-Calais, est sur cette ligne. Il ne fait pas mystère de sa volonté de peser sur la scène politique quel que soit le sujet, du mariage gay au projet de loi bancaire, de la réforme de l'État à celle des institutions. Il veut même envoyer des «cahiers de doléances» républicaines aux élus.

[...]

En revanche, les loges se sentent revigorées par d'autres batailles en cours. Celui du «mariage pour tous» en fait partie. Promotrices - au nom de l'égalité - de cette ouverture de droits pour les couples du même sexe, certaines obédiences sont prêtes à soutenir le projet de loi sur le sujet. Quitte à faire un peu de surenchère. Les déclarations du cardinal André Vingt-Trois, début novembre, traitant le mariage gay de «supercherie» ont notamment déclenché les foudres du GO.

 

Les tentations hégémoniques du GO agacent ses alliés

En voyage à l'étranger, José Gulino a dicté aussitôt un communiqué dénonçant «les positions arriérées et obscurantistes» et «les amalgames violents et haineux» du président de la Conférence des évêques de France. Effet boomerang: ce communiqué très anticlérical a d'abord chagriné... les autres obédiences maçonniques, qui espéraient un peu plus de concertation! «Le GO a une tentation hégémonique, que ses entrées dans le monde politique renforcent très nettement en ce moment», se lamente-t-on dans plusieurs obédiences. «Les religions ont le droit d'exprimer leurs points de vue. Et nous aussi, mais pas dans l'anathème», précise de son côté Catherine Jeannin-Naltet, la Grande Maîtresse de la GLFF. Une fois ces querelles dissipées, il est probable que les frères et sœurs les plus militants descendront dans la rue pour renforcer le camp des défenseurs du mariage gay. Ils devraient aussi se mobiliser pour soutenir les projets sur l'accompagnement médicalisé de la fin de vie, afin d'aller plus loin que les dispositions strictes prévues par la loi Leonetti de 2005. Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a confié une mission sur le sujet au Pr Didier Sicard, ancien président du Comité consultatif national d'éthique. Favorables à cette évolution, les loges du GO, de la GLFF et du Droit humain ont déjà planché sur cette question. «Nous avons transmis notre texte sur l'exception d'euthanasie au Pr Sicard et aux parlementaires», explique Jacques Samouelian, le président du Droit humain, satisfait des premières réactions positives. Les frères de la Grande Loge de France (GLDF) ont également fait part de leurs réflexions à qui de droit. Ces obédiences sont moins tapageuses que le GO, mais presque aussi efficaces...


08 décembre 2012 - Mediapart - Michel de Pracontal

Tous les mariages sont dans la nature

Tous les mariages sont dans la nature

 

 

Les opposants au mariage pour tous accusent l'union homosexuelle d'être « contre nature », mais leur vision de la nature et de ses relations avec les sociétés humaines est simpliste et erronée.

 

Le mariage pour tous porte-t-il atteinte à l’ordre de la nature ? La question peut sembler dépassée, voire déplacée. Pourtant, le vieux cliché de l’homosexualité « contre nature » est réactualisé avec constance par des représentants des autorités religieuses, surtout catholiques, ainsi que par une kyrielle d’élus de droite et d’extrême droite (et parfois aussi de gauche). Or, la simple observation éthologique montre que les comportements jugés antinaturels par certains sont fréquents dans la vie sauvage et ne perturbent pas l’écologie des espèces.


Bien sûr, les animaux ne se marient pas et ne votent pas non plus. Tout parallèle entre l’humanité et les autres espèces relève d’une métaphore qu’il faut manier avec précaution. Mais cette métaphore biologique ou zoologique est régulièrement utilisée par les adversaires du mariage pour tous, comme l’illustre un florilège de déclarations récentes.

Suite...


06 décembre 2012 - E-llico

L'Agence française de l'adoption inquiète pour les couples homosexuels qui voudront adopter

L'Agence française de l'adoption inquiète pour les couples homosexuels qui voudront adopter

 

 

La directrice générale de l'Agence française de l'adoption (AFA), Béatrice Biondi, s'est inquiétée jeudi du devenir des couples homosexuels qui vont être autorisés par la loi à adopter mais qui, dans les faits, ne trouveront pas de pays étrangers prêts à accepter leurs dossiers.

