Argument contre n°3 : cette évolution du mariage est contre nature

Explication

Les homosexuels peuvent bien entendu s'aimer, mais naturellement, ils ne peuvent pas avoir d'enfants. Le mariage, qui va en partie consister à construire une famille, va nécessairement produire une forme "d'ingénierie familiale", c'est à dire un véritable casse tête juridique pour traiter toutes les situations artificielles induites.

 

Il est à préciser que la situation des couples homosexuels différe de celle des couples hétérosexuels stériles qui ne peuvent avoir d'enfants pour des raisons médicales : dans le second cas, il s'agit d'une anormalité médicale qu'il faut compenser par l'adoption notamment, dans le premier, il s'agit de la normalité naturelle qu'il ne faut pas contrarier.

Ils justifient cet argument

Christine Boutin et Schopenhauer main dans la main contre le mariage gay

Pour le philosophe allemand Arthur Schopenhauer, l'homosexualité est contre nature, car la nature est normative. Un raisonnement à l'image de celui de l'Eglise catholique actuellement engagée dans un combat contre le mariage et l'adoption pour tous. 

 

Verbatims

Le mariage homosexuel est « une aberration anthropologique » (Christian Vanneste, ex-député UMP, aujourd’hui RPF, juin 2011) ;

 

« Bientôt, on va nous dire que l’homosexualité est naturelle… Comme si la nature choisissait d’autodétruire une espèce »
 (Noël Faucher, maire de Noirmoutier, mai 2012) ;

 

L’union homosexuelle « remet en cause l’ordre naturel des choses dans une volonté prométhéenne de reconstruire l’humanité » (Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, 15 septembre 2012) ;

 

« Si on accepte le mariage homosexuel, on sera amené à accepter la polygamie » (Christine Boutin, présidente du parti démocrate-chrétien, 4 octobre 2012) ;

 

Le mariage gay nie la « réalité biologique » (Marine Le Pen, 8 novembre 2012) ;

 

« Il n’y a pas d’humanité sans différence des sexes… Il n’y a pas de reproduction hermaphrodite parmi les hommes » (Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris, 20 novembre 2012).

 

Chantal Delsol, « Le nihilisme »

Lorsque de nouvelles lois dites « de société » sont en passe d’être votées, ceux d’entre nous qui les récusent ont tendance à invoquer la « nature ». Une loi qui remet en cause des comportements millénaires apparaît immédiatement comme une gifle assénée à la nature des choses. C’est ainsi qu’il y a déjà longtemps, la légalisation du divorce était donnée par certains comme une perversion de l’essence même des choses. Des textes qui nous étonnent aujourd’hui, datant du début du XX° siècle, décrivent l’incapacité génétique des femmes à penser pour ridiculiser ceux qui leur ouvrent nouvellement la porte des études supérieures… La nature a bon dos !

 

Et c’est pourquoi il faut aujourd’hui nous pencher sur cet argument : nous l’avons tellement utilisé à tort qu’il va nous être difficile de l’utiliser aujourd’hui à raison. Or c’est précisément aujourd’hui que nous en avons un réel besoin !

 

Comment savoir si une loi contredit la « nature » ? En examinant l’histoire et la géographie, la vie des sociétés avant nous et autour de nous. Ne nous précipitons pas pour nous saisir de cet argument, si précieux et si rare. Regardons.

 

La différence profonde de signification entre les deux réformes « de société » qu’on nous propose aujourd’hui, est significative. L’euthanasie rappelle des comportements permanents de l’histoire humaine, et l’on peut dire avec certitude que dans toutes les sociétés du monde excepté les sociétés chrétiennes, on se débarrasse des bébés surnuméraires et des vieillards importuns. La loi sur l’euthanasie qu’on nous avance n’indique donc pas une rupture anthropologique, mais une rupture de l’anthropologie culturelle : non pas une injure à l’Homme tout court, mais une injure à ce que notre culture dit de l’Homme.

