Avant septembre 2012

25 août 2012 - Blog Politicus divers et d'été

« Liberté, égalité, fraternité » : êtes-vous sûr(e) d'avoir bien compris ?

« Liberté, égalité, fraternité » : êtes-vous sûr(e) d'avoir bien compris ?

 

Ces trois mots, aujourd'hui gravés dans le marbre de tous les bâtiments publics, sont devenus familiers du citoyen. Mais les a-t-on vraiment compris ? La Constitution les institue « devise de la République », aux termes de son article 2 ; cette caractérisation leur donne une valeur quasi sacrée dans notre société. C'est sur eux que l'on fonde n'importe quelle demande, lorsque l'on plaide pour avoir le même traitement que son voisin au nom de l'égalité proclamée par la Constitution, ou lorsque l'on estime notre liberté bafouée pour quelque raison. Mais quelle liberté, quelle égalité ? Qu'entendait par ces mots le constituant lorsqu'il les a pérennisés dans son œuvre ? En réalité, la visée première des mots de la devise de la République a une portée bien moins grande que ce que l'on veut bien faire croire. L'extension moderne de ces trois mots, et leur déclinaison à toutes les sauces, comme s'ils pouvaient servir à justifier n'importe quoi, sont des erreurs d'interprétation qui expliquent en grande partie le sentiment d'injustice répandu dans notre société. Ce sentiment qui s'exprime souvent par « c'est écrit dans la Constitution mais personne ne le respecte, donc le système est pourri ». Revenons donc sur chacun de ces trois termes pour leur rendre leur signification réelle.

[...]

L'égalité proclamée par la Constitution subit elle aussi les mêmes travers. On en use et abuse pour justifier un peu tout et n'importe quoi. Pourtant, elle doit s'entendre de manières juridique et politique. L'égalité ainsi exprimée, c'est l'assurance pour tous les citoyens d'être jugés de la même manière, à quelque endroit que ce soit du territoire, pour quelque fait que ce soit. Mais, cette stricte égalité est valable, juridiquement, pour des situations identiques. Le Conseil constitutionnel, souvent saisi pour une rupture d'égalité, s'évertue à rappeler ce principe. Il est normal que deux situations identiques en droit soient jugées selon une égalité stricte, mais dès lors que les situations de fait divergent (par l'introduction de circonstances particulières, par exemple), la rupture d'égalité n'est plus caractérisée. L'égalité devant la loi de tous les citoyens connaît des exceptions, qui parce qu'elles sont méconnues, entraînent encore une défiance générale des citoyens vers ce système qu'ils accusent de ne pas respecter ses propres règles.

Suite...


10 août 2012 - Blog Nystagmus

Petit argumentaire sur le « mariage pour tous »

Petit argumentaire sur le « mariage pour tous »

 

On me demande souvent pourquoi je suis opposée au « mariage gay ». Pour beaucoup, en effet, il s'agit de rétablir la justice; mais comme on va le voir, la question n'est pas si simple.Petit tour d'horizon des arguments de ses défenseurs, et de mes réticences et questionnements. Merci de le lire en entier avant de me tomber dessus;)

 

1/ C'est une question d'égalité des droits. Les homosexuels doivent pouvoir avoir les mêmes droits que les autres. Y compris de se marier !

Je suis entièrement d'accord. Mais la République n'a que faire de l'égalité descouples devant la loi. Ce qui l'intéresse, c'est l'égalité des individus, et cette égalité-là, j'en suis la première convaincue, ne souffre pas d'exceptions. C'est bien pour cela que dans la loi française, les homosexuels ne sont pas traités par la loi différemment des autres. Moi qui suis une femme, je ne peux me marier qu'avec un homme, quelle que soit par ailleurs ma sexualité. Les exemples de personnes homosexuelles mariées, quelles qu'en soient les raisons, ne manquent pas. Et si je dis cela, ce n'est pas pour le plaisir de jouer sur les mots : c'est de lanature même du mariage dont il est question.

 

Le mariage, c'est un contrat juridique qui sert à déterminer le cadre dans lequel seront élevés les enfants. On peut me rétorquer que certains, pas forcément homos d'ailleurs, ne l'utilisent pas à cette fin. On pourrait me répondre qu'aujourd'hui, le mariage, ce n'est plus ça. Peut-être que dans la tête des gens, ce n'est plus ça. Mais juridiquement, ça reste ça. Et c'est bien pour cela que les opposants au « mariage gay » dont je suis s'émeuvent des conséquences. Parce qu'on peut tout à fait vouloir épouser son ou sa conjointe pour simplement officialiser un amour ; il n’empêche que, qu'on le veuille ou non, qu'on en soit conscient ou pas, en signant ce type de contrat, on adopte du même coup les contours juridiques de la création de nouveaux êtres humains. Il y aurait d'ailleurs peut-être moins de divorces et moins d'engouement autour du mariage si l'on savait réellement à quoi l'on s'engage. Tous les avantages qui découlent du mariage – avantages fiscaux, légitimation automatique des enfants, solidarité financière entre époux etc – ne sont là que pour protéger les enfants et faciliter leur vie à eux. Dire que le mariage actuel discrimine les homosexuels est aussi sensé que de dire que les sociétés civiles immobilières (SCI) discriminent les non-propriétaires.

 

2/ Qu'est-ce que ça pourrait bien vous faire, à vous personnellement, si le mariage était ouvert aux personnes homosexuelles ? Vous avez toujours le mariage religieux si vous voulez vraiment que votre mariage à vous signifie ce que vous dites. Mais n'empêchez pas pour autant les autres de se marier !

Pardon, mais le « mariage pour tous » risque fort d'impacter mon mariage à moi. Pourquoi ? Parce que le mariage étant une structure juridique destinée à l'accueil des enfants, il se profile deux possibilités : soit la loi française se met à établir une « fiction juridique» (cela existe déjà, mais les fictions juridiques actuelles sont sous-tendues par une vérité symbolique), soit elle affaiblira le mariage homme-femme pour qu'il soit aussi vide qu'un éventuel « mariage gay », ou « mariage pour tous », selon la terminologie de ceux qui le défendent.