 

Béatrice Biondi était auditionnée à l'Assemblée nationale sur le projet de loi ouvrant le mariage et l'adoption aux couples homosexuels, avec Arnaud Del Moral, chef du service international de l'AFA, chargé de la stratégie et des procédures d'adoption.

 

Selon le projet de loi présenté par le gouvernement début novembre, les couples de même sexe pourront théoriquement adopter des enfants à l'international.

 

Mais la directrice générale de l'AFA a exprimé jeudi son "inquiétude quant au devenir de ces familles, qui pourraient venir nous voir mais qu'on aura énormément de mal à orienter vers un pays qui pourrait les accepter".

Créée en 2006, l'AFA est une agence publique travaillant avec 35 pays partenaires et accompagnant 6.000 familles. "Premier opérateur pour l'adoption internationale", elle ne peut refuser de dossiers, s'ils répondent aux conditions requises pour l'adoption, contrairement à des organismes privés.

 

"Moins d'une vingtaine de pays autorisent l'adoption par des coupleshomosexuels, 70 condamnant l'homosexualité", a rappelé Arnaud Del Moral.

 

"Mais parmi la vingtaine de pays, le nombre de pays proposant des enfants à adopter à l'étranger est extrêmement restreint", a-t-il poursuivi.

L'AFA n'a identifié que trois pays auxquels elle pourrait transmettre les dossiers de couples homosexuels : l'Afrique du Sud et quelques Etats du Brésil et des Etats-Unis.

 

Mais aux Etats-Unis, "le profil des enfants proposés est extrêmement complexe, ils ont plus de sept ans et sont souvent atteints de pathologies", a précisé Arnaud Del Moral. Et au Brésil, "l'AFA n'a pas été reconnue par les autorités".

 

Reste l'Afrique du Sud, mais "les profils des enfants pourraient ne pas correspondre non plus aux attentes des adoptants", a-t-il estimé.

Dans ces pays, les coûts d'"intermédiation" varient entre 18.000 et 25.000 euros, à la charge des familles, sans compter les frais d'avocats et les déplacements, a-t-il aussi souligné.

 

Arnaud Del Moral a rappelé qu'un certain nombre de pays n'interdisaient pas formellement l'adoption par les coupleshomosexuels dans leur "droit positif" mais qu'ils n'acceptaient pas "socialement" l'homosexualité. Inutile donc pour l'AFA de leur transmettre les dossiers de couples gays.

L'AFA redoute qu'un certain nombre de pays décident de fermer progressivement l'adoption aux célibataires. "La Russie, par exemple, est très attentive au suivi des enfants adoptés", a souligné Béatrice Biondi. Si le pays découvre que des homosexuels adoptent en célibataire puis se marient, "cela pourrait entraîner des questionnements autour de la dissimulation d'informations", a-t-elle relevé.

 

Certains pays comme la Chine ou le Vietnam exigent déjà des "attestations de non homosexualité" pour les familles adoptantes, a-t-elle souligné.

 

L'adoption par des couples homos sera d'autant plus compliquée que le nombre d'enfants à adopter dans le monde a beaucoup baissé: en 2011, 1.995 enfants étrangers ont été adoptés par des Français, contre environ 4.000 en 2005.


06 décembre 2012 - Conférence

Mariage et dualité des sexes
Conférence donnée par Michel de Villiers à l’invitation des juristes catholiques de Nantes, Chambre des notaires de Nantes, 6 décembre 2012
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Conférence Michel de Villiers 6 décembre
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05 décembre 2012 - Tétu

Des «hétéros solidaires» lancent un appel à la mobilisation aux côtés des homos

Des «hétéros solidaires» lancent un appel à la mobilisation aux côtés des homos

 

 

INTERVIEW. Ils ne veulent plus que les anti-mariage pour tous s'expriment en leur nom. C'est la raison pour laquelle ces hétéros appellent à descendre dans la rue pour défendre les droits de leurs amis ou parents LGBT. Trois questions à l'une des initiatrices de cet appel.


On peut être hétéro et ne pas supporter l'homophobie. C'est la raison pour laquelle plusieurs trentenaires «en colère» ont lancé un appel à la solidarité, pour défendre le projet de loi d'ouverture du mariage et de l'adoption aux couples homosexuels avec leurs amis gays et lesbiennes.

