Argument n°8 : les religieux de tous bords n'ont pas à intervenir dans le débat car il s'agit du mariage civil

Explication

L'évolution du mariage proposée concerne exclusivement le mariage civil. Les différentes religions n'ont donc aucune légitimité ni droit au débat puisque seul les concerne le mariage religieux.

Ils justifient cet argument

SOS homophobie

Les Eglises n’ont-elles pas leur mot à dire ? Tout le monde peut contribuer au débat, puisqu’en France, l’expression est libre. Mais nous sommes dans un pays laïque. Les Eglises et l’Etat sont séparés depuis la loi de 1905, et les responsables des différentes confessions ne peuvent pas interférer avec le processus législatif.

 

Bertinotti : "Cette loi ne fait que s’adapter à l’évolution de la société"

Les auditions ont été critiquées par les représentants des différents cultes. Selon la conférence des Evêques de France, le débat a été "escamoté". L’Eglise est-elle à sa place?
On ne peut pas reprocher à des personnes qui ont des convictions de vouloir les porter mais ce dont il est question, c’est du mariage civil. La spécificité de la France, c’est la loi de 1905. La laïcité permet de dépasser ses convictions religieuses, philosophiques, et d’accepter de vivre dans la même société avec les mêmes valeurs républicaines: Liberté, Egalité, Fraternité.

 

Un débat qui ne concerne pas la religion, par Yeshaya Dalsace, Rabbin de la Communauté Dor Vador à Paris

Mais je m’étonne surtout de l’immixtion de la voix religieuse dans un débat civil. La République française a inventé le mariage civil totalement détaché de sa dimension religieuse, il y a ajouté le divorce contre l’approbation de l’Eglise. Les citoyens qui le désirent peuvent compléter la dimension civile par un mariage religieux de leur choix, à la condition de répondre aux critères émis par cette religion. Du point de vue de l’Etat, cette cérémonie religieuse est une affaire privée. Il va de soi que les conceptions religieuses de la famille, de la sexualité, de la procréation, de l’éducation ne concernent que ceux qui s’engagent dans un mariage religieux et s’y reconnaissent. Le mariage civil républicain a lui-même évolué au cours de ses deux siècles d’histoire. C’est dans ce contexte que le débat sur le mariage homosexuel doit avoir lieu. L’Etat doit traiter de cette question en tenant compte de la réalité de la société et dans l’intérêt de la protection de ses citoyens, homosexuels compris, des conjoints et des enfants et non pour défendre une conception religieuse de la famille. Il en est de même pour la question du divorce. Libre aux religions de suivre ou non.


La véritable question n’est donc pas celle des tabous religieux qui ne sont pas concernés par ce débat civil, mais celle du bien-fondé d’une décision qui touche la parentalité et le droit de la famille. Ouvrir le mariage aux homosexuels, c’est leur offrir une meilleure reconnaissance d’un état de fait de couples existants et parfois pacsés, offrir une meilleure protection juridique au conjoint, ouvrir la voie à l’adoption, tenir compte d’une homoparentalité existant déjà. Est-ce une bonne chose ? Des études sérieuses sur les précédents dans d’autres pays et sur l’homoparentalité peuvent y répondre, mais cela relève de la sociologie et de la psychologie et non de la religion. Tout au plus ma tradition religieuse peut influencer mon opinion de citoyen. Si cette réforme est votée, les religions seront libres de donner ou non leur bénédiction à de telles unions, mais dans une république laïque, ce débat ne les regarde pas spécifiquement. Sinon, à quoi bon les cérémonies religieuses en plus du mariage civil ?

Contre analyse

Les religieux sont porteurs d'idées, certes religieuses, mais qui ont une inscription dans la vie sociale. A ce titre, ils peuvent proposer leur vision. De la même manière, les membres d'une communauté religieuse, en tant que citoyens, peuvent avoir droit au chapitre s'ils se sentent concernés. La laîcité n'est pas la suppression de toutes les religions mais bien leur saine intégration dans la société. Il est au contraire positif que chacun puisse s'exprimer en respectant les règles (droit de manifester par exemple après acception de la Préfecture).