 

Prenons un exemple, celui de la légitimation par le mariage. Actuellement, si je tombe enceinte, mon mari n'a pas besoin d'effectuer de reconnaissance de paternité : l'enfant qui vient dans un couple marié est présumé automatiquement de l'époux. Si le « mariage homo » devient légal, trois possibilités :


A/ Pour les couples de femmes, on détermine que comme dans un mariage homme-femme, l'enfant est issu des deux femmes mariées, et l'on produit à la naissance de l'enfant un état civil sur lequel il sera inscrit : Parent 1, madame X, parent 2, madame Y. Cela veut dire que les termes de « père » et de « mère » vont disparaître au profit du générique « parent », et si l'on veut vraiment la stricte égalité, il est hors de question que certains états civils comporte la mention « parent 1 et parent 2 » et que d'autres comportent « père et mère ». L'état civil étant d'accès public, ce serait une source, pour le coup, de discrimination. Exit donc les notions de paternité et de maternité de la loi. Et ce n'est pas une question de mots : comment légitimer, à ce moment-là, les décisions de justice des affaires familiales préconisant qu'un nourrisson ne soit pas séparé de sa mère durant les premières semaines de sa vie lors d'un divorce ?


B/ Pour les couples d'hommes, on fait carrément sauter la clause de légitimation par le mariage, qui ne leur sert à rien puisqu'aucun des deux ne peut porter l'enfant. En créant de fait une discrimination entre les deux formes de mariage. Ou encore, on fait en sorte que certaines dispositions du mariage ne s'appliquent pas aux couples homosexuels quel que soit leur sexe, comme celle-ci, par exemple. Du coup, pour faire cesser une discrimination qui n'existe pas, on créerait un mariage à deux vitesses, donc discriminant.


C/ On enlève la disposition pour tout le monde, et du coup on siphonne le mariage de sa substance. Et mes enfants à moi se voient dans l'obligation d'être légitimés par leur père comme les enfants issus d'unions libres par une reconnaissance précoce de paternité afin que leurs droits à eux soient protégés en cas d'accident survenant à l'un de leurs parents. Le mariage n'a donc plus aucun intérêt, et que je me marie ou que j'opte pour l'union libre, mes enfants ne sont pas plus protégés.

Et la légitimation par le mariage n'est pas le seul problème. Quid du congé maternité ? Les lesbiennes auraient droit à 16 semaines, et les homosexuels hommes à 14 jours ? En fait, tout concourt à la disparition des notions de paternité et maternité dans la loi.

 

3/ Il existe des tas d'enfants, en France et dans le monde, qui ne se font pas adopter. Pourquoi donc empêcher un enfant d'être adopté par deux mères ou deux pères, c'est toujours mieux que de rester à l'orphelinat ou de se prostituer dans les rues de Manille ?

Faux. en France, il y a chaque année, bon an mal an, 800 enfants français adoptables pour 8.000 familles qui obtiennent l'agrément. Sur ces 8.000 familles, 4.000 resteront avec leur agrément dans la poche, sans possibilité d'adopter, faute d'enfants adoptables, justement. Les 4000 restantes se partagent ainsi : 800 se verront confier un enfant français, vidant ainsi quasiment le « stock » français (les seuls qui restent sur le carreau sont les enfants handicapés) et 3.200 s'adresseront à l'étranger. Sachant que les pays « exportateurs » sont de moins en moins nombreux – le Laos, par exemple, freine des quatre fers depuis janvier dernier, l'Ethiopie a réduit de moitié le nombre de ses ressortissants adoptables en 2 ans (445 en 2009, 288 en 2011), quant à l'Indonésie, elle a carrément fermé ses portes à l'adoption internationale en 1984, suivant en cela un mouvement généralisé de « fierté nationale » des pays émergents. On peut le déplorer ou s'en réjouir, n'empêche que c'est un fait : des tas d'enfants orphelins ne seront jamais adoptés dans le monde parce que les législations des pays d'origines s'y opposent, et le mouvement ne semble guère sur le point de s'inverser. Il ne suffit pas d'être orphelin pour être adoptable.

 

4/ Si vous êtes contre l'adoption par les couples homos, c'est parce que vous ne cessez de dire qu'un enfant a besoin d'un père et d'une mère. Dans ce cas, pourquoi n'êtes-vous pas opposés à l'adoption par des célibataires, ce qui est permis en France ?

L'adoption par des célibataires a été autorisée en France au même titre que celle des couples mariés en 1966. Elle répondait alors à un besoin précis, comme l'explique la juriste Françoise Dekeuwer-Defossez : « l'adoption par un célibataire a été permise en 1966 pour permettre l'adoption d'enfants « à particularités » dont les familles « normales » ne voulaient pas à l'époque. Il s'agissait de « caser » le plus d'enfants possibles, dans un contexte où les enfants adoptables étaient plus nombreux que les couples d'adoptants ». Le législateur avait alors considéré qu'effectivement, un seul parent valait mieux que pas du tout, ce qui est aujourd'hui caduc vu l'inversion massive du rapport adoptants/adoptables. Et pour une célibataire femme, l'adoption est dans les faits mille fois plus difficile que pour un couple marié ; pour un homme célibataire, c'est quasiment impossible. Et personnellement, je ne suis pas non plus favorable à ce que les célibataires puissent adopter, et je ne connais guère de gens qui désapprouvent l'adoption par les couples homos mais sont favorables à l'adoption par une personne célibataire.

 

5/ Le sexe des parents importe peu. Ce qui compte, c'est l'amour ! Et les homosexuels sont tout à fait aussi capables d'aimer un enfant que les autres ! Et l'hétérosexualité n'est pas un gage de stabilité. Certains homosexuels sont bien plus stables que bien des hétéros !