 

Une des initiatrices de cet appel, Adeline Amiel-Donat, répond à TÊTU.com sur les raisons qui l'ont poussée à entrer dans le débat... 


TÊTU.com: Qui sont les hétéros qui soutiennent le mariage pour tous? 

Adeline Amiel-Donat: Nous sommes des familles classiques, des familles monoparentales parfois, tous sensibles à l'égalité des droits. Les profils sont très différents, certains participent tous les ans à la Marche des fiertés LGBT par solidarité, d'autres n'ont pas supporté l'homophobie et la haine qui se dégageaient des propos des opposants au projet de loi.

 

C'est ce qui vous a poussé à vous mobiliser? 

Oui, car nous sommes en colère de voir comment sont traités nos amis ou les membres de notre famille qui sont LGBT. Face à ces flots de haine et à la vision réactionnaire que tentent de nous imposer les opposants au mariage et à l'adoption pour tous les couples – qui s'expriment en notre nom, il nous a semblé important, à nous, garçons et filles hétéros, de se manifester, de montrer que d'autres hétéros participent aussi au débat, et que beaucoup croient au progrès. Jusqu'à présent, certains pensaient que ce n'était pas leur combat, mais on se doit d'être là si on a besoin de nous. Et je pense que c'est maintenant que l'on a besoin de nous.

 

Les hétéros progressistes ne sont pas assez présents dans le débat selon vous?

Ils ne sont en tout cas pas assez fédérés. C'est pour cela qu'on a lancé cet appel, pour que l'on puisse prendre position publiquement et visiblement. C'est aussi pour cela qu'on leur donne rendez-vous le 16 décembre, en famille ou non. Je sais que beaucoup d'amis ont prévu de venir avec leurs enfants, pour défendre une conception de la famille moderne et progressiste. L'hétéronormalité, tous les hétéros n'y croient pas, et heureusement!


Voici le texte de l'appel:

HÉTÉROS SOLIDAIRES, SORTONS DU PLACARD!

 

Nous, hétéros qui soutenons le mariage pour tous, rejoignons la manif du 16 décembre! Car garantir à tous l'amour et les enfants, c'est notre choix de société!

 

Nous, hétéros, sommes en colère,Parce que nous trouvons intolérable la façon dont une partie de la société traite nos ami(e)s, nos parents, nos frères, nos sœurs, nos cousin(e)s, nos collègues, nos voisin(e)s trans, gays et lesbiennes depuis quelques semaines.

 

Parce que nous trouvons intolérable et extrêmement grave qu'aujourd'hui, ceux que nous aimons se fassent insulter, menacer physiquement, cracher dessus, traiter de pervers, zoophiles, pédophiles et rouer de coups dans nos rues!

 

Parce que nous trouvons intolérable et insoutenable ce flot de haine et de violence du simple fait que nos amis et nos parents trans, gays et lesbiennes veulent obtenir les droits basiques que la loi nous accorde à nous, les hétéros, depuis des siècles.

 

Parce que nous faisons garder, éduquer, soigner nos enfants par leurs parrains, marraines, oncles, tantes, baby-sitters gays et lesbiennes, savons intimement qu'ils aiment les enfants comme nous : profondément. Alors oui à l'adoption, oui à la PMA.

 

ALORS LE 16 DECEMBRE,

Ne nous laissons pas imposer une vision de la famille qui n'est pas la nôtre.

Si vous avez été élevé par vos grands-parents, rejoignez-nous!

Si vous pensez que l'homosexualité n'est pas «la fin de l'humanité», rejoignez-nous!

Si vous pensez que les parents célibataires qui ont adopté un enfant sont eux aussi une famille, rejoignez-nous!

 

ALORS LE 16 DECEMBRE,

Soyons plus forts et plus nombreux que le parti de la haine, descendons dans la rue! 

Faisons entendre haut et fort nos voix, ne laissons pas les intégristes parler à notre place!

Ne laissons pas nos amis et nos parents trans, gays et lesbiennes seuls dans la rue!

Ne nous laissons pas confisquer la parole par ceux qui les tabassent!

Ne laissons pas les fachos prétendre qu'ils nous représentent, nous: les hétéros français!