Tandis que le mariage gay est tout autre chose : un comportement que nous ne rencontrons jamais, à aucun moment, dans l’histoire du monde… sinon peut-être dans les écrits des quelques vrais nihilistes qui la parsèment. Autrement dit, jamais dans la vie, et seulement chez les pervers de la vie. Qui sont ces derniers ? Une généalogie qui va de Diogène le cynique (il réclamait que l’on couche avec sa mère et que l’on mange son père, entre autres joyeusetés) à Sade (je n’ai pas besoin de faire un dessin) ou Shelley, puis à Michel Foucault (grand défenseur de la dépravation, nonobstant l’intérêt philosophique de ses écrits, mais c’est aussi le cas de Diogène). Je veux dire que le mariage dit « pour tous » ressort à un nihilisme anthropologique réel, et non pas à une rupture de l’anthropologie culturelle. Avec cette loi, nous touchons pour ainsi dire le cœur, le secret de l’être, et nous le détournons de lui-même. La volontaire – et agressive – identification des genres est un retour au chaos originel, et à ce titre, non pas un détricotage de l’ordre des hommes, mais une tentative pour découdre l’ordre des dieux (entendons par là l’ordre originel, celui qui nous fait et que nous ne faisons pas).

Chantal Delsol, née en 1947 à Paris, philosophe, historienne des idées politiques, romancière, éditorialiste, est professeur de philosophie politique à l’université de Paris-Est, et membre de l’Institut (Académie des Sciences morales et politiques).

 

Jean-Marie Coûteaux sur "ce soir ou jamais"

"On peut s'aimer sans mariage mais la question, c'est l'enfant, déclare l'écrivain Paul-Marie Coûteaux. C'est l'amour, l'épanouissement. Freud a confirmé ce que la nature a dit. C'est qu'il faut un homme et une femme pour faire des enfants. C'est la nature. Le refus de la loi naturelle est une violence à l'idée de nature et on le paiera très cher".

 

L'ingénierie familiale

Alors, l’ingénierie appliquée à la filiation, cela donne quoi ? Bref rappel des options possibles. Pour prévoirles conséquences de l’ouverture du mariage aux couples homosexuels, l’État a plusieurs solutions : unmariage, sans la présomption de paternité de plein droit de l’article 312 du Code civil pour les couples demême sexe (avec ce problème de taille qu’il créerait un hybride de mariage et une nouvelle source dediscrimination). Ou alors, la suppression pure et simple de la présomption de paternité pour tous les couples,hétérorosexuels comme homosexuels (et donc égalité devant la course à la mairie pour reconnaître l’enfant).Ou bien encore, la suppression de la présomption de paternité et son remplacement par une présomption deparenté (disparition de l’altérité dans les formulaires administratifs, à l’état civil, et remplacement par lesnotions de parent 1, parent 2, avec le problème bien particulier des cumuls possibles de liens de filiation).Autre hypothèse, décorreler l’autorité parentale de la filiation, et accorderl’autorité parentale (avec les droits sociaux et successoraux subséquents) auconjoint du parent homosexuel de l’enfant. Enfin, pourquoi pas, uneprésomption d’adoption simple de l’enfant du conjoint (et donc, de jure,l’exclusion de l’un des parents biologiques de l’enfant pour faire place au conjoint de l’autre parent qui vit auquotidien avec l’enfant). Voilà pour la théorie juridique. Mais en pratique ?

 

Prenons des exemples. Partons de l’hypothèse simple d’un couple qui se sépare. Les ex-époux se remarientchacun de leur côté. L’enfant aura alors légalement, dans la plupart des options énoncées, de plein droit,quatre parents. Et si un seul de deux parents se remarie, l’autre parent vivant en union libre, l’enfant n’auraplus que trois parents. Mais pourquoi le/la concubin(e) du père qui s’investit aussi dans l’éducation del’enfant serait-il moins légitime que l’époux (se) de la mère à être reconnu(e) comme « parent » ? Il/elle auraitalors intérêt à se marier, ne serait-ce que pour pouvoir faire de l’enfant de son conjoint un successible en lignedirecte. Autre hypothèse, un couple d’hommes a recours à une mère porteuse française et célibataire.Admettons que l’un des hommes donne ses gamètes. La femme qui accouche, présumée en l’état actuel dudroit être la mère, laisse ensuite l’enfant à son père biologique, qui le reconnaît. Ce père se marie un peu plustard. Par l’effet du mariage, son époux deviendra alors le père de l’enfant. L’enfant aura donc ici trois parents.