Posons la question autrement. Ne nous préoccupons pas du sexe des parentsEst-il préférable dans l'absolu pour un enfant, d'être élevé par ses deux parents biologiques, par un parent biologique et un parent adoptif ou par deux parents adoptifs ? Elle est , la vraie question. Dans un couple homosexuel, qui ne peut pas procréer seul et qui a forcément besoin d'au moins une autre personne, soit via l'adoption, soit via le don de gamètes, soit via une mère porteuse, tout enfant est issu soit d'un seul de ceux qui l'élèvent soit d'aucun. Bien sûr, il existe dans les structures familiales traditionnelles une foule d'événements qui font que cela arrive également : divorce ou mort d'un parent et remariage de l'autre, droits parentaux supprimés à la suite d'une maltraitance envers l'enfant, etc. Mais en aucun cas, j'insiste : aucunle fait de ne pas vivre avec ses deux parents biologiques n'est une donnée de base naturelle ni épanouissante pour l'enfant. Que certains enfants aient une grande capacité de résilience et puissent être heureux malgré le fait de ne pas avoir leurs deux parents biologiques, je n'en doute pas un seul instant. Mais faire un enfant dans le but de le priver de sa filiation biologique pour la remplacer parune filiation adoptive, c'est tout autre chose. Et c'est bien de cela qu'il s'agit : comme le marché de l'adoption est tendu au possible, il ne reste guère, pour les couples d'hommes, d'autre choix que d'utiliser des mères porteuses, et aux couples de femmes de faire appel au don de gamètes. Sous prétexte que des enfants unijambistes heureux existent, faut-il pour autant créer des enfants volontairement unijambistes ? Si les enfants adoptés parviennent pour la plupart à admettre que leurs parents adoptifs n'en sont pas moins leurs parents, c'est toujours au prix d'un long questionnement, et parce qu'ils ont intégré qu'un accident de la vie s'est interposé entre leur désir d'être les enfants en tout point, y compris biologique, de leurs parents, et le Réel. Expliquer à un enfant que volontairement, parce qu'on l'aimait très fort, on lui a bricolé une filiation d'emprunt, ça promet des repas de famille tout à fait enchanteurs.

 

6/ A vous entendre, l'apocalypse est proche. Comment pouvez-vous être si sûrs que les enfants de couples homos ne seront pas aussi heureux (voire plus heureux) que les enfants de parents hétéros ?

Nous n'avons certes guère de recul sur ces situations nouvelles, même si les rares études sérieuses sont assez catégoriques, et pas dans le sens des partisans du mariage gay. Par contre, nous commençons à avoir pas mal d'études sur une situation suffisamment comparable, qui est celle des enfants de couples divorcés. Eux non plus ne vivent pas, par définition, avec leurs deux parents biologiques. Et les petits arrangements entre adultes sur le thème « tout va bien, l'important c'est pas qu'on s'aime entre parents mais qu'on aime nos enfants même séparés » ne tiennent guère la route chez eux. Demandez donc aux psys, toutes écoles confondues. Vous me direz que les psys ne voient, justement, que les enfants qui ne vont pas bien. Certes. Mais quand un psy voit sa consultation prise d'assaut par des centaines de gamins qui racontent tous leur difficulté à être au monde avec autant de gens autour de leur filiation, ça veut tout de même dire quelque chose. On peut faire mentir un état civil en mettant dessus que deux femmes ou deux hommes sont les parents d'un enfant, ça n'empêchera pas pour autant l'enfant d'être conscient du mensonge que cela représente. Et je connais suffisamment de nés sous X pour savoir ce que représente ce fameux extrait de naissance où il est écrit que leurs parents adoptifs sont leurs parents biologiques. Le mensonge, il n'y a que les adultes pour y croire. Comme me le disait une gamine de 10 ans à qui son papa venait de lui expliquer longuement qu'il allait vivre ailleurs parce qu'il n'aimait plus sa maman, ce qui ne voulait pas du tout dire qu'il ne l'aimait plus elle, et à qui je demandais si cela lui avait fait du bien : « Pfffff. Papa vient de me dire que c'est pas parce qu'il ne voulait plus vivre avec moi qu'il ne voulait plus vivre avec moi ». Tout est dit. Et là encore, les fameuses études, si difficiles à effectuer sur ce terrain (ça se quantifie comment, la souffrance et le mal-être ? ) finissent quand même par nous mettre le nez dedans : le fait de grandir avec un parent et un beau-parent, dans la majorité des cas, c'est dur pour les gamins. Et ne me rétorquez pas le cas du gosse tellement plus heureux avec belle-maman super gentille qu'avec son affreuse mère alcoolique et maltraitante. Ce n'est pas, loin s'en faut, la majorité des causes de divorces. Et l'on oublie un peu vite que pour un enfant, une mère biologique défaillante vaut toujours mieux qu'une super belle-mère, parce que c'est sa mère biologique.C'est d'ailleurs ce que nos services sociaux ont compris, en ne faisant du placement d'enfants qu'un élément de dernier recours.

 

 

7/ Mais en quoi la légalisation de la gestation pour autrui (GPA) serait-elle forcément la conséquence de la légalisation du mariage entre deux personnes homosexuelles ?

Parce que le président de la République actuel est favorable à l'insémination artificielle pour les couples de lesbiennes. Et, bien qu'il se dise contre la GPA, sa position est intenable. Comment imaginer qu'on puisse consacrer un « droit à l'enfant » pour les femmes et pas pour les hommes ? On voit, une fois de plus, à quel point sous prétexte de réduire une discrimination imaginaire, on en crée de nouvelles. Et parce que c'est d'ores et déjà ce qui se passe. Au Srushti Infertility Centre d'Hyderabad, en Inde (pays qui a bien compris le business que cela représente), le Dr Samit Shekar est formel : « Nous voyons une augmentation du nombre de couples de gays et d'hommes célibataires venir à notre clinique dès que la légitimité de leur union publique est accordée dans leurs États respectifs ou pays ». De plus, un arrêt récent de la Cour d'appel de Paris, même s'il n'a pas été confirmé en appel, a d'ores et déjà légitimé le recours à une mère porteuse « dans l'intérêt supérieur de l'enfant ». Ce n'est qu'une question d'années ou de mois avant que la loi ne se trouve obligée de s'incliner devant les décisions de justice. Et c'est parfaitement logique : les couples d'hommes, contrairement aux couples de femmes, ne peuvent guère faire autrement que de faire appel à une mère porteuse.