Levons-nos culs du canapé, sortons nos tripes et joignons-nous à tous ceux que nous aimons!

Montrons-leur que nous les aimons comme ils sont,

Marchons à leurs côtés contre la haine, la violence, l'homophobie et la transphobie.

Marchons pour une France moderne, progressiste et généreuse où chacun est égal en droit et où la différence n'est pas un obstacle aux formes d'amour les plus basiques!

 

ALORS DIMANCHE 16 DECEMBRE,

Hétéros de France, soyons fiers de notre pays et de nos amis trans, gays et lesbiennes!

Nos sommes multiples et tous unis dans notre diversité.Le mariage pour tous, ça nous regarde tous!


04 décembre 2012 - Le Monde Idées - Par Monette Vacquin, psychanalyste, auteur de "Main basse sur les vivants" et Jean-Pierre Winter, psychanalyste, auteur d'"Homoparenté"

Non à un monde sans sexes !

Non à un monde sans sexes !

 

 

Extrait  

Les mots de père et mère vont être supprimés du code civil. Ces deux mots, qui condensent toutes les différences, puisque porteurs à la fois de celle des sexes et de celle des générations, vont disparaître de ce qui codifie notre identité.Il faudrait être sourd pour ne pas entendre le souffle juvénile qui parcourt tout cela. Le coup de balai idéologique capable de renverser des siècles d'usage et de supprimer les mots auxquels nous devons la transmission de la vie doit s'appuyer sur des ambivalences inconscientes bien archaïques, et largement partagées, pour avoir la moindre chance de s'imposer et... de bientôt faire la loi.

[...]

D'un côté, des siècles et des siècles d'usage, qui font que mariage et alliance d'un homme et d'une femme sont confondus. De l'autre, la revendication d'une minorité d'activistes qui savent parler le langage que l'on désire entendre aujourd'hui : celui de l'égalitarisme idéologique, synonyme de dédifférenciation. Et manier efficacement le chantage à l'homophobie qui empêche de penser.

[...]

La lutte contre l'homophobie, indispensable, est une chose. L'organisation juridique des liens entre les homosexuels qui le désirent en est une autre. Mais la destitution des institutions par ceux-là mêmes qui sont chargés de les élaborer en est encore une autre. Là réside la difficulté de penser la question du "mariage homosexuel" : elle mêle une problématique légitime à une attaque institutionnelle sauvage qui mobilise les forces les plus archaïques.


Que les gouvernements sachent ce qu'ils font : on ne fait pas la loi au langage ou alors il se venge. Faut-il que les mots d'homme et de femme disparaissent aussi ? Faut-il que l'on cesse de tenir compte du sexe en droit, sinon pour l'abolir, le "pourchasser" au nom de l'égalité, le langage employé témoignant d'anciennes fureurs ?

[...]


04 décembre 2012 - Le Monde Idées - Par José Luis Rodríguez Zapatero, ancien président du gouvernement espagnol

Grâce au mariage pour tous, la République française sera plus républicaine

Grâce au mariage pour tous, la République française sera plus républicaine

 

Extrait  

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De plus, je suis convaincu que cette ouverture du droit est un message fort de tolérance envoyé à toute la société. Il dépasse les couples homosexuels qui décideront de se marier dans le futur, pour se convertir en une norme de respect vis-à-vis de l'orientation sexuelle des citoyens de façon générale. Et il permettra également de renforcer la lutte contre tout type de discrimination existante.


J'ai toujours estimé qu'une société était plus digne et réellement plus humaine et civilisée si elle ne discriminait aucun de ses compatriotes, que ce soit pour leurs croyances, leur couleur de peau, leur orientation sexuelle, ou n'importe quelle autre chose.


Avec l'adoption de la loi du mariage pour tous, la République sera plus républicaine. L'Europe consolidera son leadership éthique, et une page de plus s'écrira dans la conquête historique pour la Liberté, l'Egalité et la Fraternité. Ainsi la confiance en la politique demeurera vive, et celle-ci continuera de servir à transformer les idéaux en droits.