Contre analyse

De nombreuses personnes s'imaginent que la société doit se calquer sur un ordre divin ou d'un ordre naturel. Mais la nature "il n'y rien de pire, c'est Darwin, la sélection naturelle, les plus faibles éliminés par les plus forts" (Luc Ferry).


On a construit depuis la Révolution un "humanisme démocratique", un ordre qui n'est pas naturel mais artificiel, précisément pour corriger les méfaits de la nature. Il faut construire une société dans laquelle les Hommes cessent d'être des animaux. La nature autorise par exemple l'infanticide, ce qu'interdit la loi des humains.

 

Enfin, si l'on s'en réfère à la nature : il n'y a pas de mariage chez les animaux, les amours homosexuels existent chez les animaux, on a vu des petits adoptés par des animaux de même sexe, etc.

Ils réfutent l'argument

Jean-Marie Bonnemayre

La famille n’est pas quelque chose de naturel, c’est quelque chose de construit. Nous sommes dans le champ de la culture et de l’acquis. Les anthropologues l’affirment, il y a eu des milliers d’organisations de familles depuis que l’homme s’est regroupé en société. Nous sommes dans une phase où nous pouvons séparer la sexualité de la procréation. Les femmes ont conquis la liberté de faire ou non des enfants, elles ne sont plus attachées à un homme et dans l’obligation de faire des enfants sans qu’on leur demande leur avis. Notre société permet une plus grande autonomie aux individus. On a désormais le choix de ses affinités. Cela ouvre le champ des possibles.

 

Réponse à Roland Hureaux : les sept chantages des adversaires du mariage homosexuel

La dénonciation de l'égalitarisme et de la bienpensance : le chantage à l'idéologie

Le mariage homosexuel étant "contre-nature", sa promotion est une démarche insensée - "hybris" (démesure) auraient dit les Grecs, orgueil de la créature, considéreront les croyants. Comment expliquer une telle folie, un artifice aussi délirant ? Qu'est-ce qui peut rendre à ce point aveugle à la nature humaine authentique ? Pour être favorable au mariage pour tous, il faut nécessairement, selon ses adversaires, être en proie à un délire idéologique. L'origine de cette pathologie ? Elle est identifiée depuis deux siècles, c'est-à-dire depuis que la révolution des droits de l'homme est venu perturber "l'ordre naturel" (politique et familial) dont l'Eglise s'est voulue le garant. Il s'agit de cette funeste idéologie de la liberté et de l'égalité qui a conduit à instaurer la démocratie et la laïcité, à autoriser le mariage d'amour et le divorce, puis à ôter à l'homme son statut de chef naturel de la famille - l'égalité entre l'homme et la femme devant inéluctablement aboutir à la négation de la différence des sexes et au triomphe de la "théorie du genre".

 

C'est cette idéologie "droitdelhommiste" bienpensante, individualiste et égalitariste qui a subverti le droit naturel hérité d'Aristote et de Thomas d'Aquin ; c'est elle qui, depuis quelques décennies, met à mal la conception multiséculaire de la famille et du mariage. Fort heureusement, il existe quelques pôles de résistance hors de l'Occident décadent - dans le monde musulman par exemple, où l'on ne cède pas au chantage idéologique et où l'on sait encore que la complémentarité naturelle de l'homme et de la femme doit prévaloir sur l'égalité indifférenciée.

 

Opposants au mariage gay : non, "la nature" ne justifie pas votre homophobie

À ce jour et à ma connaissance, l'ouvrage le plus complet et le plus stimulant permettant d'écraser le lien "logique" entre nature et homophobie est celui de Bruce Bagemihl, Biological Exuberance : Animal Homosexuality and Natural Diversity [NDLA : l'exubérance biologique : de l'homosexualité animale et de la diversité naturelle], qui listait en 1999 les très multiples formes d'homo- et de bisexualité existant dans le règne animal. Dans une version plus académique et plus récente du même thème, celui-ci est aussi tout à fait recommandable.

