Argument n°7 : cette réforme est légitime, nécessaire et progressiste

Explication

En 2012, compte tenu de l'évolution des sociétés, du mariage homosexuel accordé par de nombreux autres pays de plusieurs continents et des discriminations historiques contre les homosexuels, il devient nécessaire d'accepter cette évolution du mariage qui va dans le sens de l'histoire et est un signe de modernité.

Ils justifient cet argument

Edito du Monde du 17 novembre 2012

Alors que les opposants au projet se mobilisent, ce week-end, dans toute la France, le moment est donc venu de le redire : cette réforme - toute cette réforme et, à ce stade, rien que cette réforme - est légitime, nécessaire et progressiste. Elle obéit, d'abord, à une logique historique. Depuis une trentaine d'années, les homosexuels sont passés de l'ostracisme (au mieux une maladie, au pire un crime) à la tolérance, puis à la reconnaissance, presque à l'indifférence. Dans tous les pays occidentaux, l'évolution des moeurs et des mentalités a été spectaculaire.


Ajoutons que la famille ne se conforme plus à un modèle unique ni même dominant. Moins de la moitié des couples français sont "légaux", mariés ou pacsés. Le mariage lui-même n'obéit plus guère aux motifs traditionnels du lignage ou de la religion, mais bien davantage aux exigences et aux choix de la vie affective, similaires entre personnes du même sexe ou de sexes différents.

 

Préface de "l'homoparentalité" par Luc Ferry

Ma deuxième remarque irritera sans doute ceux qui sont hostiles au mariage homosexuel, mais je crois néanmoins qu’il faut l’avoir présente à l’esprit pour cerner toutes les dimensions du problème.

 

Quoi qu’on en pense, son autorisation est pour ainsi dire inscrite dans le « sens de l’histoire » et ce pour une raison de fond : depuis « l’invention » du« mariage d’amour » au XVIIIe siècle puis son extension à l’ensemble des couples au fil du XIXe et du XXe, les motifs traditionnels du mariage – le lignage et la religion – se sont progressivement estompés au profit d’un troisième qui les a définitivement supplantés : le sentiment ou, pour parler comme Gœthe, l’affinité élective. Le biologique et le sacré ont fait place aux exigences de la vie affective – ce qui supposait, au passage, que l’on inventât aussi le divorce : dès lors que le couple est fondé sur l’affectivité, sur l’amour, et non plus sur le projet d’avoir une descendance, une famille organisée et unifiée sous le regard de Dieu, alors il va de soi qu’en cas de fluctuation (et quoi de plus fluctuant que le sentiment ?), le lien fondateur s’évanouit et les parties en présence reprennent leurs droits.

 

Du reste, nous voyons bien que nos voisins européens se posent la même question que nous et que nombre d’entre eux ont déjà autorisé le mariage homosexuel comme nous ne manquerons pas de le faire le jour où la gauche – qui a inscrit désormais clairement ce projet à son agenda – accédera au pouvoir, ce qui arrivera nécessairement un jour ou l’autre dans une démocratie naturellement vouée à l’alternance.

 

Il est donc plus que probable– encore une fois que cela plaise ou non : ce n’est pas un jugement de valeu rmais une prédiction raisonnable dont il faut tenir compte dans nos débats –que le mariage homosexuel sera prochainement autorisé en France commeil l’a été tout récemment encore en Espagne et pour les mêmes raisons. Il suffit par ailleurs de considérer quelques dates pour voir combien nos mentalités ont changé en peu de temps et mieux apprécier ainsi les raisons pour lesquelles ce mouvement est quasiment inéluctable.

 

En 1982 : dépénalisation de l’homosexualité, ce qui signifie qu’elle était encore illégale jusque-là. 1990 : l’OMS supprime l’homosexualité de la liste des maladies mentales. 1999 : le PACS. 2000 : la lutte contre l’homophobie s’organise légalement. Juin 2001, une femme est autorisée à adopter l’enfant de sa compagne. Mars 2003 : les peines infligées pour les crimes homophobes sont alignées sur celles prévues pour les crimes racistes.

 

À regarder seulement ces quelques données, on comprend que la condition homosexuelle a changé bien davantage en 25 ans qu’en plusieurs siècles. Comme pour le droit de vote des femmes ou le droit à l’avortement, ce qui nous paraissait insensé ou criminel il y a quelques décennies encore s’impose aujourd’hui à nous comme une évidence. Je sais bien que la notion de combat d’arrière-garde n’est pas un argument et ce n’est pas en ce sens que je la mobilise ici. Je le fais seulement pour indiquer qu’il y a là une logique historique qu’on ne peut pas non plus balayer d’un revers de main.

Contre analyse

Qui définit la légitimité et la modernité ?

