Argument contre n°11 : cette évolution du mariage amènera tôt ou tard la Gestation Pour Autrui, qui est largement identifiée comme une atteinte à la dignité des femmes

Explication

L’aide médicale à la procréation peut sembler changer les règles de la parenté. Mais qu’on le veuille ou non, tout enfant, même s’il est né grâce à une insémination artificielle ou une fécondation in vitro, n’a pas deux pères ou deux mères : il a un père et une mère biologiques. Certains hommes vivant avec un partenaire de même sexe souhaiteraient, pour adopter des enfants, recourir à la gestation pour autrui. Celle-ci est actuellement rejetée et par la majorité (position du Gouvernement pendant la révision de la loi de bioéthique) et par l’opposition (vote du Conseil National du PS en décembre 2010) comme gravement attentatoire à la dignité des femmes. La coïncidence des revendications appelle en retour une cohérence du discernement. 

Ils justifient cet argument

Institut Thomas More : mariage entre personnes de même sexe et adoption | 10 questions sur la famille 

Les récents échanges entre le gouvernement et la majorité et au sein du gouvernement lui-même le prouvent, le mariage entre personnes de même sexe ouvre la voie à des pratiques qui ont été refusées par le Parlement à l'issue d'un débat citoyen de plus de deux ans lors de la révision des lois de bioéthique : ouverture de l'assistance médicale à la procréation (AMP) aux couples de même sexe, pratique de la gestation pour autrui (GPA). Une importante question éthique avait alors été

soulevée : le fait que l'AMP doive être réservée aux cas d’infertilité médicale (stérilité vécue au sein du couple), et non à des couples qui ne peuvent pas procréer naturellement. Ouvrir l'AMP aux couples de

même sexe changerait profondément la nature même de la procréation médicalement assistée et sa finalité. La GPA quant à elle pose de multiples questions, en particulier la marchandisation du corps humain.

Contester le fruit de ce débat pour imposer de nouvelles normes, c'est tenir peu compte des préoccupations que les Français ont exprimées dans le cadre du débat bioéthique.

 

Le concept de « parenté » est délibérément choisi car il permet de s’affranchir de la dimension biologique de la maternité et de la paternité, donc de plaider pour un élargissement des techniques de l'AMP aux couples de même sexe. Ce glissement subtil permet de ne pas utiliser les termes de « père »

et de « mère », mais de « parents », entendu au sens social. Les promoteurs de ce concept de « parenté » veulent délibérément s’affranchir du lien biologique et de la complémentarité des sexes dans la construction identitaire de l’enfant.

 

Pourtant cette biologique présente malgré tout un enjeu déterminant pour les défenseurs de la GPA, de l’élargissement des techniques d'AMP aux couples de même sexe et de la levée de l’anonymat du don de gamètes. Car la vie continue de passer par « le biologique », quoi qu’on en dise : pas de conception sans rencontre entre un ovule et un spermatozoïde ! « Les besoins humains fondamentaux, après la survie individuelle, passent par assurer une descendance », lit-on même en conclusion d’un rapport de 2010 de Terra Nova, pourtant très impliqué dans la revendication pour l’accès au mariage des couples de même sexe. Donc pas de « parenté » ni de « descendance » sans procréation initiale… C’est l’une des principales contradictions inhérente à cette posture : nier le poids du biologique en faisant parallèlement de ce « biologique » l’enjeu essentiel des revendications.

 

Et personne ne s’étonnera que les partisans de l’évolution de la loi fassent de la famille une construction sociale (où la complémentarité des sexes est reléguée au second plan), mais souhaite que l’État lève l’anonymat du donneur de gamètes, car « pour constituer leur identité et pouvoir se figurer leur propre narratif, les enfants ont besoin d’accéder à l’identité de leurs géniteurs ». Car la réforme du mariage doit s’accompagner pour eux d’une refonte du droit de la filiation, visant à rapprocher la filiation par AMP de la filiation adoptive, ce qui reviendrait en réalité à redonner aux donneurs de gamètes leurs statuts de géniteurs et à les inscrire de facto dans une démarche de filiation.