 

La nature n’a rien contre le mariage homosexuel

Cessons de mentir aux enfants car, non, il n’y a rien dans la nature contre le mariage homosexuel. Depuis que s’impose l’idée du vote d’une loi parlementaire instaurant le mariage pour tous, voilà que se réveillent de vieux démons contre l’union homosexuelle. Les vieilles discriminations ont encore du mal à être refusées en dépit d’une évolution sensible des mœurs humaines. 
 
Après avoir vainement prétendus que l’homoparentalité se heurtait à une supposée vertu psychologique parentale, les manifestants contre l’homosexualité appellent la biologie à la rescousse, affirmant que « la parentalité serait biologiquement irréductible » et que « l’homosexualité serait contre-nature ».
 
C’est bien mal connaître les choses de la nature.
 
Car l’homosexualité est parfaitement répandue chez nombre d’espèces animales. Et même l’élevage d’une progéniture par deux parents du même sexe constitue une banalité naturelle. Comme beaucoup d’oiseaux, les cygnes, les oies des neiges de même sexe s’apparient régulièrement pour élever ensemble une nichée. Des centaines d’exemples ont été scientifiquement attestés depuis les insectes jusqu’aux mammifères. Et des espèces se reproduisent même sans mâles. Les lézards Aspidocelis uniparens, par exemple, s’adonnent à des amours entre femelles qui déclenchent ensuite la formation de descendants à travers une reproduction sans fécondation, appelée parthénogénétique. Plusieurs milliers d’espèces connaissent des amours homosexuelles et cajolent une progéniture issue de ces passions singulières.
 
Le mariage reste un contrat juridique dans lequel l’état établit une reconnaissance des pratiques amoureuses et reproductives, et oblige les deux contractants. Qu’on se souvienne que le mariage est resté longtemps discriminatoire, réduisant la femme à une mineure perpétuelle et les enfants à une possession juridique. C’est pourquoi les anarchistes, par exemple, ont toujours préféré l’union libre. Le mariage a encore ses limites. Par exemple, il est étonnant que, encore aujourd’hui en France, l’institution du mariage privilégie la confusion entre géniteurs et parents.
 
Biologiquement en tout cas, une certaine divergence persiste entre ces deux rôles. Chez de nombreuses espèces animales, il n’y a pas d’identité entre le géniteur et le parent. C’est à dire que non seulement les animaux pratiquent l’adoption des orphelins, mais l’élevage lui-même peut être réalisé par d’autres membres de la communauté, sans que la progéniture ne soit associée à un père particulier par exemple.
 
Alors, s’appuyer sur l’insuffisance de la formation naturaliste de nos contemporains pour refuser le « mariage pour tous » reste un navrant symptôme de l’ignorance de l’histoire naturelle, même au pays de Lamarck et de Buffon. Cela révèle combien l’éducation populaire à la science est encore imparfaite et combien la vulgarisation des connaissances universitaires s’avère insuffisante.
 
Il n’est toutefois pas nouveau que les réactionnaires tentent de tirer des énoncés normatifs à partir des descriptions de la biologie. Mais, en réalité, il n’existe dans la nature aucune autre norme que la diversité des conduites sexuelles. L’évolution biologique trouve précisément son origine dans cette variété. Il y eut un temps où des biologistes ont autorisés des propos racistes, eugénistes ou ségrégationnistes. Cependant, l’évolution des connaissances biologiques a toujours contredit ces hypothèses. Et aujourd’hui, il n’est plus possible de s’appuyer sur la science ou sur la faune pour étayer de tels propos discriminatoires. Ils sont de la seule responsabilité de ceux qui les profèrent et les universités ou l’Académie des Sciences devraient clairement les condamner.
 
En fait, au-delà du problème sociétal que pose cette question du mariage, la sexualité n’est évidemment pas réductible à la reproduction et nombre de comportements sexuels existent en dehors de la copulation hétérosexuelle proprement dite y compris chez les animaux. Les singes, les chauves-souris se masturbent, les lions se câlinent entre mâles, les macaques se caressent entre femelles. La nature ne dit rien contre la sexualité libre.
 
Car la biodiversité est amoureuse et les espèces se perpétuent justement à travers leur désir et divergent de ne plus s’aimer.

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