Ils réfutent l'argument

Les sept chantages inacceptables des partisans du "mariage" unisexe

Laïcité : la fausse et la vraie

Chantage à la laïcité, bien sûr. Dès lors que les autorités religieuses, unanimes,  se sont prononcées contre le projet du gouvernement, un État  authentiquement laïque ne saurait, dit-on, obtempérer à ces admonestations épiscopales, rabbiniques ou autres... Mais pourquoi donc ? Les titulaires de ces autorités ont au minimum  le droit de se prononcer comme citoyens. Que leurs appels ne soient pas passés inaperçus relève des médias et d’eux seuls. Et  si le pape dit que deux et deux font quatre, faut-il, pour être un vrai laïque, soutenir qu’ils font cinq ? En principe les religions, au moins la juive et la chrétienne, n’ont pas d’autre loi que la loi naturelle, reprise dans la loi de Moïse, sans qu’y ait été ajouté rien qui ne soit acceptable par tout homme de bonne volonté.

 

La vraie morale laïque est-elle autre chose que  la loi naturelle ? Celle que Jules Ferry définit comme « cette bonne et antique morale que nous avons reçue de nos pères et mères et que nous nous honorons tous de suivre dans les relations de la vie, sans nous mettre en peine d’en discuter les bases philosophiques. ».  Et l’illustre républicain d’ajouter :  « Au moment de proposer aux élèves un précepte, une maxime quelconque, demandez-vous s’il se trouve à votre connaissance un seul honnête homme qui puisse être froissé de ce que vous allez dire. Demandez-vous si un père de famille, je dis un seul, présent à votre classe et vous écoutant pourrait de bonne foi refuser son assentiment à ce qu’il vous entendrait dire. Si oui, abstenez-vous de le dire ».


Il est clair que le projet de mariage unisexe se trouve aux antipodes de la laïcité ainsi conçue ! Aujourd’hui l’idéologie a largement remplacé les religions, elles sont la nouvelle foi. Le projet de mariage unisexe  est idéologique. La vraie laïcité serait de rétablir les droits de la raison, et ce, non plus contre les Eglises, mais contre les idéologies de plus en plus délirantes qui exercent aujourd’hui leurs ravages. 

 

Pour en finir avec la laïcité, par maître Eolas

Revenons-en à l’Église catholique.
Celle-ci a pris à plusieurs reprises des positions conservatrices sur des questions relatives à la famille. Elle ne cache pas son opposition au mariage homosexuel et à l’adoption par des parents de même sexe. À l’occasion de la fête de Marie (qui est aussi la fête des familles), une proposition de prière bien anodine à mis le feu aux poudres des anticléricaux, qui ont visiblement cru que les catholiques appelaient à ce que la foudre divine frappât les homosexuels et les partisans du mariage et de l’adoption homosexuels. Abstraction faite de l’habituelle vulgate anticalotine qui ne présente aucun intérêt, pas même celui de la nouveauté, un argument récurent était que la séparation de l’Église et de l’État (notez le singulier) interdisait à l’Église de se mêler de questions politiques comme le vote prochain d’une loi sur le sujet.

 

Errare humanum est, perseverare diabolicum. Cette affirmation est on ne peut plus fausse. Alors je m’adresse à vous, pauvres brebis égarées. Relisez la loi de 1905. Elle n’interdit nullement à quelque culte que ce soit de se mêler de politique. La liberté d’expression s’y oppose même frontalement. Tout culte peut, par la voix de ses représentants, prendre publiquement position sur tel ou tel projet de loi, et même appeler ses fidèles à exercer leur vote de façon à permettre le succès ou au contraire faire échec au vote d’une loi. La République vit de la confrontation pacifique des idées, et cette confrontation n’a de sens que si celles contraires aux nôtres peuvent s’exprimer. Il est tentant de disqualifier l’adversaire par un argument dit ad hominem : “peu importe ce que vous dites, je vous dénie le droit de le dire en raison de ce que vous êtes”. Ça tient en un tweet et ça ne donne pas d’ampoule au cerveau. Mais si vous le relisez, vous verrez l’incompatibilité avec la démocratie. 

Et vous ?

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