 

En reconnaissant la part essentielle, dans la construction psychique de l’individu, de la connaissance de l’origine génétique, ces acteurs posent une question légitime : celle des conséquences psychologiques induites par les techniques d’insémination artificielle par donneur (IAD) sur les enfants issus de ces techniques, et remet en fait la place du biologique au

coeur du débat – ce dont précisément elle affirme vouloir s’affranchir. Mais cette revendication paraît totalement irréaliste. L’explosion des techniques d'AMP a contribué à faire de la procréation un marché très lucratif, et la part de l’offre doit pouvoir continuer à l’alimenter : c’est d’ailleurs grâce à « marché procréatif » que les promoteurs de l’adoption et de l'AMP pour les couples de même sexe peuvent

aujourd’hui revendiquer des droits en matière de « parentalité ».


Remettre la question de la filiation au coeur du débat sur le don de gamètes est une démarche courageuse et éthique, mais elle risque de signer la mort du don de gamètes lui-même, qui est aujourd’hui anonyme et gratuit et qui s’est toujours développé sur ce principe intangible. Permettre aux enfants nés de ces techniques de connaître leur identité génétique reviendrait à remettre en cause ces deux principes (dont on peut contester la légitimité). Ce sont ces dons anonymes et gratuits qui nourrissent

aujourd’hui l’essentiel des fantasmes de parentalité hors- corps, hors-sexualité, hors-conjugalité.


L’interpellation de Jean Léonetti prend alors tout son sens : « Jusqu’à quand allons-nous manipuler le biologique pour répondre à nos désirs ? Il est étrange de constater que nous

appliquons le principe de précaution à l’environnement et bien peu à l’humanité ». Souhaitons que les parlementaires aient la sagesse de méditer cette profonde remarque de l’un des leurs...

 

Contre analyse

La Gestation Pour Autrui va dans le sens du progrès comme le furent le divorce ou l'avortement.

 

En sociologie, en psychanalyse et en droit, voilà bien longtemps que les liens sociaux priment sur les liens biologiques. Parenté et filiation n'ont rien de naturel, ce sont des liens institués. Ce ne sont pas les liens génétiques mais la manifestation de la volonté d'être parent, l'engagement irrévocable, et la réalité d'une vie de famille qui font d'une personne un parent. Ce n'est pas le fait de porter un enfant qui fait d'une femme la mère de cet enfant, mais le fait de le vouloir, de s'engager à l'élever et de s'y préparer.


Il faut fixer un cadre au plus vite à la GPA car sinon, sans encadrement, la société peut dériver vers une instrumentalisation des femmes, une réification de leurs corps, une marchandisation de l'enfant. 

Ils réfutent l'argument

Gestation pour autrui : un cadre contre les dérives

La gestation pour autrui ne sera une authentique pratique altruiste que si elle est encadrée. Cela signifie qu'il faudra fixer des critères psychologiques, physiques et sociaux objectifs et non discriminatoires pour autoriser une femme à porter un enfant pour d'autres parents. Pour éviter toute forme de dérive, nous proposons de ne pas autoriser les femmes sans enfant à porter un enfant pour autrui, de limiter le nombre de gestations pour autrui par femme, et de fixer une limite d'âge. Nous ne proposons pas de permettre à une mère de porter un enfant pour un de ses descendants. Nous excluons toutes relations financières entre les parents et la femme qui porte leur enfant. C'est au juge d'établir l'état civil de l'enfant et de fixer les conditions de la grossesse, en respectant la liberté de la femme de prendre à tout moment toutes les décisions relatives à son corps. C'est à la société deprendre en charge le coût de la grossesse, comme dans le cas d'un congé maternité.

 

Au XXIe siècle, la fondation d'une famille est l'expression d'une volonté, c'est à dire de la conjonction d'une liberté individuelle et d'un projet partagé. La venue au monde d'un enfant résulte de cette liberté et de ce projet. Encadrer la gestation pour autrui, c'est reconnaître que cette liberté et ce projet ne s'arrêtent pas aux frontières biologiques. Des parents, des géniteurs, une gestatrice peuvent permettre, ensemble, la venue au monde d'un enfant. Il revient à la société de fixer le cadre nécessaire à la protection de cette liberté.

 

Et vous ?

Et vous, qu'en pensez-vous ?

Adhérez-vous à l'argument ? Le trouvez-vous juste d'un point de vue logique ? Quel degré de véracité lui donnez-vous ?

Quel pourcentage d'adhésion de votre part : 0% ? 30%? 50%? 70% ? 100% ?

 

Forgez votre propre opinion en faisant fi des préjugés : personne ne le fera à votre place !