D'autant qu'à l'adoption internationale, déjà très restrictive, bien des pays refusent de laisser adopter leurs ressortissants par des couples de même sexe, fussent-ils mariés. Or, même si on pense vraiment que la GPA n'est pas la création d'un sous-prolétariat du ventre et qu'il n'y a aucun mal à demander à une femme, moyennant finance ou non, qu'elle fabrique un enfant pour autrui, les problèmes juridiques sont légion. On le voit dans les pays où la GPA est autorisée : régulièrement, les tribunaux se voient obligés de départager des histoires invraisemblables dans lesquelles les enfants ne sont guère la priorité des adultes. Qu'arrivera-t-il, par exemple, si l'enfant est porteur d'une anomalie ou d'un handicap ? On annule la commande ? On la propose à d'autres ? Et si la mère porteuse décide de garder l'enfant dont les pères ne veulent plus, comment obliger un homme à avoir un enfant sans son consentement ? Et comment obliger une femme à avorter ? Et ce n'est qu'un exemple. Je ne suis vraiment pas certaine que le « mariage gay » facilite quoi que ce soit. En revanche, ce dont je suis sûre, c'est que pour les gamins, les choses seront bien plus difficiles, car leur filiation biologique quelle que soit la valeur de leur parentèle adoptive restera comme un caillou dans la chaussure. Oui, dans le meilleur des cas, la plupart s'en sortiront malgré cela. Mais je prétends qu'une société qui veut faire passer la volonté de s'illusionner des adultes avant, non pas le bien-être, mais le meilleur-être des enfants, en faisant passer des lois qui réécrivent l'histoire personnelle de ces enfants, est une société qui génère une violence institutionnelle qu'il ne faudra pas s'étonner de voir exploser un jour ou l'autre.


18 mai 2012 - Le Monde - Par Lionel Labosse, qui a publié "Le Contrat universel : au-delà du "mariage gay"

Un "contrat universel" à plusieurs plutôt qu'un mariage à deux, fût-il gay

Un "contrat universel" à plusieurs plutôt qu'un mariage à deux, fût-il gay

 

Avec l'élection de François Hollande, l'ouverture du mariage aux personnes de même sexe semble imminente. Je propose, au lieu d'ouvrir le mariage, de le supprimer, ou plutôt de le confondre avec le pacs en un contrat universel ouvert à davantage de possibilités, mais qui ne transforme pas les célibataires en pigeons de la farce.

 

Contrairement à ce qu'avancent les partisans du "mariage gay", le pacs n'est pas un "sous-mariage", mais plutôt un "surmariage", c'est pourquoi mieux vaudrait aligner le mariage sur le pacs que le contraire, tout en conservant ses avantages, bien sûr. La preuve ? Son incroyable succès chez les hétérosexuels, au point que le pacs devrait bientôt dépasser le nombre de mariages. Et encore, si, à défaut de ce contrat universel, l'on obtenait deux réformes minimes, cela accélérerait le processus. La première de ces réformes serait le droit d'assortir le pacs d'un mariage religieux ; la seconde serait de ne pas obliger les couples binationaux à se marier pour espérer la naturalisation.

 

Mariage ou pacs, le total des couples constitués est en augmentation. Les ennemis que furent naguère les prêtres de toutes religions et les militants homosexuels s'accordent dans l'apologie de la fidélité, assortie d'une prophylaxie maximale en matière sexuelle, VIH oblige. Dans le même ordre d'idée, le maintien des prostitué(e)s dans la précarité s'accommode bien de la promotion du "mariage gay". De plus en plus marginalisés, les célibataires, hétéros ou homos, sont d'autant plus matraqués par le fisc, qu'il faut compenser les droits coûteux octroyés à de plus en plus de couples.

 

Souvenez-vous : avant 1981, l'homosexualité était impensable. Puis François Mitterrand vint, et l'homosexuel cessa d'être un paria. L'intelligentsia se choisit alors un autre impensable : le "polygame". Ce n'est pourtant pas la polygamie que permettrait ce contrat universel, mais le "polyamour", qu'il soit sexuel ou non.

 

Mais n'y a-t-il pas un abîme entre condamner la polygamie sexiste et cantonner au nombre de deux les unions légales ? Un contrat universel rendrait possible des unions dans lesquelles chacun des contractants serait à égalité avec chacun des autres. Le "trouple" ou "ménage à trois" serait l'une des possibilités ; un tel contrat serait une alternative au divorce et une solution à de nombreux drames. Les militants homosexuels, qui se prétendent "LGBT" (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres), réclament au nom de l'égalité une institution matrimoniale excluant de fait les bisexuels, ou du moins les obligeant à renoncer, pour un contrat censé être "pour la vie", à l'une des deux inclinations de leur sexualité, donc à cesser d'être bi pour devenir soit homo, soit hétéro, à moins d'être infidèle, mais alors pourquoi se marier ?

 

Le mariage monogame est donc "biphobe", et ceux qui le réclament, et ne réclament que cela, le sont aussi, en dépit de leurs tours de passe-passe rhétoriques. Un contrat universel à trois ou quatre constituerait un cadre idéal pour ce qu'on appelle l'"homoparentalité".

 

Créer une union pérenne

Combien de combinaisons de gays et de lesbiennes rendues possibles par la poésie des petites annonces se heurtent au bout de quelques années à la prose des contingences, et aboutissent à l'aliénation soit du père biologique réduit à l'état de donneur de sperme, soit de la maman, prêteuse de ventre ? Enfin, la crise aidant, nous serons sans doute contraints de partager des logements à plusieurs, inconnus, amis, famille ou amants.

 

Grâce au contrat universel, des mini-communautés, des familles élargies, des cohabitations d'immigrés tentant d'échapper à la rapacité de marchands de sommeil pourraient acquérir ensemble un lieu de vie et créer une union pérenne. Il me semble inéquitable que des paires de personnes bénéficient de déductions d'impôt et d'avantages divers sous le seul prétexte qu'elles sont soit mariées, soit pacsées, au détriment des célibataires. Ne serait-il pas temps de clarifier les choix divers de vie commune par un contrat universel, qui mette tout à plat et n'accorde des avantages aux uns - au détriment des autres - que pour des raisons incontestables ?