 


04 décembre 2012 - Le Monde Idées - Par Olivier Py, metteur en scène, dramaturge et comédien, ancien directeur du Théâtre de l'Odéon

Intolérable intolérance sexuelle de l'Eglise

Intolérable intolérance sexuelle de l'Eglise 

 

Extrait  

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Les catholiques se réclament de la protection de la famille, c'est leur droit. Mais objectons que les homosexuels ne veulent pas détruire le mariage puisqu'ils appellent à plus de mariage, au contraire, et à plus de famille, famille atypique mais famille tout de même. En quoi le fait que des homosexuels aient le droit au mariage détruirait-il le mariage pour les hétérosexuels, cela reste une imprécation peu argumentée.


Mais le plus grave est que les catholiques, dont un certain nombre de bonne foi, oublient combien les valeurs familiales sont peu catholiques.

[...]

La question de l'adoption serait plus délicate ? Mais que nous ayons des parents ou un père et une mère n'est pas une question théologique. On peut et on doit se soucier du bonheur de l'enfant qui sera adopté, c'est ce que font les parents qui adoptent et qui désirent ces enfants qu'ils n'ont pas génétiquement conçus.


Quel destin préfère-t-on pour ces milliers d'orphelins ? Un orphelinat à Mogadiscio ou deux parents du même sexe, aimants et attentifs ? Qui peut défendre qu'il y ait moins d'enfants du tiers-monde qui accèdent à nos soins, à notre éducation, à notre paix ? Pourquoi refuser à un enfant d'avoir deux parents quand on accepte légalement qu'il n'en ait qu'un ? Et enfin quel statut donner à tous ces enfants qui ont été élevés par deux parents du même sexe, doit-on nier leur existence, leur histoire, leur identité, sans même leur avoir demandé leur avis ?

[...]

Quelle perte de temps quand il faudrait mettre toute son énergie à servir la parole du Christ. Quand les évêques parleront de la Trinité plus souvent que de la capote, de la beauté de l'eucharistie, plus souvent que des homosexuels, de la résurrection plus que de la contraception ? Quand l'Eglise renoncera-t-elle à interférer dans les choses séculières pour ne plus être que la flamme de la parole vivante, pour être cette verticalité dans le temps dont nous avons si soif, pour être définitivement avec ceux qui souffrent et non pas avec ceux qui condamnent ?

 


03 décembre 2012 - Libération - Jean-François Bellamy, Professeur de philosophie. Maire adjoint (sans étiquette) de Versailles, délégué à la jeunesse et à l’enseignement supérieur

Mariage pour tous, justice nulle part !

Mariage pour tous, justice nulle part !

 

 

Lettre ouverte aux parlementaires français,

 

Nous avons moins de 30 ans. C’est nous qui hériterons de l’avenir que vous préparez aujourd’hui. Or, vous serez bientôt conduits à vous prononcer sur l’évolution du mariage, et votre décision comptera pour dessiner cet avenir ; aussi avons-nous notre mot à dire.

 

Vous pensez peut-être que l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe n’est pas d’une grande importance, et que d’autres sujets sérieux pourraient nous préoccuper. Nous sommes nés dans un monde en crise, et cette crise devrait être l’unique sujet d’inquiétude de notre génération. Mais nous pensons que la question du mariage en est l’un des aspects majeurs. C’est cette inquiétude qui nous pousse à parler, et elle seule : nous refusons une réforme qui ne pourra qu’aggraver la précarité des équilibres sociaux, et dont les plus jeunes seront les premières victimes.

 

Toutes les formes de la crise que nous traversons sont le résultat d’une même rupture. Au nom du «progrès» et de la consommation conquérante, l’individualisme de nos sociétés occidentales a partout produit l’affaiblissement des repères fondamentaux. Il y a trente ans, dans le monde de l’économie, appeler à la mesure dans la consommation ou au respect de la nature vous valait d’être considéré comme un rétrograde ou un marginal. Aujourd’hui, c’est une nouvelle forme de dérégulation qui s’annonce, cette fois-ci en matière de droit de la famille : une petite minorité, munie des armes classiques du lobbying politique et médiatique, martèle que la structure ancestrale de la famille, fondée sur l’alliance complémentaire d’un homme et d’une femme, doit être dépassée. Elle exige, sous prétexte de «progressisme», qu’on adapte la définition de la famille à la mesure de son désir, qu’elle prétend, à tort, partagé par toutes les personnes homosexuelles. Et qu’on lui cède, sans discussion, des enfants adoptés, ou fabriqués pour l’occasion s’il venait à en manquer.