Ce qui est moderne n'est pas nécessairement le signe d'une avancée positive pour le monde.

La finance d'aujourd'hui axée sur le principe de cupidité maximale est bien moderne mais conduit-elle le monde dans une direction favorable aux peuples ? 

Si 10 pays ont accepté le mariage homosexuel, 216 pays n'ont pas encore fait le pas. Doit-on légaliser le cannabis sous le prétexte que certains pays l'ont fait ?

 

Il faut noter enfin que nombre de partisans actuels du mariage pour tous utilisaient, dans les années 70, la même réthorique pour défendre la pédophilie en évoquant un inéluctable chemin vers la modernité, le progrès, le lucre, et la jouissance sans entrave, seulement ralenti par les "obscurantistes, les réacs et les fachos".

Ils réfutent l'argument

Les sept chantages inacceptables des partisans du "mariage" unisexe

La fausse modernité

Le plus trivial  est le chantage à la modernité : « il faut être de son temps », dit-on. « Il s’agit d’une évolution irréversible ». En termes plus élaborés, on dira que ce projet va dans le sens de l’Histoire. Le sens de l’Histoire est, depuis Hegel, la source racine des pires errements ; si la morale n’est plus un absolu, mais relative à une époque, si elle est tributaire de l’ « évolution de la société », au nom de quoi empêchera-t-on toutes les dérives ? D’ailleurs, cet argument est en lui-même terroriste puisqu’il forclos d’emblée tout débat de fond, notamment sur les droits des enfants.  Et puis, de quel sens de l’Histoire parle-t-on ? Quand Charles de Gaulle parlait de la Russie, il était traité de retardataire par ceux qui considéraient l’Union soviétique comme irréversible. On a vu ce qu’il en a été. On disait dans la Basse Antiquité que deux augures ne pouvaient pas se regarder sans rire. Maintenant que Leningrad s’appelle à nouveau Saint-Pétersbourg, qui peut invoquer encore sans rire le sens de l’Histoire ?

 

Gilles Bernheim, Grand Rabbin de France, dans "Ce que l’on oublie souvent de dire"

L’autorisation du mariage homosexuel n’est un marqueur ni du progrès, ni de l’avancée d’une nation.On entend souvent que la France serait en retard par rapport à d’autres pays qui ont autorisé le mariage homosexuel ou l’adoption dans le cadre d’une union civile.

 

Cette notion de retard mérite d’être interrogée. Suffirait-il d’autoriser le plus grand nombre de choses interdites dans d’autres pays pour être au premier rang des nations ?

 

Comme marqueur du progrès et de l’avancée d’une nation, je préfère me référer, au-delà des traditionnelles données sur le social, l’économie, l’éducation ou la recherche, au bien-être de la population et à sa confiance dans l’avenir. Quand on se soucie de justice sociale, n’y a-t-il pas tant d’autres classements internationaux à faire, au risque de constater que l’on a à la fois du retard et de fortes marges de progression ?

 

On peut certes se faire plaisir avec un classement sur le mariage homosexuel, mais encore, faudrait-il démontrer qu’il est de l’intérêt général de la nation de faire la course en tête ? On peut, enfin, invoquer un classement sur les droits accordés aux minorités, mais là encore, ne serait-il pas prioritairede se concentrer sur l’intégration de certaines minorités dans la République et surtout de réduire fortement le nombre d’agressions racistes, antisémites et homophobes ?

 

Quand Libé, Le Monde et la gôche morale défendaient la pédophilie

A la fin des années 70, les mêmes bien-pensants progressistes qui défendent actuellement la loi pour l’homoparentalité, le mariage homo et la PMA (procréation médicale assistée), avaient défendu, au nom de la liberté, de l’égalité et contre les vilains réactionnaires, la pédophilie. 24heuresactu a retrouvé les signataires et leurs revendications. Quand l’histoire se répète.

Libération, le Nouvel Obs, Le Monde, le PS : tels sont les actuels défenseurs des lois prométhèennes sur la négation de l’altérité via l’homoparentalité. En 1977, c’était déjà les mêmes qui signaient des pétitions pour soutenir la pédophilie, au nom de la liberté et du progrès. On change pas une équipe qui gagne !

Les leçons de morale sont toujours les mêmes : seuls les obscurantistes, les réacs, les fachos peuvent vouloir ralentir l’inéluctable chemin vers la modernité, le progrès, le lucre, et la jouissance sans entrave.

Et vous ?

Et vous, qu'en pensez-vous ?

Adhérez-vous à l'argument ? Le trouvez-vous juste d'un point de vue logique ? Quel degré de véracité lui donnez-vous ?

Quel pourcentage d'adhésion de votre part : 0% ? 30%? 50%? 70% ? 100% ?

 

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