 

Accueillir les enfants, ou avoir une "personne à charge" me semble une raison légitime de bénéficier de droits, plutôt que simplement vivre en couple, ce qui constitue déjà un avantage en soi par rapport aux célibataires, qui ne peuvent mutualiser aucune dépense quotidienne. Au lieu de s'enferrer dans la voie sans issue du mariage, je propose de prendre le temps de réfléchir à un contrat universel qui nous entraîne vers une société plus libre, plus égalitaire, plus fraternelle.


22 janvier 2013 - Têtu

Dans le nouveau TÊTU: Ils s'aiment à trois

Dans le nouveau TÊTU: Ils s'aiment à trois

 

 

Parfois, le plan à trois se transforme en trio amoureux. Ou l'amour frappe à la porte d'un couple sous la forme d'un troisième homme. Comment ça marche alors? Rencontre avec des «trouples».

 

On les appelle les «pluri» (pour pluriamoureux), les «triades» ou encore les «trouples», mot-valise composé de «trois» et de «couples», autant d'expressions pour définir une même aventure, celle de s'aimer à plus de deux. On pourrait croire ces configurations amoureuses exceptionnelles? Pas si sûr...


Du couple au trouple

Le trouple ne naît pas spontanément. Il s'agit toujours d'une histoire d'amour préexistante à laquelle vient s'ajouter un troisième partenaire. En couple pendant plus de cinq ans, Sylvain, 32 ans, et Yoann, 41 ans, forment désormais un trio amoureux avec Jérémy, 29 ans. Depuis plus de trois ans, ils vivent ensemble dans le 20e arrondissement de Paris. Comment sont-ils passés de deux à trois? «Pas sans mal!, révèle Yoann. Jérémy et Sylvain travaillent ensemble. Ils sont devenus, disons, très proches. J’ai senti mon couple menacé. Un soir, on a eu une longue discussion tous les trois. Après des heures de palabres et beaucoup de vin, on a fini par faire l’amour. Depuis, on ne se quitte plus.» 


Du plan à trois au trouple

Nicolas et Bruce sont un couple de «nounours» lillois qui viennent tout juste d’ouvrir leur relation à Jimmy, un Californien de 36 ans rencontré cet été. «On était dans une relation depuis neuf ans, on avait déjà eu des plans à trois, mais sans s’attacher, raconte Nicolas. Et puis on a rencontré Jimmy, on s’est vus une fois, puis deux. Et un jour en le raccompagnant à l’aéroport, on s’est retrouvés à pleurer comme deux cons. Au début, on n’osait même pas se le dire, mais c’est Jimmy qui a pris les devants en nous demandant : “Vous ne voulez pas être dans une relation à trois?”» Depuis les deux Français n’envisagent plus la vie sans leur amoureux américain.

 

Un pied de nez aux conventions?

Expérimentation amoureuse, mode de vie alternatif, contestation du modèle de couple hétéro, héritage des années 1970, le couple à trois semble être l'ultime pied de nez aux conventions. Et un tel pacte amoureux pose question. Dans l'entourage des trois garçons d'abord: comment réagissent les proches, la famille, les amis, les collègues du bureau? Et puis, l'arrivée d'un troisième est aussi un profond bouleversement dans la vie intime du duo qui se redéfinit, du trio qui est en train de naître: comment trouver ses marques à trois? S'aimer à trois implique-t-il de faire toujours l'amour à trois? Les trouples sont-ils ouverts à des plans cul? Comment se protéger juridiquement ? Le trouple tient-il longtemps? Que se passe-t-il quand un trouple rompt?


10 février 2011 - Le Monde - Par Xavier Lacroix, professeur de théologie morale à l'Université catholique de Lyon, membre du Comité consultatif national d'éthique

Homoparentalité : les statistiques ne disent pas tout

Homoparentalité : les statistiques ne disent pas tout

 

Extrait

Dès lors que dans un débat intervient aujourd'hui la question de ce que l'on appelle depuis peu l'"homoparentalité", vous pouvez être certain d'entendre un argument présenté comme imparable selon lequel des enquêtes (aux Etats-Unis surtout) démontreraient que les enfants élevés par des couples de même sexe n'ont pas plus de problèmes psychologiques que ceux qui sont élevés par des couples de sexes différents.

 

L'argument est statistique, il se présente comme scientifique, indiscutable et l'on ne manquera pas d'en tirer la conclusion que la société ne peut plus continuer à réserver l'adoption ou les procréations médicalement assistées aux couples composés d'un homme et d'une femme. Cette nouvelle forme "d'argument d'autorité" a de quoi surprendre. Personne – ou presque – n'ayant eu l'occasion de lire lesdites enquêtes, il laisse coi. Pourtant, ceux qui ont pu y accéder sont généralement d'avis – au mieux – que l'on ne peut rien en conclure.


Passons sur le fait que ces enquêtes, dont l'immense majorité a été commanditée par des associations gays, contiennent des biais surprenants. J'ai publié en plusieurs lieux, notamment dans mon ouvrage La confusion des genres (Bayard culture, 2005), une analyse critique qui rejoint celles d'autres auteurs comme Caroline Eliacheff ou Pierre Lévy-Soussan. Mais surtout chacun sait que de telles enquêtes, quantitatives, reposent sur des questionnaires standards qui ne permettent de repérer que des fonctions déterminées : cognitives, adaptatives, pragmatiques. Les items sont définis en raison de ce que l'on veut démontrer. Et le caractère massif de la conclusion (toujours "aucune différence") laisse quelque peu pantois : à trop vouloir démontrer... Mais surtout, que pourrait-on conclure d'une somme d'enquêtes qui démontrerait que les enfants qui n'ont jamais écouté Mozart n'ont pas plus de problèmes psychologiques que les autres ?

[...]