 

Les voix qui alertent ne manquent pas. Des juristes, qui appellent à la prudence avant de bouleverser le socle même du droit de la famille et de la filiation. Des associations d’enfants adoptés, qui, avec les psychologues et les pédopsychiatres, s’inquiètent des conséquences sur les enfants. Des psychanalystes, qui rappellent combien la différence des sexes est nécessaire à la construction des personnalités et des sociétés. Tout cela est balayé d’un revers de main. Ceux qui doutent de cette réforme sont taxés de passéisme. Et pourtant, les rétrogrades ne sont pas où l’on croit : au nom des vieilles revendications d’une idéologie dépassée, certains voudraient refuser un débat nécessaire, et écarter ces voix qui pointent le risque pour les générations futures - pour notre avenir !

 

Mais comment accepter que le principe de précaution s’applique pour la défense de l’environnement, et non lorsqu’il s’agit de nos enfants ?

Nous ne parlons au nom d’aucun conservatisme, d’aucune haine. Nous serons les premiers à le rappeler, toute personne doit être respectée dans sa dignité ; et nous espérons que notre jeunesse saura toujours se révolter contre le mépris, l’intolérance et la discrimination. L’injustice est scandaleuse quand elle touche les personnes homosexuelles ; mais elle ne l’est pas moins quand elle atteint les enfants. Affirmer que la société doit offrir à chaque jeune, autant qu’il est possible, de grandir avec un père et une mère ; que c’est le bien des plus petits qui doit être notre première préoccupation ; que le droit ne peut réinventer les liens de filiation pour satisfaire le désir des adultes - rien de tout cela n’est homophobe !

 

Nous voulons parler pour les plus vulnérables d’entre nous. Les jeunes, dans notre pays, sont touchés de plein fouet par la précarité ; comme partout, quand la crise frappe, c’est vers leur famille qu’ils se tournent. Dans les années d’épreuve qui s’annoncent pour notre génération, dans l’instabilité du monde qui vient, nous aurons plus que jamais besoin de la stabilité des repères familiaux. Le bouleversement que susciteraient ces filiations artificielles, séparées de la complémentarité des sexes, fragiliserait définitivement la structure la plus nécessaire. Le mariage pour tous, c’est, en fin de compte, la famille pour personne. C’est le législateur qui fuit son rôle, parce qu’il abandonne, au nom d’un faux progrès, la norme et le bien communs. C’est la république qui perd du terrain, au profit de l’individualisme consumériste et du communautarisme identitaire. Et quand le terrain perdu est celui de la famille, alors, le perdant, c’est l’enfant. Nous ne pouvons prendre ce risque ; nous comptons sur vous !

 

Les mille premiers signataires sur www.generationjusticepourtous.fr

 


02 décembre 2012 - La Croix Blog - Posté par Isabelle de Gaulmyn

Mariage homosexuel, l’impossible débat

Mariage homosexuel, l’impossible débat

 

 

Extrait  

Sur la question du mariage homosexuel, depuis quelques jours, on ressent un certain malaise. Agressivité de certains députés, lors de l’audition des représentants des religieux, cette semaine. Mais aussi slogans caricaturaux, amalgames faciles, de part et d’autre, dérapages de certains membres de l’opposition, sans oublier les messages de haine d’Act Up contre les chrétiens, sur son site.

Que l’on soit pour ou contre, la question d’ouvrir le mariage aux personnes de même sexe est sérieuse. Et on ne peut prétendre qu’elle ait été soldée par la campagne présidentielle. Alors, pourquoi le débat ne serait-il pas possible ?
[...]

 

Mais le gouvernement n’a manifestement pas jugé bon de se donner les moyens d’organiser un vrai débat sur le mariage homosexuel. Il prend ainsi le risque de voir les choses s’envenimer, pour le plus grand bonheur des extrémistes de chaque bord. Et de laisser  le parlement sans aucune borne, comme le montre les affirmations de certains députés qui souhaitent d’ores et déjà aller « beaucoup plus loin » que le projet gouvernemental lors de la discussion parlementaire.