 


03 février 2012 - Liberté Politique

Mariage gay et homoparentalité

Mariage gay et homoparentalité

 

 

Le langage

L’on a pris l’habitude, depuis une douzaine d’années, d’utiliser les termes d’homosexualité ou d’hétérosexualité à tel point que personne ne parle plus d'orientation sexuelle normale ou d'orientation sexuelle déviante. Certains sympathisants de la cause homosexuelle refusent même l’emploi du terme « normal » quand il s’applique à la sexualité, ne tolérant pas que l’on puisse porter un jugement de valeur sur les comportements sexuels et donc réfléchir sur la sexualité et notamment sur le mariage gay et l’homoparentalité.

 

En outre, le terme "couple" s’est imposé pour les homosexuels alors que le mot "paire" s’applique mieux à la vie en commun de deux personnes de sexe identique. Le fait que le couple et la paire unissent chacun deux êtres ne justifie pas que l’on use du même terme, entraînant de ce fait la confusion entre ces notions.

 

La loi et le mariage

Le mariage n’est pas créé pour permettre au législateur de remettre en cause la liberté individuelle en se préoccupant de sexualité récréative, homo ou hétéro, ni pour s’occuper d’amour. Le maire n’a d’ailleurs pas à demander aux futurs époux s’ils s’aiment ou non. Il ne leur demande pas non plus leur orientation sexuelle, cette dernière, quelle qu'elle soit, ne confèrant aucun droit.

 

A la base de la vie, et du mariage, se trouve la différenciation sexuelle. Aucune autre relation ne contribue au bien commun autant que le mariage entre un homme et une femme. La loi reflète cette réalité en consacrant par le mariage l'alliance d’un homme et d’une femme.

 

Le mariage ne crée pas une injustice envers les personnes qui sont incapables d’établir une relation complète avec le sexe opposé. C’est leur état qui leur interdit le mariage. Le législateur n’a pas à modifier le mariage sous prétexte que les homosexuels ne peuvent y avoir accès. Cela d’autant plus qu’avec le mariage un tiers est concerné : l’enfant.

 

L’enfant

Le législateur, grâce au mariage, propose un cadre au couple afin de l’aider à se stabiliser et à protéger ainsi l’enfant né ou à naître.

S’il est exact que des homosexuels ont la charge d’enfants, la demande de reconnaissance juridique de l’homoparentalité ou celle de création du mariage gay apparaît inintelligible, l'enfant ayant par ailleurs un état civil et donc un régime juridique clair. S’agissant d’homosexuels, cette reconnaissance juridique de la vie à deux n’offre pas plus de pertinence qu’une reconnaissance juridique de la vie à trois, quatre ou cinq. Si l’on autorise l’adoption d’un enfant par deux hommes ou deux femmes, on ne voit pas pourquoi l’on refuserait un cadre juridique à 2 hommes et 3 femmes qui souhaiteraient élever un enfant ensemble.

 

Une fraction du lobby homosexuel semble souhaiter utiliser la ressemblance entre le couple avec enfant et deux homosexuels élevant un enfant. En effet, l’apparence de ces derniers se rapproche de celle du couple normal. Les demandes de reconnaissance juridique de l’homoparentalité, de la biparentalité, d’accès au mariage et à l’adoption, peuvent cependant apparaître comme destinées à faire oublier le caractère spécifique de l’homosexualité. L’enfant deviendrait alors un moyen mis au service d’une cause qui n’est pas la sienne.

 

De même les maltraitances vis-à-vis d’ enfants doivent être sanctionnées et, si des parents sont réputés indignes, leurs enfants mis dans une famille d’adoption normalement composée d’un père et d’une mère. On ne doit pas utiliser le malheur de ces enfants afin de démontrer qu’ils seront mieux dans une famille de deux hommes ou deux femmes que dans leur famille d’origine, et les transformer ainsi en propagandistes de l’homoparentalité. Quant à l’adoption par un célibataire, elle existe de manière traditionnelle pour que des enfants puissent être adoptés par leur oncle ou leur tante célibataire lorsqu’ils ont perdu leurs parents. Le principe a été depuis dévoyé par le droit. C’est au législateur de prendre les dispositions pour que soit respecté l’esprit initial de ce cas d’adoption.

Avec le mariage, la société reconnaît juridiquement l’union d’un homme et d’une femme car cette union est vitale pour son avenir.

 

La loi n’a pas à entériner toutes les situations de fait découlant du comportement de tel ou tel, sauf à créer une règle par individu et par situation ce qui entraînerait la disparition de la notion même de droit.

 

Une imposture

L’homosexualité a toujours existé. Elle est admise au nom de la liberté individuelle. Ce comportement n’a cependant pas vocation à être à l’origine d’une modification de la législation sur le mariage.

L'union d'un homme et d'une femme est différente de l'union de deux hommes ou de deux femmes, sauf à considérer que l'homme est identique à la femme.

 

On ne peut donc donner un même statut juridique à ces deux unions, sauf si l'on estime que dans l'union de deux êtres, ce qui est important c'est le chiffre deux.

 

De plus, si on considère que l'homme est identique à la femme, on pourra difficilement expliquer à nos enfants que le bien est différent du mal, que (a+b) est différent de (a+a).

 

Le mariage homosexuel est une imposture !


24 juin 2011 - Liberté Politique - Par Monseigneur Bernard Ginoux, Evèque de Montauban.

Gender : le billet de Mgr Bernard Ginoux

Gender : le billet de Mgr Bernard Ginoux

 

C'est par l'introduction de cours sur les théories du genre (gender), à l'Institut d'études politiques de Paris (Sciences Po) que l'on voit le développement de ces idées. Mais plus surprenant est leur introduction dans les programmes scolaires des classes de première en SVT (Sciences de la vie et de la terre). La réflexion qui suit s'efforce de situer les enjeux de ces théories.

Suite...


15 avril 2009 - Elle - Pierre Lévy-Soussa, psychanalyste 

Homoparentalité : une femme peut-elle remplacer un père ?

Homoparentalité : une femme peut-elle remplacer un père ?

 

De plus en plus d’enfants sont élevés par deux femmes homosexuelles. Quelle place tient alors la compagne de la mère ? Nous avons posé la question au psychanalyste Pierre Lévy-Soussan *. 

 

Dans un couple de femmes homosexuelles, quel va être le rôle de la compagne de la mère ? Celui d’un père ?    

Il faut d’abord savoir dans quelle situation se trouve l’enfant du point de vue de sa filiation : son père est-il absent de son existence ? S’il y a eu effacement du père, si la mère évite la question du père, autrement dit évite de parler de la rencontre avec l’autre sexe, l’enfant, lui, ne cessera de poser cette question, souvent au travers de conduites agressives... Il est indispensable que l’enfant ne soit pas dans la confusion par rapport à son origine : il faut qu’il sache qu’il n’est pas possible d’être issu d’une fusion de deux personnes du même sexe, il ne peut pas être né de deux mamans, au risque de ne plus savoir ce qu’est une mère ou un père. Ce type de problématique où l’autre est écarté (situation que l’on retrouve aussi dans les cas de célibat) risque de mettre l’enfant dans une situation psychique difficile avec, par exemple, des problèmes d’identification.

 

La compagne de la mère pourra-t-elle faire office de tiers séparateur ?  

 Pourquoi pas ! Dès l’instant où la question de la filiation n’est pas éludée, les enjeux éducatifs peuvent se partager entre la mère et sa compagne. L’amie de la mère peut être ce tiers qui sépare la mère de l’enfant. Sauf que ce n’est pas pareil d’avoir un tiers du même sexe que la mère ou un tiers de l’autre sexe. Ce n’est pas la même chose d’affronter la différence des sexes au sein de l’intimité de la famille ou dans le cadre de la société.

 

Qu’est-ce que cela change pour l’enfant ?    

Du point de vue psychique, l’enfant aura forcément à porter une problématique non résolue par la mère, à savoir l’évitement de la rencontre avec l’autre sexe quant à son origine filiative. D’un point de vue éducatif, on sait que les comportements sont sexués : celui d’une mère avec son enfant n’est pas celui d’un père. Une femme est plus dans l’apprentissage, un homme sera plus moteur, mettra plus son bébé en danger. Avez-vous déjà vu une mère lancer son bébé en l’air ? Cela dit, il est très difficile d’évaluer les conséquences pour l’enfant, parce que celui-ci a des facilités adaptatives exceptionnelles. Le fait qu’un enfant soit mis dans une situation particulière (divorce, recomposition familiale ou homoparentalité…) a forcément un coût psychique pour lui, cela l’oblige à mettre en place des mécanismes de compensation. Ce n’est pas pour rien que, en général, ces enfants-là sont plus matures que les autres.

 


18 décembre 2009 - Dalloz actu étudiants 

Focus sur Françoise Dekeuwer-Defossez

Focus sur Françoise Dekeuwer-Defossez

 

« Le couple […] dont la démarche en vue d’adoption s’inscrit dans la durée, présente une solidité certaine » (TA Besançon 10 novembre 2009, E. B.). Fait une inexacte application des dispositions légales le président du Conseil général qui a rejeté, par deux fois, la demande d’agrément d’adoption d’un enfant à Emmanuelle B., homosexuelle, qui partage sa vie depuis plus de vingt ans avec sa compagne. Ce jugement qui clôt une procédure de douze ans tire les leçons, sans la citer, de la condamnation prononcée le 22 janvier 2008 par la Cour européenne de droits de l’homme à l’encontre de la France dans la même affaire. Le 25 novembre, l’agrément a été accordé par la collectivité publique locale. Quel est l’avis de Françoise Dekeuwer-Defossez, doyen honoraire de la Faculté des sciences juridiques de l'Université Lille 2, professeure à la Faculté libre de droit, spécialiste du droit de la famille ?

 

Puisqu’en France, aucune disposition légale n’interdit l’adoption d’un enfant par un homosexuel, qu’est-ce qui justifie les refus d’agrément opposés aux homosexuels ?
De manière générale, les refus d'agrément sont fondés sur des raisons d'ordre psychologique, familial ou autre. Ils sont toujours très mal vécus, et font assez souvent l'objet de recours. Dans le cas des personnes homosexuelles, on vérifie qu'il existe dans l'entourage de l'adoptant une personne pouvant donner à l'enfant une référence à l'autre sexe, pour garantir son bon développement psychique. Si le candidat vit en couple, (hétéro ou homosexuel) on recherche aussi quelles seront les relations entre l'enfant et ce « tiers ». Il serait pour le moins malvenu et dangereux de confier un enfant à un « célibataire » dont le concubin serait hostile à la présence d'un enfant au foyer !

 

A-t-on déjà des éléments empiriques, des statistiques fiables sur les enfants éduqués par des couples homosexuels ?
Les études scientifiques sont peu nombreuses, et contestées, reposant parfois sur les dires des parents… Globalement, il ne semble pas que des pathologies particulières aient été décelées. Mais il est encore trop tôt pour avoir un recul suffisant, la plupart de ces enfants n'étant pas encore arrivés à l'âge adulte et n'ayant pas formé eux-mêmes de couple.
Il faudrait d'ailleurs distinguer les enfants nés dans un couple classique, et ensuite élevés par un ménage homosexuel après recomposition familiale, et les enfants nés d'assistance médicale à la procréation ou adoptés ayant toujours vécu en famille homoparentale. Le vécu et les problèmes psychologiques sont probablement très différents.

 

Existe-il une liste d’indices permettant de déterminer l’intérêt de l’enfant en vue de son adoption ? Ce standard n’est-il pas un alibi avancé pour protéger ou pérenniser un ordre moral ou un modèle social dominant ?
Quel que soit le contexte dans lequel il est utilisé, l'intérêt de l'enfant n'est jamais autre chose que ce que les adultes pensent qu'il est. Chacun le voit à sa manière. Il est extrêmement rare que des parents, quels qu'ils soient, reconnaissent que ce qu'ils souhaitent faire est contraire à l'intérêt de leur enfant. Quant à la société et à ses représentants, elle ne peut raisonner qu'en fonction de « standards » qui changent en fonction de paramètres nombreux. Il faut se souvenir qu'en 1983, la garde alternée après divorce était encore interdite parce que jugée contraire aux besoins de l'enfant… Il semble, dès lors, bien difficile de décider de manière générale s'il est conforme ou contraire à l'intérêt de l'enfant d'être élevé par un couple homosexuel. En tout cas, il n'y a certainement pas de réponse générale à cette question.

 

Quel est, selon vous, le critère d'adoption déterminant : l'altérité sexuelle ou la solidité affective ?
On ne voit pas pourquoi l'altérité sexuelle ne se combinerait pas avec la solidité affective !
Il ne s'agit pas de donner un enfant à une famille, mais une famille à un enfant. Pour chaque enfant abandonné, par hypothèse privé de ses parents par le sang et donc meurtri par la vie, il faut trouver la meilleure famille de remplacement possible. Les besoins de chaque enfant sont différents, selon son origine, son âge, son tempérament… Quoi que l'on puisse penser, l'amour n'est pas suffisant, ce qui explique nombre d'échecs d'adoption, et justifie la procédure d'agrément.

 

L’adoption par une personne célibataire, autorisée par le Code civil, ne neutralise-t-il pas l’argument de ceux qui, pour refuser l’admission par un couple homosexuel, affirment que l’intérêt de l’enfant suppose nécessairement qu’il ait un père et une mère ?
'adoption par un célibataire a été permise en 1966 pour permettre l'adoption d'enfants « à particularités » dont les familles « normales » ne voulaient pas à l'époque. Il s'agissait de « caser » le plus d'enfants possibles, dans un contexte où les enfants adoptables étaient plus nombreux que les couples d'adoptants. À l'heure actuelle, le nombre d'enfants adoptables étant bien inférieur à celui des demandeurs, les services sociaux préfèrent confier les enfants dont ils ont la charge à des couples, qui leur semblent présenter de meilleures garanties affectives et éducatives que des célibataires.

 

Les décisions de la CEDH, de la HALDE et du tribunal administratif liées à l’espèce pourraient-elles avoir une incidence sur la législation relative à l’adoption par un couple homosexuel ?
La législation française n'est pas discriminatoire puisque l'orientation sexuelle des adoptants n'est (heureusement !) pas un critère législatif de l'adoption. Seule, parfois, est discriminatoire la délivrance de l'agrément administratif. On ne voit pas, dès lors, pourquoi la loi devrait changer. Par contre, il est évident que la politique des agréments en vue de l'adoption va être modifiée.

 

Dans quelles circonstances peut-on dire qu’une distinction de traitement s’agissant de droits est discriminatoire ?
Il y a discrimination lorsque l'on traite de manière inégalitaire des situations semblables. Qualifier une distinction de discrimination, c'est donc décider implicitement que les situations sous-jacentes sont comparables. Peut-on estimer actuellement que les concubins, hétéros ou homosexuels présentent les mêmes garanties de sécurité juridique et d'équilibre affectif pour un enfant adoptif que des époux ? C'est la question à laquelle il faut préalablement répondre, et à laquelle chacun répond en son âme et conscience. Pour le moment, le législateur estime encore que le mariage traditionnel constitue le meilleur fondement possible pour une famille. Il n'y a donc nulle discrimination à lui réserver la faculté d'adopter.

 


21 juin 2007 - Le Monde - Sylviane Agacinski, philosophe, professeur agrégée à l'Ecole des hautes études en sciences sociales. 

L'homoparentalité en question, par Sylviane Agacinski

L'homoparentalité en question, par Sylviane Agacinski

 

Le terme d'"homoparentalité" ne désigne pas le fait, pour une personne homosexuelle, d'avoir des enfants. Les homosexuels ont toujours eu des enfants, avec une personne d'un autre sexe, sans avoir besoin de se définir comme "homoparents"

 

Extrait  

[...]

"C'est, à l'évidence, le couple complémentaire et dissymétrique mâle-femelle qui donne son modèle à la distinction des côtés paternel et maternel de la filiation. Qu'il y ait ici deux côtés ne signifie pas, bien entendu, que les parents civils soient toujours les mêmes personnes que les géniteurs ou parents naturels. On sait bien que la parenté civile ne coïncide pas nécessairement avec la génération biologique, comme on dit. Mais cela n'empêche pas que, en général, on ait cherché à faire coïncider l'une et l'autre : la fidélité des épouses a toujours été exigée pour que les pères soient, autant que possible, les géniteurs.

[...]

Ajoutons que, inévitablement, la reconnaissance du mariage entre deux personnes du même sexe leur ouvrirait un droit à l'adoption conjointe, voire à la procréation assistée. Dans ce cas, la société serait conduite à autoriser, voire à prendre en charge, les procréations médicalement assistées (PMA) pour des couples de femmes (insémination avec donneur), mais aussi pour des couples d'hommes, et alors la légalisation des "mères porteuses" tenterait de s'imposer au nom précisément de l'égalité des couples.

[...]"


06 juin 2005 - L'Express - Interview de Judith Butler

''Nous ne sommes pas sexuellement déterminés''

''Nous ne sommes pas sexuellement déterminés''

 

S'il est vrai que l'université de Californie à Berkeley, berceau de la contre-culture, est toujours le laboratoire de nos comportements futurs, alors le temps du flou est arrivé: les années à venir seront queer (traduction libre: sexuellement flottantes). D'ailleurs, sur le campus, les individus au sexe non identifié ne font pas jaser. Judith Butler est passée par là. Il y a quinze ans, la philosophe bouleversait les sciences sociales en déclarant que les «genres», comme on dit aux Etats-Unis, ne seraient pas déterminés: on ne naît pas femme (ni homme), et on ne le devient pas non plus tout à fait. Dans son bureau de la Doe Library, cette intellectuelle brillante, qui n'a rien d'une fanatique, revient sur son livre clef tout juste traduit en français (Trouble dans le genre, la Découverte. Lire aussi Humain, inhumain, éd. Amsterdam) et plaide pour une nouvelle tolérance.

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